Chronique de la pandémie

Les deux premiers mois

Dire qu’il y a cinq mois depuis qu’on a déclaré l’état d’urgence sanitaire. Dire qu’à l’origine, ce n’était que pour dix jours, deux semaines au maximum. Personne n’aurait pu imaginer que nous allions être confinés aussi complètement, ni que cela allait durer aussi longtemps. Depuis quelques semaines, on déconfine certes, mais progressivement, étape par étape, prudemment… La Grande bibliothèque n’accueille toujours que 250 personnes à la fois, et on n’a toujours pas accès aux tables de travail, ni aux fauteuils de lecture. On relâche et voici que le monstre s’exprime à nouveau. On ressert les contraintes, par exemple, on exige le port d’un masque dans tous les espaces communs fermés.

Comme j’en ai témoigné il y a quelques semaines, j’appréhendais depuis longtemps l’éclosion de cette pandémie. Les spécialistes en la matière nous avertissaient régulièrement qu’il fallait s’y préparer. Ils étaient convaincus que c’était inévitable dans notre monde interconnecté, que ce n’était pas si, mais plutôt quand nous serions envahis par un être malin, mortifère, de surcroit sournois, invisible — un des cavaliers de l’Apocalypse, celui de l’épidémie. Nous avions connu des épisodes semblables au cours des décennies précédentes — H1N1, SARS, Ébola… Il semble même, si on fouille le moindrement nos mémoires collectives, qu’on n’a rien appris de ces épisodes — lisez l’article suivant dans Le Devoir du 6 octobre 2009. Il faut bien s’en rendre compte, qu’en cette ère numérique, on a tendance à vivre dans le présent, comme si le passé n’avait rien à nous apprendre.

Deux jours avant le déclenchement de l’état d’urgence, j’étais heureux d’avoir pu livrer la dernière de mes trois conférences sur Kerouac à l’Éducation 3e âge du Collège Maisonneuve. Depuis quelques semaines, je suivais attentivement l’évolution de l’épidémie à travers le monde. Une semaine plus tard, on fermait toutes les portes, les unes après les autres, les écoles, les lieux publics, voire même les lieux de culte, les commerces. Puis, on a fermé les frontières, on a suspendu les vols d’avion. Finalement, on a annoncé que les écoles étaient fermées pour des semaines. Chaque jour, une nouvelle tuile nous tombait sur la tête. C’est là qu’on a constaté que notre monde était en train de se défaire.

19 mars 2010

Je marche machinalement sur le trottoir au cours de cette matinée froide et humide en cette dernière journée de l’hiver. Un vol d’oies blanches passe en jacassant et me distrait de ma rêvasserie covidienne. Je tourne la tête vers le sud et je les cherche entre les branches noires qui se silhouettent sur un ciel gris, brumeux ; on ne les voit pas, mais elles annoncent le printemps. Quelle sorte de printemps aurons-nous cette année ?

Il y a une semaine, on a fortement invité les personnes de plus de 70 ans à s’abstenir, autant que possible, de sortir de chez eux. Les vieux comme moi ne sont pas assignés à résidence, mais c’est tout comme : il nous faut réduire au minimum nos sorties à l’extérieur, pour aller au dépanneur du quartier afin d’acheter du pain, du lait, des œufs…

Aujourd’hui, je décrète que j’ai un prétexte valable : je dois aller retirer de l’argent comptant au guichet automatique de ma caisse populaire et aller chercher des timbres au comptoir postal de la pharmacie. Au retour, je passe au dépanneur ; j’y suis témoin d’une discussion vive entre une femme et un homme, les deux de mon âge, elle soutenant qu’il faudrait soutenir l’économie, maintenir le commerce, l’autre répliquant qu’il faut accorder une priorité à la santé de la population : une discussion qui tourne en rond en réalité puisque il est difficile de concilier ces deux fins : l’économie s’appuie sur une population active en santé alors que le bien-être de la population entière pourrait être menacé par l’invasion du monstre invisible.

