Soucis de sécurité en voyage aux États-Unis

Le 8 juillet, 2016… on traverse la frontière

Tôt le matin, je passe au bureau du camping, pour remercier le personnel avant de partir, pour prendre des renseignements, et faire un peu de jasette en ce beau vendredi matin ensoleillé…

Je dis aux employés que nous sommes sur le chemin du retour vers chez-nous, à Montréal, que c’est notre dernière matinée aux États-Unis… on nous recommande de nous préparer pour traverser la frontière, en nous prévenant que les douaniers canadiens exercent un contrôle sévère des armes à feu… je leur réponds que c’est ce que nous attendons de nos douaniers et que, comme la plupart des Canadiens, nous ne possédons pas d’armes à feu… ce qui déclenche une conversation amicale sur ce sujet si controversé. On s’étonne de ce que nous terminons un aussi long voyage, sur une si longue distance, sur une période de deux mois, sans armes.

Dans mes conversations avec les Américains sur ce sujet, j’ai appris qu’il vaut mieux, selon les circonstances… d’être poli, ou de chercher à dévier la conversation sur un autre sujet, ou de convenir d’être en désaccord quant à nos opinions sur le sujet, ou parfois même, d’en rire.

Je ne comprend pas l’obsession presque fétichiste des Américains à l’égard de la possession d’armes à feu. Ce qui est clair, c’est que l’impasse politique sur le resserrement du contrôle des armes à feu favorise le maintien du statu quo.

Ce que je comprends, c’est que tout revient constamment à la question de la sécurité. On répète qu’il faut absolument voir à se protéger contre toute menace qui pourrait survenir. Je m’interroge, sans jamais le leur demander : est-ce qu’ils ont vraiment l’impression de vivre dans une jungle, ou une zone de guerre ?

D’autre part, de retour chez-nous et avant de repartir sur les routes, on nous pose souvent la question si nous avons peur de circuler aux États-Unis… peur de se tromper de chemin et de se retrouver dans une zone moins sécuritaire… peur de se faire agresser…

De façon générale, nous sommes conscients qu’il faut être prudent ; nous reconnaissons que nous nous sommes sentis inconfortables à quelques occasions. Mais, nous n’avons pas eu peur de voyager aux États-Unis. Néanmoins, nous avons constaté que le climat social s’est détérioré depuis quelques années.


Quelques anecdotes…

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Road Trip : Michigan

Début juillet 2016 : sur la I-94, de Saint-Joseph à Détroit

Nous passons une nuit dans un camping très sympathique à quelques km du lac Michigan, l’avant-dernier camping aux États-Unis, avant de traverser la frontière canadienne, sur le chemin du retour, deux jours plus tard.

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Avant de retourner sur la route, nous flânons quelques heures dans la petite ville de Saint-Joseph, une station balnéaire sur le bord du lac Michigan. Il vente beaucoup et une bruine froide couvre la ville tôt le matin. Bien entendu, la plage est abandonnée.

Une plaque historique nous informe que le lieu a été établi par des Français, qui y ont construit un fort, aujourd’hui disparu, à l’époque de la Nouvelle-France. Le rythme de vie est lent dans le centre historique de la ville. Nous choisissons un café, où on sert de bonnes pâtisseries et du café, du vrai, de l’espresso ; de plus, on y vend des produits gourmands, des plats froids pour composer notre repas, plus tard en fin de journée.

Cette très courte visite d’un endroit que nous n’avions prévu dans notre itinéraire nous incite à caresser le projet d’un autre voyage pour l’avenir : celui de longer les rives des lacs Michigan et Huron. Entre autres, on pourrait retracer et suivre les traces des grands explorateurs français des 17è et 18è  siècles, au Minnesota, au Wisconsin, et au Michigan… Beaucoup de nos ancêtres canayens se sont établis dans ces régions, comme en témoignent les récits de Antoine Bernard ( Nos pionniers de l’Ouest, 1949 ), ainsi que Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque  ( Ils ont couru l’Amérique ).

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Le ciel se dégage au moment où, en fin de matinée, nous retournons sur l’autoroute I-94 en direction de Détroit.

C’est toujours étonnant, en filant rapidement sur la route, de contempler les paysages qui changent : quel contraste entre les contreforts des Rocheuses au Colorado et au Wyoming que nous avions laissés derrière nous moins d’une dizaine de jours plus tôt, ainsi que les grandes plaines du Nebraska, les collines ondoyantes de l’Iowa et les prairies de l’Illinois. Au Michigan, il y a plus de boisés et de terres laissées en friche – une agriculture beaucoup moins intensive. Le paysage s’urbanise de plus en plus à l’approche de Détroit.

Le paysage du Michigan est le même que celui du sud de l’Ontario, une région que je connais très bien pour l’avoir arpentée de long en large, à plusieurs reprises pendant des décennies. Beaucoup de marques de commerce nous sont toujours étrangères ; nous calculons toujours les distances en miles plutôt qu’en km ; nous utilisons toujours des dollars américains pour faire le plein d’essence ou pour payer la note dans les restaurants ; mais, le nombre accru de plaques d’immatriculation ontariennes sur la route nous indiquent que la frontière canadienne se rapproche.

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Enfin, nous arrivons à destination. Nous retournons au même camping où nous nous étions installés au début de notre première virée transcontinentale, cinq ans plus tôt, le Detroit Greenfield RV Park.

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Road Trip : du Missouri jusqu’au lac Michigan

Début Juillet 2016 : au milieu du continent

Le jour de la fête nationale américaine, le Fourth of July, aussi appelée Independence Day, nous quittons Omaha et nous passons du Nebraska en Iowa en traversant le Missouri.I-80 Missouri

Deux jours pour traverser l’Iowa et l’Illinois, d’ouest vers l’est, sur l’autoroute I-80… quelques arrêts pour manger, faire le plein d’essence, s’étirer les jambes parfois, dormir une nuit, à quelques mètres du Mississippi, dans un camping entouré de marais et de lacs naturels et artificiels : neuf cent kilomètres, à contempler le paysage des collines ondulantes de l’Iowa et des prairies vertes de l’Illinois…

Le ciel est généralement couvert, mais il ne pleut pas.

Dès qu’on enjambe le Missouri et qu’on passe du Nebraska en Iowa, le paysage devient vallonné, et le type de culture se diversifie : du maïs toujours, mais aussi du soja ainsi que de l’avoine.

Nous remarquons qu’on a commencé à tailler les collines, à les étager, probablement pour faciliter l’utilisation de la machinerie agricole.

Au delà du Mississippi, en Illinois, le paysage change subtilement. L’ondulation des collines qui se suivaient les unes aux autres en Iowa se redresse progressivement.

