recommencements

Je déambule dans mon passé… je dépouille mes archives, je ranime de vieux souvenirs, je me relis, et je redécouvre parfois ce que j’ai égaré dans les replis de la mémoire…

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scintillement – 1974

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le recommencement

la genèse est depuis longtemps conclue
et fossilisée au fin fond des enfers et des cauchemars
et piégées dans les silences entre les synapses
les trompettes de l’apocalypse ne me taquinent plus

j’ai stoppé le temps
j’ai déposé un océan et un continent
des montagnes au nord de l’est jusqu’à l’ouest
un croissant de baie : la mer au sud
entre le passé et l’avenir

l’automne crétois est un soleil qui pendule à l’envers
d’août jusqu’en novembre
et revient par quand octobre glisse en septembre
– comme on glisse en sieste –
au rythme de la mer
au gré du vent du jour

Ierapetra, Crète – Automne 1971


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Rodos, Grèce, avril 1977

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Extase matérielle : cimicifuga, fin octobre 2005 —  souvenir de mon jardin, Gatineau, Québec.

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Montréal, le 19 août 2014

… je me réconcilie avec ce que je fus, avec ce que je suis, ce que j’ai toujours été… mon parcours dans la vie, les choix que j’ai faits, les lignes droites tout autant que les courbes et les détours…

… ne rien regretter — les coups de tête, les crâneries, les démissions, les abstentions… non plus me complaire des illuminations, des quelques coups de génie, des consécrations…

…reconnaître, accepter, ainsi soit-il…

Ruminations au crépuscule

crépuscule 2
Le Parc Maisonneuve à la fin du jour

Les journées raccourcissent de plus en plus chaque jour. Il faut sortir plus tôt en après-midi pour bénéficier des dernières lumières du jour.

Heureusement, la température est clémente, plus clémente qu’elle ne l’est d’habitude à cette période-ci de l’année. Normalement, selon les météorologues, nous devrions marcher sur une couverture de neige d’une épaisseur d’une dizaine de mm au début du mois de décembre dans la région de Montréal. De plus, on nous prédit aussi un hiver doux cette année.

Je ruminais mes souvenirs sur l’évolution du temps au cours de ma marche plus tôt en fin d’après-midi. Un souvenir précis me revient épisodiquement ces jours-ci.

C’était vers la fin des années 70, nous étions assis autour de la table familiale, mes parents, ma sœur, mes frères et nos conjointes. Ce devait être à l’occasion des fêtes de Noël puisque nous discutions de la température et des hivers d’antan. J’avais exprimé l’avis qu’il fallait se méfier de notre mémoire, qui avait tendance à magnifier nos réminiscences du passé. Ma mère, qui n’en avait pas l’habitude, était intervenue pour insister que les hivers de son enfance étaient effectivement plus sévères, plus longs et froids.

Aujourd’hui c’est à mon tour de me rappeler que les hivers de mon enfance commençaient plus tôt et se prolongeaient plus tard que ceux plus récents, qu’il tombait plus de neige et qu’il faisait plus froid.

Ce qui me surprend encore plus, c’est que les gens que je fréquente, surtout ceux qui sont, selon le point de vue, aussi vieux ou jeunes que moi, sont bien heureux du temps doux que nous éprouvons ces jours-ci. Néanmoins, succombant simultanément à des accès de nostalgie, nous souhaitons tous un Noël blanc ; nous nous en accommoderons d’autant plus facilement que rien ne nous oblige de sortir les jours où le verglas, ou une chute de neige nous incitera à passer la journée au chaud, dans une chaise berçante, avec un livre ( ou une tablette électronique ) et une boisson chaude à portée de la main.

Cet après-midi, à la fin de mes ruminations ambulatoires, je suis revenu à l’actualité : alors que les délégations de tous les pays du monde sont réunies ces jours-ci à Paris, je me suis demandé combien de fois nous avons refusé de reconnaître ces indices qui auraient dû nous porter à porter plus d’attention à cet enjeu du changement climatique. Nous nous sommes comportés comme ces grenouilles qui se baignent dans la marmite qui se réchauffe : c’était tiède, c’est chaud, ça deviendra bouillant, et nous persistons toujours à ne pas changer nos comportements pour éviter ce qui devient chaque jour de plus en plus inéluctable.