Il est un peu tôt pour cette autre migration, celle de ceux qui passent l’hiver au sud, en Floride, au Texas ou en Arizona. Plusieurs de ces migrants saisonniers, les « snow birds » se hâtent à revenir au pays, soit par avion, soit sur la route. Quelques uns ne savent pas encore qu’ils ramènent l’ennemi auquel on a déclaré la guerre. Étrange cette idée de déclarer la guerre à un ennemi inconscient de l’être, invisible, sans arme, qui ne discrimine pas parmi ses victimes, auxquels il est d’ailleurs complètement indifférent.

Des commentateurs disent que ce virus se déplace sans tenir compte des frontières. En réalité, le virus ne sait pas qu’il traverse une frontière. Ce sont des humains qui transportent des passagers clandestins. Des humains qui ne comprennent pas pourquoi ils doivent se mettre en quarantaine pour éviter de répandre l’ennemi mortifère. On annonce qu’une première victime de cet ennemi, une octogénaire est morte hier, dans une résidence pour aînés de Lanaudière, en banlieue de Montréal. Une dame qui n’avait pas séjourné à l’étranger.

Fin mars, début avril

On commence tout juste à prendre conscience de la profondeur de cette catastrophe mondiale. Très rapidement, nous devons nous ajuster à un nouveau régime social… tous les jours, nous sommes des millions, au début de l’après-midi, à suivre les points de presse de l’équipe du premier ministre du Québec… Nous nous rassemblons, comme à une messe d’antan, à suivre l’évolution de la pandémie, pour apprendre à se comporter dans cette lutte contre une invasion perfide, sournoise… à se conformer, à nous soumettre à une nouvelle façon d’être en communauté…

On a progressivement multiplié les barrières et les frontières ; le confinement est pratiquement devenu individuel. Le pays est sectionné, balkanisé… provinces, des régions, des villes et peut-être même des quartiers entre eux. La raison le justifie. Mais ce n’est pas intuitif ; l’humain est un animal social.

Je m’échappe de chez-moi uniquement pour aller chez le boulanger, la charcuterie, le dépanneur. Cela me donne une excuse pour marcher dans le quartier. Depuis quelques semaines déjà que la circulation automobile a été réduite à l’essentiel et que les avions ne volent plus pour aller atterrir à Dorval vers l’ouest, à l’autre bout de l’ile, nous sommes nombreux à constater que la qualité de l’air s’améliore. Cela devient agréable de marcher dehors. Les narines travaillent plus facilement, les poumons se sentent bien.

Je ne souffre toujours pas du confinement au cours de ces premières semaines. Il est vrai que, sur une base personnelle, je m’étais confiné depuis des mois à préparer la série de conférences sur Kerouac que j’ai livrées juste avant d’être assigné à résidence par une force extérieure. 

Certes, c’était un confinement volontaire. Je pouvais me déplacer à ma guise où que je le voulais, pour quelque raison que ce soit. De toutes façons, j’ai tant de projets en cours, si ce n’est que de faire le ménage dans mes affaires personnelles. Néanmoins, en arrière-plan, je ressens le poids de la tension mondiale occasionnée par cette catastrophe, un poids d’une lourdeur étouffante. On se sent médusé, parfois paralysé : est-ce qu’on nous pratique à la discipline d’un confinement ? Pas vraiment, il est évident que nos gouvernements sont désemparés, qu’ils réagissent sans trop avoir eu le temps de jauger leurs décisions.

Mi-avril

Tant de confusion. On se sent barouettés sur un chemin chaotique, sans boussole, sans savoir où il nous mène. Nous avons perdu, collectivement, nos repères, nos balises. Qu’est-ce qui prime : la liberté de l’individu, ou l’harmonie collective ? L’argent, ou la santé ? La mobilité sans contrainte, le droit de se déplacer où on veut, sans restriction ? Porter un masque ou non ? Tant de sujets de discussions en groupe… sans endroit où s’y adonner.

Dès le début, on nous a assommés d’informations incomplètes, contradictoires, propices à favoriser l’expression de préjugés, marqués de suffisance et d’arrogance à bien d’égards dans les jugements, les analyses, les commentaires, tant chez les spécialistes, les chroniqueurs que les participants dans les réseaux sociaux.