La circulation se fait plus dense à mesure qu’on se rapproche et qu’on contourne Chicago, puis se dissipe rapidement au-delà de Chicago. On quitte la I-80 pour s’engager sur la I-94 en direction de la prochaine étape : Détroit.

Quelques images…

Jour 1 : l’Iowa

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Une deuxième fois, cinq ans plus tard

Le Jardin Lauritzen – le 3 juillet 2016

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Nous avions conservé un bon souvenir de notre premier séjour à Omaha, il y a cinq ans. C’est donc avec plaisir que nous nous y sommes arrêtés, au cours de la longue fin de semaine du congé de la fête nationale américaine, sur la route du retour de notre virée à travers les états du Mid-Ouest et du Sud-Ouest américain au printemps dernier.

Nous retournons rarement visiter des lieux une deuxième fois. Néanmoins, le Jardin Lauritzen de Omaha nous avait impressionnés ; nous étions curieux de voir comment il avait évolué depuis notre première visite.

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Quelques campings sur les Grandes Plaines de l’Ouest

Salina, Kansas – le 8 juin 2016

Cinq heures de route depuis Independence Missouri, incluant l’arrêt pour le lunch sur le bord de l’autoroute. Il fait chaud, très chaud, c’est sec et il vente, il vente très fort, un vent qui soulève la poussière ; mais on est bien à l’intérieur, à l’air climatisé.

Les préposés à l’accueil du camping à Salina, Kansas, nous disent que le mercure du thermomètre s’élèverait rapidement bien au dessus des 100 degrés F s’il n’y avait pas de vent.  On s’installe en milieu d’après-midi, avant l’arrivée de tous les autres voyageurs.

Le camping se remplit progressivement jusqu’en début de soirée. Sur le bord de l’autoroute I-70, au milieu des champs de blé. De passage pour une nuit ; une nuit chaude. On reprend la route tôt le lendemain matin, pour s’engager sur la Piste de Santa Fe.

Camping - Salina
Fin d’après-midi, bien installés à l’ombre, à Salina, Kansas ; en arrière-plan, les camions à remorque filent sur la I-70 vers l’est.


Dodge City, Kansas – les 9 et 10 juin 2016

Après un premier arrêt au cours de l’avant-midi à Pawnee Rock, le lunch à midi dans un restaurant mexicain à Larned, et une visite du site historique du Fort Larned National Historical Park, on file vers Dodge City. On passe la nuit au Gunsmoke RV Park.

Le lendemain, tôt le matin, il fait déjà chaud, très chaud, comme la journée précédente. On part visiter la ville : le Boot Hill Museum, une visite guidée des environs de la ville… ( pour les fans de Lucky Luke, les Dalton, ce n’est pas une fiction ; ils ont réellement existé ; on peut même visiter leur maison familiale à quelques km de distance, un peu plus à l’ouest de Dodge City ). Nous retournons au camping.

Camping - Gunsmoke RV Park
Tôt le matin, un employé nettoie la piscine devant le complexe d’accueil du Gunsmoke RV Park à Dodge City, Colorado.


Las Vegas, Nouveau Mexique – 13 juin 2016

En quittant, on pousuit vers l’ouest sur la US 50, jusqu’à La Junta, Colorado. Nous y passons deux nuits, puis nous filons à nouveau vers le sud, en direction de Santa Fe.

Une dernière halte d’une nuit au KOA, à Las Vegas, Nouveau Mexique, avant de se diriger le lendemain à Santa Fe. Le camping est bien situé sur une colline rocailleuse, mais boisée : un beau paysage montagneux devant notre emplacement. On ne sent pas la présence de l’autoroute 25, juste de l’autre coté de la colline.

Quelques jours plus tard, nous apprenons qu’il n’est pas rare d’y croiser des serpents à sonnettes ; puis, on nous informe par la suite qu’il n’y a plus d’eau au camping de Las Vegas. Nous comprenons alors pourquoi, bien que le camping soit bien entretenu, l’état des douches et des toilettes laisse néanmoins à désirer. Et je ne regrette pas d’avoir été prudent ; je n’y ai pas risqué de m’aventurer dans les sentiers environnants.

Camping - KOA Las Vegas NM
Au camping KOA de Las Vegas, Nouveau Mexique, perché sur un colline rocailleuse devant un paysage montagneux semi-désertique, enchanteur.


Pueblo, Colorado – le 25 juin 2016

Il n’y a qu’une heure et demi de route entre Las Vegas NM et Santa Fe. Nous nous arrêtons au Parc national historique de Pecos avant de nous diriger vers la capitale du Nouveau-Mexique, au pied des montagnes Sangre de Cristo. Nous y séjournons une dizaine de jours, avant de reprendre la route vers la nord… direction Laramie, Wyoming.

Un arrêt de quelques heures à Trinidad, Colorado — un lunch délicieux avant une visite du musée d’histoire locale — la Piste de Santa Fe, la découverte de métal, notamment le charbon, le développement de la ville, les luttes syndicales…

Halte d’une nuit, environ à mi-chemin, en bordure la I-25, près de Pueblo, Colorado. Il fait déjà moins chaud qu’à Santa Fe.

Conversation intéressante avec mon voisin de camping, qui est originaire de la région, mais qui vit aujourd’hui la moitié de l’année à Taos NM et l’autre moitié à Talahasse Floride.

Diane - Camping de South Pueblo
On peut entrevoir un camion sur l’autoroute I-25, en arrière-plan. L’hôtesse vous souhaite la bienvenue à la porte de son domicile sur roue.


Cheyenne, Wyoming – les 29 et 30 juillet 2016

De Pueblo, on roule vers le nord ; on traverse Denver, sans s’arrêter. On poursuit sur la I-25 jusqu’à Fort Collins. On s’engage ensuite sur la US 287, qui longe, pendant quelques instants, la rivière Cache la Poudre, un affluent de la South Platte.

On se retrouve dans les contreforts des Rocheuses ; en quelques minutes, on s’élève jusqu’à plus de 8 500 mètres avant de redescendre à Laramie. Une nuit, une journée à visiter Laramie, puis on file vers la capitale du Wyoming, Cheyenne.

Visite du Jardin botanique le matin ; lunch ; on entre, par curiosité, au Boot Barn, anciennement le magasin phare des jeans Wrangler ( achat d’une paire de jeans et d’un manteau d’hiver, en vente – une véritable aubaine ), suivie d’une visite au Cowgirls of the West Museum en après-midi, puis on se dirige vers le KOA de Cheyenne, à quelques km à l’ouest en bordure de la I-80.

Une deuxième nuit ; une journée complète immergé dans l’univers de l’épopée des trains dans l’Ouest américain ; lunch à l’Albany, à côté de l’ancienne gare de la Union Pacific. Vers la fin de la journée, on subit un orage, une véritable douche. Puis le temps se dégage pour la nuit.