Très rapidement, nous avons été submergés, accablés, non pas d’information, mais aussi d’hypothèses souvent présentées comme étant des informations, des « faits ». On peine à distinguer entre les « nouvelles » et les analyses, ainsi que les opinions qui se métamorphosent en certitudes. Pourtant, on ne fait que commencer à connaître la véritable nature de ce nouveau virus, comment il agit, comment il se propage, comment y réagir. Qui croire ? Il y a une crise de crédibilité. On se méfie : trop de contradictions entre les experts, les autorités politiques et les analystes.

Ce qui me frappe de plus en plus, c’est à quel point cette épidémie devient révélatrice : elle agit comme un miroir. Surtout que notre culture, notre mode de vie, tout entier axé sur le travail, la consommation, l’avoir plutôt que l’être, nous laisse ébahi face à la situation : nous ne parvenons pas à nous adapter, contrairement aux populations orientales — Chine, Corée, Japon, Vietnam…

Cette fois, nous n’y échappons pas. Quoiqu’on fasse, la réalité s’impose. Ce n’est pas un miroir qu’on contemple ; nous nous trouvons dans une pièce murée entièrement de miroirs, sur toutes ses surfaces. On a beau se retourner, se pencher, lever la tête, il ne reste qu’à fermer les yeux, se boucher les narines, les oreilles, tout nous ramène à l’attention. Un véritable kaléidoscope de sensations… La peur s’installe… omniprésence médiatique de la menace de mort. Il nous semble qu’on cultive une ambiance de paranoïa.

Cette méfiance s’étend jusque dans les espaces publics, les trottoirs, les rues. Il devient difficile d’endurer cette distanciation sociale, de partager même en maintenant une distanciation, un sentiment d’empathie, un sourire de complicité, en se croisant sur la rue, au cours de nos marches de santé. On demeure dans un même bateau, même en étant distant les uns des autres. Quelles habitudes sommes-nous en train d’adopter ?

Les contraintes qu’on nous imposent, auxquelles nous nous soumettons plus ou moins de plein gré, deviennent de plus en plus lourdes à endurer. Les gouvernements semblent le comprendre. On nous annonce des plans de déconfinement progressif, à venir dans un avenir plus ou moins proche. Les vieux particulièrement, deviennent de plus en plus impatients, comme en témoigne Josée Blanchette dans Le Devoir du 24 avril.

Les gouvernements doivent composer avec une réalité qu’ils ne contrôlent pas en réalité. Pourtant, il y a eu des précédents, dans un temps qui est assez récent — lisez l’article suivant, dans Le Devoir du 6 octobre 2009. Ils ont étudié les menaces dans le passé. Il semble qu’ils n’ont pas tenu compte des recommandations de ces études. Nous devons subir les conséquences des prises de décisions politiques passées. Nous héritons des effets de la mise en œuvre d’expériences basées sur des idéologies qui nous ont menés à une catastrophe. Nous avons tous une responsabilité dans cette évolution.

Au début de l’année en cours, je m’étais inscrit à la série de conférences que notre confrère de l’Éducation troisième âge, Jacques Sénécal, devait livrer en avril-mai. Je m’ennuie de plus en plus de ces activités qui nous stimulent, qui nous offrent aussi une occasion de nous rencontrer les uns les autres, de socialiser. Je tape ces mots sur mon clavier, et mon esprit s’échappe, dans un passé pas si lointain, il y a deux ans, lorsque Jacques nous avait livré une série de conférences sur les comparaisons entre les sagesses occidentales et orientales : les différences entre ces points de vue sur l’univers, notre place dans cet univers, nos relations les uns aux autres en société. Je lis l’article suivant du journaliste de réputation internationale, Pepe Escobar, sur la victoire de Confucius face au défi du Covid-19.

Il n’y a plus de conférences, de cours de philosophie à l’Éducation troisième âge, plus de visites aux musées, plus de visites à la bibliothèque, au cinéma, même pas au Jardin botanique… C’est devenu dimanche matin, à longueur de journée, de semaines, partout dans la ville, dans tous les quartiers. Un jour, en viendrons-nous à préférer l’animation, la vitalité d’une ville, quitte à endurer la pollution qui l’accompagne ?

C’est devenu dimanche matin, tous les jours, à longueur de journée : rue Sherbrooke, près de la station Cadillac, le 20 avril 2020

Aujourd’hui, j’ai l’impression de me retrouver dans un monastère ; une cellule d’un immense monastère… pendant que le monde est en train de se consumer tout entier. Parfois, je me sens coupable de sortir, aller marcher dehors.

Mai, jusqu’à la Fête des mères

Le temps passe, s’allonge. Difficile de ne pas sombrer dans une dépression… cette impression de se retrouver dans une prison ouverte, chacun dans sa cellule, bien réelle, même lorsque on tente de créer des espaces communs virtuels.

Je ne suis pas le seul grand-père à s’ennuyer de la présence de ses enfants, de ses petits-enfants.

De plus, chaque jour, on s’ausculte, on se scrute, on s’analyse constamment, à l’affut de tout indice de symptômes fatidiques, le fond de la gorge qui chatouille, la moindre toux, le nez qui cesse de sentir… s’inspecter, s’examiner, sans cesse, sans arrêt, sans répit, tout en se raisonnant tout le temps, de jour et de nuit, à longueur de jour et de nuit… la peur de la condamnation, pire que la distanciation, la quarantaine…

Il n’y aura pas de voyage à l’été… cette année, je resterai dans mon jardin, à jardiner mon espace de vie… Vient la Fête des mères. Il fait froid. Il faut aussi maintenir nos distances les uns des autres. Notre fille vient nous visiter. Nous devons demeurer à l’extérieur, sans se câliner, pour une quinzaine de minutes seulement. Tristesse, en attendant la chaleur de l’été…

Heureux de se voir, même à distance, sans câlins… avec en cadeau des couvre-visage fait main.

Retour à Montréal

Vendredi, 24 juillet 2020

Je retourne à la Grande bibliothèque pour la deuxième fois depuis la déclaration par le gouvernement québécois de l’urgence sanitaire le 14 mars dernier… 132 jours qui ont bousculé nos vies individuelles, et notre vie collective.

J’y retourne un livre que j’avais emprunté trois semaines plus tôt, le lendemain de la réouverture de la Bibliothèque. J’en emprunte un autre, que j’avais réservé quelques jours plus tôt.

Pour la deuxième fois depuis le mois de mars, je prends le métro pour m’y rendre. C’est une expérience étrange. Je suis craintif : l’esprit alerte, l’impression d’aller reconnaître une zone dangereuse, menaçante.

L’impression dans le métro qu’on se jauge les uns les autres. La méfiance est suspendue dans l’air. Je me demande s’il y a des personnes dites « asymptomatiques » parmi les passagers… repérer qui ne porte pas un couvre-visage. Il y a trois semaines, la moitié des passagers n’en portaient pas ; aujourd’hui, heureusement, presque tout le monde en porte un.

Comme il y a quelques mois, à la veille du déclenchement des mesures d’urgence, j’évite de toucher à quoi que ce soit, les rampes des escaliers, les tourniquets d’accès, les barres d’appui dans les wagons…

À l’entrée de la Grande bibliothèque, je dois me laver les mains, je confirme que je ne présente pas de symptôme de COVID-19 et que je n’ai pas voyagé à l’étranger dernièrement, j’informe le préposé que je retourne un livre, que je dois déposer dans un bac à cet effet, et que je veux en recueillir un autre. Je dois confirmé que j’ai réservé un livre. On me dirige vers l’endroit où on fait la queue pour aller chercher le livre que j’ai réservé. L’attente est courte et le service rapide. Puis on sort de la Bibliothèque par une autre sortie que la porte d’entrée. J’apprends en parlant avec un employé qu’il est préférable de venir en début d’après-midi… moins de monde que le matin.