Camping - Cheyenne
Au KOA de Cheyenne Wyoming : des installations minimales, mais un accueil chaleureux. La tempête passe au sud… au-delà de la I-80…

Cheyenne - camping koa

Le lendemain, on entreprend la traversée du Nebraska.

In God We Trust

Il est impossible de cheminer sur les routes sans constater à quel point la religion est omniprésente dans la société américaine. Le sentiment religieux s’affiche littéralement partout dans le paysage.

On vous incite à la vertu ; on vous rappelle qu’il sera trop tard lorsque vous sonnerez à la porte du paradis ; et on souligne surtout que c’est Jésus qui est l’unique réponse aux écarts moraux qui affligent le pays.

Messages religieux 1
Citation au bas de l’affiche : « Quand les justes gouvernent, le peuple est en liesse ; quand les mauvais dominent, le peuple gémit. ( Proverbes 29, 2 ) » Traduction tirée de la version de la Bible de Jérusalem

Bien qu’un Américain sur cinq déclarent ne pas avoir de religion et qu’un grand nombre de croyants pratiquent peu, le sentiment religieux demeure une arcane importante dans tous les domaines de la vie sociale et politique américaine.

Dans son discours à la convention démocrate il y a quelques jours, Hillary Clinton a fait allusion à la devise du pays : E pluribus unum ( De plusieurs, nous faisons qu’un ). Hors, ce n’est pas la devise officielle du pays ; c’est plutôt In God We Trust ( En Dieu nous croyons ), et  cette devise est d’ailleurs présente sur tous les billets de banque américains.

Il faut bien comprendre l’origine et le contexte au sein duquel cette devise a été adoptée il y a un demi-siècle. La constitution américaine a institué une séparation claire entre les Églises et l’État. Il ne s’agit pas de laïcité, mais bien plutôt d’une neutralité à l’égard de toutes les confessions religieuses.

Il y a certes un sentiment de méfiance à l’égard des Musulmans au sein de la société. Toutefois, même si on se questionne sur l’expression de certaines formes de croyances, on ne remet pas en question le principe même de la tolérance religieuse.

Rappel, sur le bord d’une autoroute I-80, au centre du pays : le seul chemin vers la vérité et le salut

Les Américains pourraient élire une femme à la présidence de leur pays. Mais je doute qu’un non-croyant pourrait être élu pour diriger le pays. Des études sociologiques démontrent qu’on se méfie toujours des non-croyants dans toutes les sphères de la société américaine.

Madame Clinton n’a pas manqué de souligner ses racines familiales et les enseignements inspirés des principes de la religion méthodiste que pratiquait sa mère. Elle a aussi dit que sa mère lui avait enseigné qu’il faut tenir tête aux brutes et aux harceleurs. Elle voulait montré qu’elle peut être ferme, et agressive si les circonstances l’imposent.

Je n’ai pas été surpris de lire ce matin dans le New York Times que des employés du Parti démocrate aient envisagé l’opportunité de suggérer à des journalistes d’interroger Bernie Sanders sur ses croyances religieuses, en sous-entendant que celui-ci serait incroyant.

La campagne électorale américaine a été virulente entre les candidats au sein des deux partis au cours des primaires. Imaginons ce que ce sera au cours des mois à venir. Les sentiments voleront bas… l’esprit ne sera pas très « chrétien », comme on le dit chez-nous.

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Quelques témoignages sur l’élection américaine

Piste de Santa Fe - Independence MI
Independence, Missouri

Je reviens d’un séjour de neuf semaines aux États-Unis ;  en mai, juin et au début du mois de juillet, dans toutes les régions que nous avons visitées, de la Pennsylvanie au Nouveau-Mexique, en passant par le Kansas et le Michigan, je me suis entretenu avec des Américains. J’ai aussi observé les traces visibles de la campagne électorale… notamment, j’ai constaté la présence des nombreuses affiches que les partisans de « Bernie » ( Sanders ) ont parsemées,  partout, dans les fenêtres, sur des parterres devant les maisons, sur les pare-chocs des automobiles, etc… quelques affiches de soutien à Trump, moins d’une demi-douzaine en tout, mais pas une seule affiche en faveur de Hillary Clinton.

Ce n’est pas en journaliste, mais bien en touriste que j’ai visité les États Unis au cours du printemps. Je ne me suis pas promené dans une quinzaine d’états en cherchant à rencontrer des porte-parole officiels des partis politiques, ou des spécialistes qui font métier d’analyser l’évolution de la société américaine. J’ai plutôt croisé des citoyens ordinaires, dans des campings et des restaurants, des sites touristiques, des commerces.

Lorsque je sentais que le contexte le permettait, j’ai pris l’initiative de soulever le sujet de la campagne électorale au cours de conversations. À quelques occasions, ce qui m’a surpris d’ailleurs, ce sont eux qui ont abordé la question.

Depuis deux décennies, j’ai effectué plusieurs séjours chez nos voisins du Sud, parfois pour des raisons professionnelles, parfois pour visiter le pays à titre personnel. Ce printemps, pour la première fois, j’ai perçu que les Américains étaient véritablement intéressés à connaître l’opinion d’étrangers sur « leurs » affaires, sur « leurs » enjeux sociaux, économiques, politiques, électoraux. Je les ai sentis soucieux de la perception que nous avons d’eux.

À chaque occasion, j’ai cherché à connaître comment ils percevaient leur situation politique. Je ne leur ai jamais demandé s’ils étaient partisans d’un parti plutôt que de l’autre : je leur ai toujours demandé lequel des candidats, à leur avis, était le plus susceptible d’être élu. Je tentais, autant que possible, de ne pas orienter leurs réponses. Ce qui m’a le plus surpris, c’est à quel point ils sont désemparés, souvent désabusés, tant chez ceux qui me semblaient être de tendance conservatrice que ceux qui semblaient être plutôt d’orientation progressiste.

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Road Trip : Le Nebraska, de l’ouest vers l’est

Le 30 juin, nous entamons la dernière partie de notre virée à travers l’Amérique. Au cours d’une dizaine de jours, nous traversons quatre états américains et une province canadienne — le Nebraska, l’Iowa, l’Illinois, le Michigan et l’Ontario –, nous franchissons trois fuseaux-horaires — Mountain, Centre, et Est — et, sans nous en rendre compte, nous effectuons une longue descente progressive de plus de 5 500 mètres sur 3 000  kilomètres.

La route -I 80 au Wyoming 2
La I-80, peu avant de passer du Wyoming au Nebraska… toujours le relief plat des Grandes Plaines de l’Ouest américain… très peu d’arbres, mais on commence à observer des étendues de terres cultivées.