Je me souviens de la dernière fois que j’avais pris le métro avant le grand confinement. C’était justement pour rapporter une dizaine de livres à la bibliothèque. La veille, le 11 mars, j’avais livré la dernière d’une série de trois conférences sur l’identité franco-américaine de Jack Kerouac au Collège Maisonneuve. Déjà, deux semaines plus tôt, dès la fin-février, je commençais à devenir plus vigilant en public, surtout dans le métro : j’appréhendais l’arrivée de la pandémie qui se disséminait progressivement à travers le monde depuis quelques semaines.

Je me souvenais des craintes exprimées par les experts et les autorités sanitaires mondiales à ce sujet depuis depuis un peu plus d’une décennie : nous avions connu des épisodes plus ou moins locaux, Ebola, grippe H1N1, SARS. J’avais lu des reportages sur les dangers que pourrait représenter l’émergence d’un tel événement. Les spécialistes estimaient que c’était une question de temps. Ils étaient convaincus que c’était inévitable, que cela arriverait un jour ou l’autre.

Dès la fin de janvier, les reportages sur ce qui se passait en Chine faisait état d’une menace sérieuse. Puis ce fut d’autres lieux : l’Iran, l’Italie, la côte ouest des États-Unis. Mais c’était toujours ailleurs, loin de chez-nous.
Puis, on a rapporté que le virus se répandait dans des bateaux de croisière. Déjà, dès les mi-février, je craignais qu’on suspende toute activité publique, comme on l’avait fait en Chine et ailleurs en Asie orientale, et ainsi, de ne pas pouvoir livrer ma série de conférences sur Kerouac.

Aujourd’hui, assis dans le métro, je prends conscience que jamais je n’aurais pu m’imaginer comment on vivrait une telle expérience… le confinement ; la suspension de presque toutes les activités sociales — la fermeture des bureaux et des magasins, des écoles, des musées, voire même des lieux de culte ; l’assignation à résidence, le télétravail ; l’état de paranoïa collective ; et surtout, ce que cette expérience allait nous révéler.


Je décide, en sortant de la bibliothèque, de me promener, pour la première fois depuis la mi-mars, dans les rues du centre de Montréal. J’étais curieux : les reportages dans les médias locaux nous informaient que le centre de Montréal était désert… pas de touristes, peu de flâneurs. Je remonte la rue Saint-Denis jusqu’au Carré Saint-Louis… pratiquement personne sur une rue fermée à la circulation automobile, jusqu’à l’intersection de Sherbrooke… peu et presque pas de circulation, au début de l’après-midi, sur la rue Sherbrooke, une des principales artères de la ville.

Rue Sherbrooke, à l’intersection de la rue Saint-Denis, vers 14h00, le 24 juillet 2020

Sur la porte de la Librairie du Square, on affiche que le nombre de clients qui peuvent y vaquer est restreint. Je jette un coup d’œil à travers la fenêtre. Je peux entrer… quelques minutes, le temps de fureter devant l’étagère des revues et de jeter un coup d’œil sur les nouveautés. Je sors avec les derniers numéros de L’Inconvénient et de Argument.

Je traverse le parc du Carré Saint-Louis. Il fait très chaud et l’air est très humide. Le septuagénaire ressent de la fatigue. Normalement, il devrait prendre une sieste. Je décide qu’il est temps de faire une pause, le temps de déguster mon premier espresso en public depuis des mois, avant de reprendre ma flânerie, sur Prince-Arthur vers l’ouest, jusqu’à l’avenue du Parc…

Avenue du Parc, à l’intersection de Prince Arthur, vers 15h00

Je descend vers le sud, jusqu’à la papeterie Nota Bene. J’achète des cartouches d’encre, une bouteille d’encre Herbin (Ambre de Birmanie). Enfin, je me dirige vers la station de métro Place des Arts.

La ville bouge, mais si peu. Pratiquement personne dans l’immense Place des festivals.

La ville vivote, elle végète… elle est morose. On attend la deuxième vague de l’ouragan viral.