Nous embobinons derrière nous, à 75 miles à l’heure ( 120 km/h ) et plus parfois, le ruban de béton des autoroutes, tout en étudiant le paysage qui défile sur l’immense étendue des grandes surfaces planes du centre du continent.

Nous nous offrons deux pauses : un premier arrêt de deux jours, au cours de la fin de semaine du Fourth of July, la fête nationale américaine, à mi-chemin, à Omaha, sur le bord du Missouri, là où l’Ouest bascule dans l’Est de l’Amérique ; puis, après trois jours consécutifs sur la route, un deuxième arrêt, de deux jours, à Leamington, dans l’extrême sud de l’Ontario, pour une réunion de famille.

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… après ça …

après ça dans la Graham-Paige année 1927 d’Old Bull ils partirent vers le Nebraska… Des nuages géants des prairies s’amassaient et marchaient au-dessus de l’anxiété indescriptible de la surface de la terre où les hommes vivaient tandis que leur voiture se faisait petite dans l’immensité, rampaient vers l’est comme une bibitte à patates sur des routes qui n’aboutissaient à rien.

Jack Kerouac, La vie est d’hommage, Boréal, 2016
( page 142 )

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L’autoroute I-80, s’enfonçant dans l’horizon vers l’est, du Wyoming vers le Nebraska…

Quelques semaines avant de me lancer à nouveau dans une autre exploration de l’Amérique, les Éditions Boréal publiaient un recueil de textes inédits rédigés en français par Jack Kerouac — La vie est d’hommage.

Je l’ai trimbalé tout au long de ma longue virée jusqu’au Sud-Ouest, en filant sur les autoroutes et les routes de campagne de la Vallée de l’Ohio, en suivant le parcours de la légendaire Piste de Santa Fe et, enfin, en retournant vers l’est jusqu’à domicile.

De retour chez-moi, en poursuivant la lecture de ces textes qui me fascinent et me dérangent à la fois, je prolonge le voyage, dans tous les sens du terme, tout en relisant et en complétant mon journal de voyage.

Ces textes, qui dormaient dans les archives de Kerouac à la New York Public Library, ont été établis et présentés par le chercheur Jean-Christophe Cloutier. Ce dernier a épluché et étudié attentivement ces textes surprenants. Dans la préface au recueil, Avant Propos : Les travaux de Jean-Louis Kerouac, le chercheur nous révèle ce qu’il qualifie, avec raison, de véritable trésor.

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Le jardin de Cheyenne

Jardin botanique de Cheyenne - Labyrinthe

Cheyenne, Wyoming – Le 28 juin 2016

Ce jour-là, pour la première fois depuis presque deux mois, nous nous sommes dirigés vers l’est.

Je croyais que je mettrais, ce matin-là, les Rocheuses derrière moi, et que je ne les reverrais plus pour longtemps, sinon jamais. Je me trompais.

Sur l’autoroute I-80, à partir de Laramie, nous apercevons ce qui semble être une longue colline, qui barre l’horizon. Nous ne voyons pas où mène la route.

C’est que rendu dans un détour, nous nous rendons compte que nous sommes en train de nous engager « dans » cette « colline ». Celle-ci nous masque ce qui deviendra une longue ascension… qui nous amènera, quelques miles plus loin et, en quelques minutes, quelque 2 500 pieds plus haut, à environ 8 700 pieds d’altitude, le point le plus élevé de toute notre virée américaine.

Le spectacle qui se déroule devant nous, nous coupe le souffle, presque littéralement. Le moteur de notre autocaravane est assez puissant. Mais il faut tout de même passer en 3è. Nous ralentissons, jusqu’au point le plus élevé : l’autocaravane reprend son élan, et nous avons alors l’impression de planer sur un plateau. Puis, très graduellement, l’altimètre baisse. Une heure plus tard, nous arrivons à Cheyenne, la capitale du Wyoming.

Il est trop tôt pour nous rendre au camping, trop tôt aussi pour les musées, qui n’ouvrent qu’à 11 h 00 pour la plupart. Nous décidons de nous rendre au Jardin botanique de Cheyenne.

Nous n’avions pas d’attente à l’égard de ce jardin. Et, suite à l’expérience vécue au Jardin botanique de Sante Fe, nous hésitions à nous y rendre. Ç’aurait été dommage de ne pas le visiter. Ce jardin est un véritable bijou.

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Mon cheval pour un vélo

Laramie - Le train passe au bout de la rue
Le train passe, parallèlement à la 1st Street, au bout de l’avenue Grand. Si vous allez un jour faire un tour à Laramie. faites un détour jusqu’au Coal Creek Tap, là où passent les trains, au bout de l’avenue Grand : la bière, qui y est brassée localement, et la nourriture en valent la peine. On y sert aussi un excellent espresso.

Laramie, Wyoming – Lundi, le 27 juin 2016

Il y a cinq ans, j’ai traversé le nord du Wyoming, de l’Abri de l’ours ( comme les tribus indiennes appelaient déjà ce que les Américains ont nommé Devil’s Tower ) jusqu’à Yellowstone, en passant par Cody, la ville de Buffalo Bill.

Je venais de passer une semaine à traverser le Dakota du sud, où la présence des Indiens des Plaines de l’Ouest est manifeste. Au Wyoming, le contraste saute aux yeux : on est en pays cowboy. Les noms des lieux sont amérindiens : toutes les tribus qui peuplaient le pays avant le contact avec les Américains y sont représentées. Mais leur présence est minime.

Le secteur du centre historique de la ville de Laramie a conservé ses airs d’antan. On y a conservé un grand nombre d’édifices centenaires et on les entretient. C’est la nature des commerces qui change. Il faut bien s’adapter à la clientèle.

À l’accueil du musée, la jeune femme qui nous a suggéré quelques adresses où aller manger avait un parti pris pour des restaurants végétariens. Après que je lui eu demandé s’il y avait des restaurants qui n’étaient pas végé, elle m’a fourni l’adresse du café-bar, en admettant, avec un air un peu gêné, qu’elle le fréquentait pour partager des bières avec ses amis.

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Les rues sont larges à Laramie ; elles témoignent d’une époque où le cheval était omniprésent dans la vie des gens. Aujourd’hui, ce sont les camions et les automobiles qu’on stationne en diagonale.

À Laramie, on est toujours en pays cowboy, comme au nord du Wyoming… Quoique… bien qu’il y ait des ranchs tout autour, c’est aujourd’hui beaucoup plus une petite ville universitaire. C’est peut-être pour cette raison qu’on y a troqué les chevaux, non seulement pour des trucks, de gros camions, mais aussi, plus récemment, pour des vélos.

Et c’est ainsi qu’on a modifié les poteaux qui servaient à attacher les chevaux autrefois, sur la rue, devant les commerces… et qu’on y attache dorénavant des vélos.

Laramie Wyoming - Stationnaire

Road Trip : Deux jours sur l’autoroute I-25, de Santa Fe à Fort Collins

Première journée

Au Nouveau Mexique, entre Santa Fe et le Col de Raton… le plateau est semi-aride, peu à pas d’arbres, parfois quelques troupeaux de vaches… On nous avertit de faire attention à la faune…

Route I-25 NM 2
Un horizon hypnotisant, qui nous enivre, nous aspire… on roule roule roule à toute vitesse…

Au Colorado, une pause… Sur le bord de l’autoroute, une plaque historique. En filant vers le Nord, à 70 miles à l’heure ( lorsqu’on respecte les limites de vitesse ), au pied des montagnes Rocheuses à gauche, qui surplombent un plateau semi-aride à droite.

Route I-25 - Colorado

Route I-25 - Colorado - Rocheuses
Les montagnes à l’ouest de la I-25, face au camping à South Pueblo, Colorado… Fin de la première journée sur la I-25.

Deuxième journée

On traverse des zones plus urbanisées… Pueblo, Colorado Springs, Denver, Fort Collins… Des voies ferrées longent l’autoroute sur de longues distances…

Route I-25 CO Pueblo
Un train de la BNSF ( Burlington Northern and Santa Fe ), vient se coller contre l’autoroute, puis s’en éloigne aussitôt

 

À partir de Colorado Springs environ, on se rapproche des montagnes…

À Fort Collins, nous nous engageons sur une route qui nous amène à travers les montagnes, jusqu’à 8 500 pieds d’altitude, avant de redescendre sur un plateau, vers Laramie, au Wyoming.

Route I-25 CO Zone urbaine
En arrivant à Colorado Springs

L’autre Santa Fe

En attendant l'autobus qui amène les passagers vers le cœur historique de Santa Fe, sur Cerrillos Drive, le matin... La chaîne de montagne Sangre de Christo, en arrière-plan.
Sur Cerrillos Drive, le matin, en attendant l’autobus qui amène les passagers vers le cœur historique de Santa Fe… La chaîne de montagne Sangre de Christo, en arrière-plan.

Nous avons passé une dizaine de jours à Santa Fe.

Il faut bien quitter un jour… poursuivre le voyage…

La veille du départ, nous passons chez un concessionnaire Chevrolet, pour une mise au point des aspects « mécanique automobile » de notre motorhome, notre domicile motorisé — vérification d’huile, de la climatisation, des pneus…

Chez le concessionnaire, on nous offre de nous conduire au centre commercial tout près du garage. Nous y arrivons trop tôt. Tous les commerces n’ouvrent qu’à 10 h 00. Nous marchons un peu dans des couloirs presque vides… à l’exception de vieux de notre âge qui pratiquent la marche rapide d’un bout à l’autre, revenant, repartant… mieux à l’intérieur qu’à l’extérieur… trop chaud à l’extérieur ; d’autres vieux, des hommes, jouent aux échec…

À une extrémité, des bureaux de recrutement pour l’armée, la marine, le corps des Marines, et l’aviation militaire ; à l’autre extrémité, un bureau de recrutement pour la garde nationale. Entre les deux, des boutiques de vêtements, de meubles, d’appareils électroniques, de téléphonie, de soins des ongles… et des comptoirs de nourriture… On constate que beaucoup de locaux sont vides… à louer. Nous en déduisons que ce centre commercial est de construction récente, d’autant plus qu’il y a un nouveau quartier résidentiel qui semble se développer tout autour.

Le temps passe. Une heure et demie plus tard, on nous appelle pour nous informer que le travail est terminé. Le chauffeur de la navette vient nous chercher. C’est un ancien policier à la retraite. Il nous corrige : oui, c’est un développement résidentiel récent tout près ; non… le centre commercial existe depuis plus de dix ans ; c’est que celui-ci ne s’est jamais relevé de la crise économique de 2008. Notre chauffeur ne croit pas un mot de ce que les experts et les politiciens disent à propos d’une reprise économique ; les emplois créés, nous dit-il, sont des emplois précaires, à temps partiel, au salaire minimum. Il est très critique à l’égard du gouvernement fédéral.

Santa Fe - Centre commercial
Un arrêt d’autobus devant un centre commercial au sud de la ville de Santa Fe… une architecture qui se conforme au style dit Santa Fe… des enseignes américaines pour la plupart…

Prendre l’autobus

À l’exception d’une seule occasion, pour aller au Jardin botanique un dimanche matin, je me suis déplacé en transport en commun dans la ville. Les usagers du transport en commun ne sont pas riches. Il y a des gens pauvres à Santa Fe. Ils ne fréquentent pas les secteurs plus touristiques. En passant du quartier du Railyard et de la Guadalupe à celui de la Plaza de Santa Fe, au moment de traverser la rivière Santa Fe, je les ai croisés, des jeunes et des plus vieux, sans travail, qui se retrouvent dans des parcs, tôt le matin.

J’observe attentivement le paysage urbain le long du circuit d’autobus. Même si la plupart des commerces s’efforcent de se conformer à un style d’architecture, selon le style dit de Santa Fe, les enseignes des commerces sur l’interminable Cerrillos Drive nous révèlent que la présence des Espagnols, des Mexicains et des Indiens y est moins forte que dans les quartiers plus touristiques.

La grande majorité des établissements affichent des marques de commerce de chaînes connues : Wal Mart, Walgreen, Verizon, Macdonald, Taco Bell, Wells Fargo, Days Inn… et ainsi de suite pour l’essence, l’hôtellerie, etc. La volonté d’être « différente » est superficielle sous certains aspects ; c’est une marque de commerce, touristique. La ville est américaine et il semble qu’elle se soit de plus en plus américanisée au cours des deux ou trois dernières décennies. Le visiteur venu d’ailleurs qui se confine uniquement dans les secteurs touristiques ne verra pas l’autre Santa Fe.

D’autres types de voyageurs

Nous étions l’exception parmi les visiteurs qui sont venus s’installer au camping du Trailer Ranch RV Resort. Ces gens n’étaient pas venus pour visiter ; les musées et les boutiques d’art et d’artisanat de haute gamme ne les intéressent pas.

Nous venions du Nord ; eux venaient du Sud, une contrée tout aussi mythique pour nous que le Nord l’est pour eux.

Nos voisins, qui ne sont pas pauvres ( ils possèdent un véhicule récréatif ), sont pour la plupart des retraités ; ils fuyaient le Texas, le sud du Nouveau-Mexique, de l’Arizona et de la Californie, où le thermomètre dépassait régulièrement les 110 degrés F depuis des semaines. On étouffe dans le Sud.