La rue Sherbrooke, à l’intersection de Berri/Parc, vers 13h30

Aperçus : le Pont Jacques-Cartier

 

Vagabondant dans Montréal

Quelques regards sur le Pont Jacques-Cartier… On se dit que, désormais, il faudrait aller le voir la nuit… Pour l’instant, je me contente de le zieuter, de temps en temps, de jour… la plupart du temps de loin…

On l’aperçoit souvent, au détour d’un regard qui porte ailleurs, le long de la rue Sherbrooke notamment. On n’y porte guère attention, tellement il fait partie de nos meubles. Lorsqu’on l’aperçoit, qu’on le voit, qu’on le regarde et qu’on l’admire, il nous rappelle que nous vivons sur une île.

En descendant de Sherbrooke sur la rue De Lorimier…

 

 

 

 

 

enfin… une journée de printemps

Samedi, le 15 avril 2016, en matinée

… toute la neige au sol il n’y a tout juste qu’une trentaine de jours

muée en souvenir …

 

Le Parc Lafontaine bourgeonne

 

On se prépare à ouvrir les terrasses sur les trottoirs… comme ici, au coin de Brébeuf et Rachel, devant le Parc Lafontaine.

 

 

animation souterraine

je regarde passer le métro qui arrive dans la station… sur la ligne verte… vers le centre de la ville… un matin d’hiver… j’embarque…

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à la station Berri/UQAM, je transfère, passant de la ligne verte à la ligne orange …

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je débarque… me dirige vers l’escalier roulant, et je monte vers la sortie…

… selon la journée, tout au long de la journée, de la matinée jusqu’en soirée, ou selon l’humeur du jour … atelier, cours, musée, bibliothèque, café, taïchi, flânerie ……

……

… je vis au rythme d’une ville animée, exubérante…

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Transition

Samedi, le 1er avril 2017

Une dernière averse de neige… comme un dernier soupir de l’hiver…

Mardi, le 4 avril

Il pleut… beaucoup… fonte des neiges… on est bien au café…

Aujourd’hui, mercredi le 5 avril

Ce matin, je suis allé me faire couper les cheveux. J’ai remarqué, au passage, que le Dairy Queen était ouvert. En revenant chez-moi, j’ai entendu les outardes dans les nuages. Le printemps, bien que timide, arrive… Demain, on annonce des averses intenses de pluie; je retournerai à la Grande bibliothèque, poursuivre ma lecture de Dickens

Papillonnage dans les serres

Lundi, le 6 mars 2017

Tôt le matin, dès le début de la semaine du congé scolaire… les papillons sont en liberté dans la grande serre du Jardin botanique de Montréal, au grand plaisir des enfants, de leurs parents et grands-parents.

Tant qu’à y être, bien que ce soit les papillons qui nous y attirent, nous saisissons aussi l’occasion pour aller prendre un bain de verdure, pour papillonner nous-mêmes dans toutes les serres, à travers les bonsaïs, les cactus et les succulents, les épiphytes, les mousses espagnoles, les fruits tropicaux, jusqu’aux fougères, en passant par les orchidées.

ps : n’hésitez pas à cliquer sur les photos pour les agrandir

… par ici pour papillonner… pssst, y a des orchidées

Lendemain de tempête

Toute la journée, pendant que des bourrasques occasionnelles saupoudraient toujours nos trottoirs, on ne parlait que de la tempête et de la catastrophe qui, heureusement, ne s’est pas transformée en tragédie humaine. Plusieurs centaines de personnes sont demeurées coincées dans leur véhicule, pendant toute la nuit, sur une autoroute, en pleine ville… Avec la surveillance, constante, de toutes les caméras, partout en ville… l’omniprésence de réseaux de communication téléphonique, alors que dès la fin de la soirée, toutes les stations de radio et de télévision rapportaient que l’autoroute était devenue un stationnement… comment les ministres responsables des transports publics et de la sécurité civile ont-ils pu dormir, et n’apprendre ce qui s’est passé qu’à leur réveil ce matin ?

Cette tempête nous a révélé l’ampleur de l’incompétence de ceux qui nous dirigent et pourtant, personne ne veut reconnaître que nous l’avons avons élu ce gouvernement… et que ceux qui l’ont porté au pouvoir l’ont fait, malgré sa faiblesse, malgré la corruption, parce qu’on préfère le conserver en place de peur de devenir souverain.

Entretemps, je me console en me promenant dans les rues et ruelles de ma ville en contemplant ses paysages urbains sous un manteau blanc… Les météorologues nous rappellent que le printemps arrivera bientôt… lundi prochain nous dit-on…

 

 

 

 

en attendant le printemps…

prêt pour l'été

Flânant dans les hivers de mon enfance…

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Il fait froid depuis quelques jours à Montréal, et les météorologues prévoient que cette vague de froid durera encore deux semaines.

Je ne me plains pas du froid, tout au contraire…

Bien que je vieillisse, j’aime toujours l’hiver…Et c’est en rêvassant que je traverse les parcs de ma ville.

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De vieux souvenirs surgissent souvent lorsque, flânant dans les parcs de la ville, j’entends le claquement sec d’une rondelle de hockey qui va rebondir au loin sur les bandes d’une patinoire. Regarder des plus ou moins jeunes qui jouent au hockey ravivent des sensations de mon enfance… alors que nous nous regroupions entre amis, que nous déneigions la glace si nécessaire, et que nous nous élancions sur la glace au rythme saccadé du crissement des patins… tout en se passant la rondelle les uns les autres, en l’envoyant planer ou en la frappant en direction d’un filet.

Comme la plupart des hommes de mon âge, j’ai appris à jouer au hockey en même temps que j’ai appris à patiner, vers sept ans ; j’ai pratiqué ce sport jusqu’au début de la vingtaine ; je n’étais pas des plus habiles ; je suivais le rythme plutôt que de mener le jeu, et je réussissais souvent à passer la rondelle à ceux qui comptaient les buts.

Il y a une trentaine d’années, j’ai mobilisé d’autres pères pour cerner un terrain vague dans notre voisinage afin de créer une petite patinoire pour les enfants. Nous en avions profité pour organiser, à l’occasion, des parties de hockey en soirée. Des adolescents nous y rejoignaient. Je m’étais rendu compte que j’avais perdu la forme : manque de souffle et faiblesse des genoux… c’est à cette époque que j’ai éprouvé les premières manifestations de l’inéluctable usure du temps.

Aujourd’hui, j’ai de la difficulté à me pencher pour lacer mes souliers… et mes patins.

Je me contente de rêvasser sur le bord de la patinoire…

lhiver-au-parc-laurier

croisement

mardi, 24 janvier 2017

une-tempete-dhiver-sur-mont-royal

… un temps exécrable hier sur Montréal…

et pourtant, je la souhaitais cette neige…

nos hivers changent… ce ne sont plus les hivers de mon enfance.

la journée a commencé avec une averse de pluie verglaçante, couvrant les rues et les trottoirs d’une couche de glace… j’ai clopiné glissant jusqu’à la station de métro…

puis, au cours de la matinée, la pluie s’est métamorphosée graduellement en neige… le vent s’est mis de la partie…

je prévoyais flâner un peu dans la ville, mais c’était tellement désagréable que j’ai préféré retourner chez-moi, non sans avoir, auparavant, passé au restaurant-café Saint-Viateur Bagel… La soupe du jour, bœuf et orge, était très bonne, et le sandwich-bagel à la viande fumée, excellent, comme on s’y attend dans cet établissement.

un jeune homme s’est installé à la table devant la vitrine… j’avais déposé ma caméra sur la table…

nous avons entamé une conversation sur la photo… le temps d’avaler un sandwich et une soupe, il m’a raconté qu’il voyage, qu’il observe la rue avec son appareil de photo analogique, qu’il trouve que c’est cher la photo en analogique et qu’il songe à passer au numérique…

je lui ai décrit mon cheminement personnel de photographe amateur.. une tranche de vie en quelques mots…

quelques mots au hasard d’un croisement et chacun a repris son chemin…

une-tempete-dhiver-sur-ave-mont-royal

Jeudi matin…

ruelle-lhiver

… j’erre à travers les rues, les ruelles et les parcs de Montréal… une pause au café, une autre pour une session de tai chi hebdomadaire…

portrait-sans-visage

retournant me fondre dans la ville tout en laissant ma voix intérieure ruminer, divaguer, en s’égarant parfois ici, en se concentrant sur une vision quelconque, ou là, en immobilisant la vision, fascinée, sur un objet…