Santa Fe, en vertu de son altitude, les attirait pour la douceur de son climat : le ciel est bleu, pratiquement sans nuage, tous les jours, mais le thermomètre se maintient entre 90 et 100… ce qui, pour les habitants de Santa Fe, est perçu comme étant chaud, même durant le mois de juin, le mois le plus chaud de l’année. Curieusement, aucun d’entre eux ne songerait à s’aventurer encore plus au nord, vers le Wyoming, ou le Montana, par exemple. La plupart ne connaissent pas cette région de leur pays. Leur perception de cette région est qu’elle est trop froide.

Les Américains ne cesseront jamais de m’étonner.

Santa Fe – Terminus

La Plaza de Santa Fe, avec le Palais des gouverneurs au bout de la rue. Autrefois, il n’y avait pas d’arbres, ni de bancs pour se reposer. La Place est aujourd’hui un parc. Les Indiens vendent leurs oeuvres d’artisanat à l’ombre, devant la Palais des gouverneurs. La Place est entourée de boutiques qui vendent des objets de luxe à une clientèle principalement constituée de touristes.

Mercredi 22 juin, sur la Old Santa Fe Trail, jusqu’à la Plaza de Santa Fe

Depuis quatre siècles, tous les voyageurs qui arrivent à Santa Fe se hâtent d’abord vers la Plaza Santa Fe, devant le Palais des gouverneurs, le centre historique de cette ville envoûtante.

Il y a environ un peu plus d’un siècle et demi, comme l’illustre le tableau suivant, la Plaza de Santa Fe était le point d’arrivée, la destination de tous les entrepreneurs américains qui s’étaient rassemblés en divers points, au Missouri, pour se lancer à l’aventure sur la Piste de Santa Fe, pour aller échanger des biens avec des clients au Nouveau-Mexique.

À l’inverse, pour les Mexicains qui quittaient Santa Fe en direction opposée, la même Plaza de Santa Fe était un point de départ.

La plupart de ceux qui s’embarquaient dans cette aventure, des commerçants surtout, faisaient le trajet dans les deux sens. La Piste de Santa Fe était d’abord et avant tout un couloir de commerce international. Il faut savoir aussi que la Plaza de Santa Fe était un lieu de rencontres : la route qui menait vers les régions plus au Sud du Mexique, El Camino Real de Tierra Adentro, ainsi que celle qui menait vers l’Ouest, la Californie, se rejoignaient toutes à cette même Plaza.

Dans les musées et les sites historiques nationaux situés plus au Nord et à l’Est, de La Junta ( au Colorado ) à Independence ( Missouri ), on évoque surtout les noms des entrepreneurs américaines. Plus au Sud, au New Mexico Museum of History à Santa Fe, ou au musée local à Trinidad ( Colorado ), on nomme aussi des entrepreneurs néo-mexicains qui se sont aventurés sur cette voie commerciale.

Animé par la curiosité…

J’étais curieux d’aller retracer ce trajet, les derniers pas jusqu’à la Plaza de Santa Fe… de reconnaître les dernières ou les premières longueurs,  selon le point de vue, de cette Piste.

C’est à partir du pont qui enjambe la rivière de Santa Fe ( à vrai dire, plutôt un ruisseau qu’une rivière ), que je me suis dirigé vers l’Est, à  la rencontre d’une caravane imaginaire… qu’on attendait depuis quelques jours, puisque des gens des villages voisins venus à cheval nous avaient avertis qu’une caravane arrivant de Independence, Missouri, était en route, aux environs de Pecos.

Santa Fe - Old Santa Fe Trail 2
À gauche, à quelques coins de rue de la Plaza Santa Fe, sur l’ancienne Route 66 qui, à cet endroit se superpose à l’ancienne Piste de Santa Fe : le Garrett’s Desert Inn. Les voyageurs qui arrivaient de Independence Missouri, vers 1840, 1850, aurait certes apprécié s’y installés.

À l’époque, en 1830, on n’aurait pas aperçu un motel à gauche, sur la route, à quelques pas de la Plaza.

Ce n’est qu’à partir de 1846 que le Nouveau-Mexique a été cédé aux États-Unis, de force, en vertu d’un traité mettant fin à la Intervencion norteamericana en Mexico.  Santa Fe a conservé son statut de capitale du territoire. Des bureaux de l’administration publique du gouvernement de l’État du Nouveau-Mexique sont dispersés un peu partout dans la ville. À droite ( photo ci-haut ), à quelques pas de marche, de l’autre côté de la voie, le flâneur d’aujourd’hui constate la présence d’un bureau du State Land Office, qui gère les propriétés publiques de l’État.

Poursuivons la marche, de quelques centaines de mètres avant de rebrousser chemin vers notre destination…

Les touristes d’aujourd’hui, tout comme les voyageurs d’il y a quelque 150 ans, passeront devant l’église de la Mission San Miguel, une des plus vieilles églises des États-Unis ( érigée il y a environ quatre siècles, à la même époque que la fondation de la ville de Québec ). Le fouineur méthodique féru d’histoire trouvera sur Internet des photos d’époque de cette église : il, ou elle, constatera qu’elle était dans un piteux état au 19è siècle. Heureusement, on l’a restaurée depuis peu.

Les flâneurs curieux qui s’engageront dans la rue, à gauche de l’église, y découvriront un autre édifice, encore plus ancien que cette église.

Santa Fe - Mission San Miguel
L’église de la Mission San Miguel

Santa Fe - Un vieil édifice
La plus vieille maison de Santa Fe, en adobe : c’est aujourd’hui un musée.

Après avoir visité l’église et la maison, le visiteur d’aujourd’hui retournera sur la Old Santa Fe Trail en se dirigeant vers la Plaza.

Il fait chaud, l’avant-midi passe vite, l’heure du lunch approche : on pourrait être tenté de s’arrêter à la pizzeria Upper Crust, où on sert, selon l’affiche, de la Samuel Adams, une marque américaine de bière bien connue, et pas pire à mon avis. Il, ou elle préférera peut-être continuer son chemin : il y a tellement de restaurants sur cette route et dans les environs. Le visiteur retiendra que le voyageur d’antan n’avait pas autant d’options : ce voyageur d’antan n’avait qu’une obsession, se rendre à la Plaza…

Santa Fe - Old Santa Fe Trail
Upper Crust Pizza, sur Old Santa Fe Trail, à Santa Fe

Santa Fe - Architecture Hôtel de luxe
Inn and Spa at Loretto

Une centaine de pas plus loin, nous traversons le pont sur la rivière/ruisseau Santa Fe, on admirera l’architecture du Inn at Loretto, on résistera à l’envie d’entrer dans les boutiques d’art et d’artisanat de l’autre côté de la rue. On passera devant la chapelle Loretto, on se retrouvera face à l’hôtel La Fonda ; on bifurquera à gauche pour contourner cet hôtel, et enfin, on arrivera à la Plaza.

À l’emplacement du légendaire hôtel La Fonda, qui occupe tout le quadrilatère aujourd’hui, il y avait déjà un hôtel qui accueillait les voyageurs dès le début de la création de la Piste de Santa Fe. Le voyageur d’aujourd’hui aurait beaucoup de difficulté à s’imaginer l’apparence de celui-ci, s’il n’existait pas d’archives photographiques de l’époque de la deuxième moitié du 19è siècle. Le voyageur d’antan n’aurait jamais pu s’imaginer non plus à quel point on modifierait les lieux sur une période de cent ans. Après tout, l’évolution de la ville avait été lent au cours des deux siècles précédents, lorsque Santa Fe était un poste frontalier à la limite nord de la colonie espagnole du Mexique.

La grande dame des hôtels de Santa Fe, l’hôtel La Fonda a acquis une réputation enviable, dès sa fondation. Les voyageurs fortunés, dont un grand nombre de personnalités célèbres, qui débarquaient du train qui arrivait à Santa Fe appréciaient le service qu’on y offrait. Le New Mexico History Museum consacre présentement une salle d’exposition à l’histoire de cet hôtel, à son architecture, ainsi qu’au personnel féminin de cet hôtel.

Santa Fe - Hôtel La Fonda
Tourner à gauche sur Water St, puis à droite pour contourner l’Hôtel La Fonda, et déboucher sur la Plaza de Santa Fe…

Mais ce n’est pas à La Fonda que je me suis dirigé en arrivant à Santa Fe à la mi-juin, après avoir passé une semaine à suivre les traces des voyageurs sur des routes modernes, le long de la vénérable Piste de Santa Fe. Ce n’est pas non plus à la Plaza de Santa Fe.

C’est plutôt au camping du Trailer Ranch RV Resort, sur le boulevard Cerrillos, que nous nous sommes installés pour une dizaine de jours. Un des circuits du transport en commun de la ville passe devant ce camping. Les voyageurs ont plusieurs options aujourd’hui : ils peuvent voyager aujourd’hui en train, en avion, en automobile, et en véhicule récréatif. Ce dernier mode de transport nous convient bien.

 

Laisser couler le temps

On ne découvre pas, on n’apprivoise pas une ville en quelques jours, voire même en quelques semaines. Il en faut du temps pour s’immerger dans ces habitats que sont les villes et les villages que se sont construits les humains au cours des décennies, des siècles… faire connaissance, se livrer, tisser des réseaux… Quand on a si peu de temps, on ne peut qu’en effleurer la surface.

J’aime marcher dans une ville que je visite pour la première fois. Dans le cas de Santa Fe, j’ai bien conscience que ce sera probablement la première et la dernière fois. Je ne crois pas que j’y retournerai. C’est que je termine d’ici peu la septième décennie de mon existence, et qu’étant donné le temps qu’il me reste pour poursuivre mes découvertes du monde, je suis de moins en moins porté à retourner vers les lieux que j’ai déjà explorés.

Santa Fe - Café Librairie Collected Works
… parfois dans le café attenant à la libraire Collected Works…

C’est dans cet esprit que j’aurai pris beaucoup plaisir à laisser dérouler ce temps qui me semble passer de plus en plus en vite à mesure que je vieillis, en marchant dans Santa Fe… contemplant ces paysages urbains… et de ponctuer ces marches en me posant, parfois sur un banc dans le parc de la Plaza centrale de la ville, parfois dans le café attenant à la librairie Collected Works… savourant cet instant en tentant de ralentir son inexorable débit… sans illusion…

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Autoportrait

Je ne pratique pas souvent l’autoportrait.

C’est en parcourant, cet après-midi, une exposition sur l’autoportrait, dans le New Mexico Museum of Art, que je me suis souvenu m’être livré à cet exercice en visitant un autre musée, le Saint-Louis Art Museum ( SLAM, pour les initiés ), il y a quelques semaines.

En passant d’un étage à un autre, pour passer d’une galerie à une autre, j’ai descendu cet escalier. L’édifice où loge le SLAM est une œuvre d’art en soi, tout comme le New Mexico Museum of Art d’ailleurs, dont vous pouvez admirer des prises de vue extérieures, que j’ai affichées plus tôt cette semaine ( voir ici ).

Autoportrait, au SLAM
Autoportrait, au SLAM

New Mexico Museum of Art - Exposition sur l'autoportrait
New Mexico Museum of Art – Exposition sur l’autoportrait

New Mexico Museum of Art - Escalier intérieur
New Mexico Museum of Art – Escalier intérieur

New Mexico Museum of Art - cour intérieure
New Mexico Museum of Art – cour intérieure

Enfin… Santa Fe

La rivière Arkansas, au Colorado
La rivière Arkansas, au Colorado

Nous arriverons à destination demain : la Plaza de Santa Fe, devant le Palais des Gouverneurs..

Quel long voyage ! Deux mois, à marcher à côté des attelages de bœufs sur la Piste de Santa Fe, sous le soleil implacable et dans la poussière depuis la place centrale à Independence, Missouri — 900 miles environ ( 1 400 km ). Nous avons choisi de prendre la voie de la montagne parce que, bien qu’elle soit plus longue que la voie de Cimarron, elle nous semble moins dangereuse.

Hier, nous avons croisé l’ancienne église que les Pueblos viennent d’abandonner, à Pecos, dans le Col de Glorietta, à plus de 2 000 m d’altitude ( 7 500 pieds ).

Nous sommes épuisés, mais heureux d’atteindre enfin notre but.

Je me mets dans la peau des commerçants qui ont voyagé le long de cette piste légendaire, pendant un demi siècle, il y a un siècle et demi et plus.

Ils ont voyagé pendant environ 70 jours. Nous avons pris une semaine pour parcourir essentiellement la même route, en prenant notre temps, en nous arrêtant ici et là, au Fort Larned, à Dodge City, au Vieux Fort Bent, pour nous immerger dans l’atmosphère du temps passé… un passé pas si lointain lorsqu’on y songe.

En 1821, le Mexique obtient son indépendance de l’Espagne. Le pays ouvre ses frontières à son voisin et veut favoriser le commerce. Santa Fe fait toujours partie du Mexique à cette époque. Il n’y a pas de route entre Santa Fe et la ville frontière de Saint-Louis, au Missouri. Plusieurs peuples autochtones dominent toujours le territoire entre ces deux villes.

Un marchand, William Becknell, saisit l’occasion. Il trace une piste et réussit à rejoindre Santa Fe à partir de Saint-Louis, inaugurant ainsi un réseau commercial entre ces deux centres urbains.

Pendant un peu plus d’un demi-siècle, cette piste sera la seule voie de communication entre ces deux villes. Éventuellement, c’est à Independence, au Missouri, qu’on assemblera des caravanes de chariots à bâche de type Conestoga, à destination, soit de l’Oregon, de la Californie ou de Santa Fe. Les chemins de fer remplaceront, dès le troisième quart du 19è siècle, toutes ces pistes.