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janvier est doux cette année, quoique parfois ponctué d’une journée froide, ou encore vraiment frette comme on l’dit en canayen ici au Québec… peu de neige, malheureusement…

parc-laurier-debut-janvier-2017mais les augures qui scrutent les données que leur fournissent les instruments qui leur servent d’entrailles de volailles, nous avertissent qu’il y aura une bordée de neige cette nuit… ( les jointures de mes doigts me le confirment ) … et que, à plus long terme, février sera froid ( ce que mes jointures n’ont pas encore perçu ).

parc-laurier

Mardi matin, au marché

À Montréal, en hiver, on se réfugie à l’intérieur dans les deux principaux marchés publics de Montréal. Au Marché Jean-Talon, dans l’arrondissement Rosemont-Petite Patrie, on réduit l’espace pour les étals de fruits et légumes frais et on érige des murs à l’intérieur desquels on peut les vendre à l’abri des éléments. Plusieurs produits sont locaux, telles les tomates cultivées dans des serres. Des oiseaux réussissent à pénétrer à l’intérieur et à s’y établir pour la saison.

Au cours de la fin de semaine, le marché grouille de monde : petits et grands, tout le monde se faufile dans un espace restreint. Si l’on veut éviter cette cohue, il faut s’y rendre en début de semaine.

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Carpe diem

Dernières traces de l'hiver
Parc Maisonneuve, Montréal, 2 avril 2016

Quelques mots, pour passer le temps… pour me distraire de ce sur quoi je bosse… et que je n’ai rien d’autre à dire… ou plutôt, que je préférerais passer mon temps sur d’autres sujets, mais que je dois terminer le travail que j’ai promis, et qu’ainsi, je dois remettre à plus tard ce que je voudrais raconter, si j’en avais le temps. Vous ne me suivez pas ? pas d’importance !

( = ( : ) = )

Voici la version en noir et blanc de la photo précédente : les dernières traces de l’hiver.

Je suis convaincu qu’une même prise de vue peut susciter des impressions très différentes selon le traitement qu’on en fait : la version en noir et blanc, ci-haut, de la photo précédente en témoigne fort bien à mon avis.

( = ( : ) = )

Le dicton dit bien qu’en avril, il ne faut pas se découvrir d’un fil.

Cette année, le printemps prend son temps pour s’installer. Une masse d’air frais nous convainc de ne pas ranger nos manteaux d’hiver trop rapidement. Il ne suffit pas du soleil pour nous éblouir ; il faut aussi la chaleur. La neige est presque toute fondue, mais la saison froide traîne encore un peu. En sortant à l’extérieur ce matin pour déposer les ordures ménagères sur le bord du trottoir, j’ai senti, et le thermomètre m’a confirmé, que la température était nettement sous la moyenne pour ce moment-ci de la saison.

Dans les circonstances, cette autre version en noir et blanc serait plus conforme à la « réalité », telle qu’on la ressent ces jours-ci. On pourrait jaser longtemps dans les cafés, du temps qu’il fait, des impressions de la « réalité » que suscitent divers traitements d’une photo, tout en passant le temps en attendant l’apparition des jonquilles et des tulipes… en attendant aussi de pouvoir sortir dehors sur les terrasses, afin de poursuivre cette conversation infinie sur le temps qu’il fait.

Carpe diem, disait-il, Horace, le poète latin, déjà, il y a très longtemps… entre deux gorgées de vin, puisqu’il n’y avait pas de café, ou de thé, dans ces temps-là. Peut-être, lorsque j’aurai un peu plus de temps, devrais-je donner rendez-vous à ce vieux sage, au Musée des beaux-arts, où on nous présente, jusqu’à la fin de l’été, une magnifique exposition sur Pompéii.