Au début du 20è siècle, on commencera à redessiner la carte du continent : on tracera d’autres chemins, qui constitueront éventuellement le réseau des routes, de terre d’abord, puis de bitume, à deux voies, et enfin à quatre voies, les autoroutes qui sillonnent l’Amérique du Nord.

Depuis une semaine, nous roulons à bord d’une autocaravane, de Saint-Louis jusqu’à Independence ( en banlieue de Kansas City ) sur l’autoroute I-70, puis sur les routes, 56 et 50, en passant par Dodge City, Colorado, jusqu’à La Junta, poursuivant sur la 350, jusqu’à Trinidad, et enfin l’autoroute I-25, jusqu’à Santa Fe. Chemin faisant, sans s’en rendre compte, nous gagnons graduellement de l’altitude, de 315 m au dessus du niveau de la mer à Independence, jusqu’à plus de 2 000 m dans les cols de Raton ( à la frontière du Nouveau-Mexique et du Colorado ) et de Glorietta, le passage qui mène à Santa Fe.

Les douces collines fertiles du Missouri font place à la plaine aride et sèche du sud du Kansas. Les arbres se font rares et se concentrent principalement le long des rares cours d’eau. Les routes sont rectilignes. Le regard ne perçoit pas les obstacles qui ont dû découragé les voyageurs d’antan ; le moindre ravin a dû représenter un défi que nous ne remarquons même plus en roulant en moyenne à 65 miles à l’heure.

À La Junta, nous avons subi un orage violent en début de soirée, à l’abri dans notre autocaravane étanche ; le vent la bousculait un peu. Nous avons imaginé ce qu’ont pu ressentir ces voyageurs à une autre époque. C’est la saison des tornades ; la propriétaire du camping à Dodge City nous a confié qu’elle se comptait chanceuse d’avoir évité un désastre deux semaines plus tôt, alors que plusieurs tornades avaient touché la plaine dans les environs.

Depuis plusieurs jours, le thermomètre n’était jamais descendu en bas de 21 C la nuit, s’élevant jusqu’à 38 à La Junta en fin d’après-midi. Deux jours plus tard, à Las Vegas ( Nouveau Mexique ), au milieu de la nuit, nous avons dû recouvrir le lit avec les couvertes chaudes que nous avions rangées dans des tiroirs.

Encore aujourd’hui, les distances sont longues entre les villes et villages le long de ces routes. Autrefois, on laissait les bœufs qui tiraient les chariots brouter en fin de journée. Aujourd’hui, nous devons prévoir de remplir nos réservoirs d’essence ; les stations service sont espacées les unes des autres entre les villes et villages. Autrefois, on se réjouissait d’arriver au Vieux Fort Bent. Tous, humains et bêtes se reposaient quelques jours ; on s’y ravitaillait en échangeant des marchandises pour des services ; on pouvait compter sur le forgeron et le menuisier, qui pouvaient soit ferrer nos bœufs, soit réparer nos roues de bois et de métal, malmenées par la traversée d’une plaine moins plane qu’on le croirait.

Jour après jour, il faut beaucoup de résilience, de volonté, pour poursuivre son chemin. Les chariots, qu’on a surnommé les goélettes des plaines ( Prairie Schooner ), sont chargés de deux tonnes de marchandises : des tissus, des ustensiles, des biens domestiques produits dans l’est du continent, qu’on échangera contre de l’argent, du cuivre et d’autres métaux du Mexique. Au chemin du retour de Santa Fe à Saint-Louis, on ramènera du Fort Bent vers l’Est, des tonnes de fourrures ( bison, castors, et autres ) que les chasseurs et trappeurs, tant Indiens que Blancs, y ont échangées contre des fusils, des munitions, des marmites en métal, des tissus…

Il y a deux jours, peu après avoir dépasser le Col de Raton, le tachymètre de l’autocaravane nous a indiqué que nous avions roulé 6 000 km depuis notre départ il y a cinq semaines, alors que notre appareil GPS nous informait que nous étions à 6 000 pieds d’altitude…

Aujourd’hui,  je n’aurai rien d’autre que des récits de voyage à offrir, à raconter, au retour de ce long voyage… faire part de mes découvertes, parler des multiples rencontres aussi avec des toutes sortes de gens…

Demain, nous irons à la Plaza de Santa Fe, devant le Palais des Gouverneurs. Santa Fe, une des plus vieilles villes du continent, aussi vieille que la ville de Québec… une ville de rencontres de peuples, une ville qui se targue d’être différente. Dans le dépliant touristique de la ville, on avertit le visiteur : ici, il n’y a rien qui presse, et vous ne devriez pas vous presser non plus ( We don’t rush here. You don’t have too, either. )

On marchait à côté des charriots, sur une vaste prairie semi-aride, sur des plaines désertiques, puis en traversant des montagnes, au rythme d’une vingtaine de km par jour, sur une distance de 1 400 km. Ici, sur la plaine aride et sèche dans les environs de Dodge City, imaginez combien il est préférable de marcher pour guider les attelages de bœufs plutôt que de se laisser brasser les os assis sur le charriot.

Fort Bent
Le Fort Bent, un poste de commerce, à quelques km de La Junta, Colorado, fut pendant deux décennies, une étape bienvenue pour ceux qui voyageaient sur la Piste de Santa Fe.

La route 350, entre La Junta et Trinidad au Colorado, se juxtapose, à bien des endroits, sur la Piste originale de Santa Fe.
À bien des endroits, la route 350, entre La Junta et Trinidad au Colorado, suit le chemin original de la Piste de Santa Fe. Chemin faisant, on apercevra à l’occasion des antilopes d’Amérique ( proghorn ), qui broutent parfois en compagnie des troupeaux de bœufs. Un aigle foncera au niveau du sol pour ramasser un malheureux lièvre. Il y a peu de circulation sur cette route, surtout un dimanche matin ; ce ne sont que les phares d’une automobile qui nous indique de loin sa présence.

Point de repère - Wagon Mound
On distingue bien, de loin, sur la I-25, le point de repère de Wagon Mound, entre Watrous et Springer, Nouveau-Mexique. La vue de cette montagne, qui se détache de la plaine aride, a dû réconforté les voyageurs qui arrivaient de Independence. Cela signifiait qu’il ne leur restait plus que quelques jours avant d’atteindre leur destination.

Le Col de Glorietta, à deux jours de distance de Santa Fe, au départ ou à la fin du voyage.
Le Col de Glorietta, à deux jours de distance de Santa Fe, au départ ou à la fin du voyage, selon le cas, à la hauteur du Parc national historique de Pecos.