The Open Road : mes road trips américains

 

En 1960, la photographe Inge Morath traverse le continent américain en automobile, de New York jusqu’à Reno, Nevada, en compagnie de Henri Cartier Bresson. Elle se sert autant de sa dactylo portative que de sa caméra pour annoter ses observations.

Ce sont les photos de Morath, que j’ai examinées attentivement en tournant les pages du livre de photos The Open Road ( The Road to Reno ),  qui m’ont inspiré pour piquer ici la courtepointe de mes road trips américains.

Bonnes routes…


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Camping, South Bend, Indiana – juin 2011 — Les « Native Americans » n’apprécient guère qu’on se serve des noms dérivés de leurs cultures, les noms de tribus ou de leurs grands chefs historiques, pour identifier des marques de commerce, telles, par exemple, la Pontiac, la Winnebago, le camion Chevrolet Apache, ou la Jeep Cherokee… Il est intéressant d’observer qu’après avoir tenté d’éliminer leurs cultures, on en valorise des éléments aujourd’hui.

 

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Winterset, Iowa, juin 2011 — Ville natale de John Wayne et chef-lieu du comté de Madison, où on a tourné le film The Bridges of Madison County, mettant en vedette Clint Eastwood et Meryl Streep. Le jeune couple qui pose devant la statue de John Wayne est venu du Texas jusqu’à Winterset`, pour visiter la maison natale de cet acteur qui a personnifié une certaine image de l’homme américain de son époque.

 

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Ponderosa Campground, Cody, Wyoming, juin 2011 — On peut toujours s’offrir un repas à l’hôtel Irma, au coeur de Cody, la ville fondée par Buffalo Bill Cody, marcher sur la rue principale, entrer dans un magasin, s’acheter un chapeau et une veste de cowboy… Pour admirer une magnifique collection d’art de l’Ouest américain, ainsi que la collection des armes à feu qui ont servi à conquérir l’Ouest, et pour mieux connaître le territoire des Rocheuses, ses paysages, les Indiens des Plaines et, enfin, le personnage de Buffalo Bill Cody, le voyageur devra passer quelques heures, sinon deux jours pour visiter l’étonnant Buffalo Bill Heritage Centre.

 

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Parc national Pecos Pueblo, Nouveau Mexique, juin 2016 — Notre guide, un descendant des Espagnols qui se sont installés dans l’ancienne province du Nouveau-Mexique,  bien avant la conquête américaine il y a plus d’un siècle et demi, raconte une version plus équilibrée de l’histoire de sa région et de ce site, selon les points de vue espagnol, pueblo, et américain.

 

Patrimoine architectural historique de la communauté noire de Cape May, New Jersey, mai 2014 — Au cours des années 60, une terrible tempête d’hiver ravage Cape May pendant quelques jours. Le quatier habité par la communauté noire est plus touché que les autres. Les édiles municipaux, en majorité blancs, qui lorgnaient sur le potentiel immobilier de ce secteur de la ville, manœuvrent pour élaborer un plan de rénovation urbaine. Il reste encore quelques traces du quartier historique de la communauté noire de la ville. En été, un organisme qui veille sur le patrimoine de cette communauté organise des visites guidées, à pied, à l’intention des touristes, pour raconter l’histoire de leur communauté.

 

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Santa Fe, Nouveau-Mexique, juin 2016 — Qui n’a pas rapporté un ou des souvenirs de leurs voyages… du sable de plage, un vase, un crâne de vache… ? Certains souvenirs sont plus modestes que d’autres. La valeur de ceux-ci est souvent plus émotive que monétaire.

 

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Old Faithful, dans le Parc national Yellowstone, juin 2014 — Les visiteurs, venus de tous les continents, se rassemblent graduellement ; l’auditoire s’étale sur le trottoir en bois… on attend… Patience… le geyser si célèbre n’est plus aussi régulier, ni aussi spectaculaire que par le passé. Aussitôt le spectacle presque terminé, il ne faut pas rater l’occasion de prendre une photo, pour le souvenir du moment.

 

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Charleston, Caroline du sud, mai 2014 — Samedi matin, la onzième édition du Charleston Dog Show.

 

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Jetée, Virginia Beach, Virginie, mai 2014 — Quoi faire sur le long de la plage quand la journée n’est pas propice à la baignade ? Toutefois, les pêcheurs doivent parfois faire concurrence aux dauphins qui s’adonnent aussi à cette occupation.

 

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Pike Place Market, Seattle, Washington, juillet 2011. Les voyageurs qui parcourent de longues distances en autocaravane peuvent choisir d’y préparer leurs repas dans leur « maison mobile » plutôt que d’aller au restaurant. Pour s’approvisionner, outre les supermarchés, ils peuvent fréquenter, là où il y en a, les marchés publics, comme celui-ci, toujours animé. De plus, ces voyageurs savent que qui dit marché public dit aussi restauration.

 

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Café, Corning, New York — Une pause après la visite d’un musée, prendre des notes de voyage, consulter les cartes routières, ou avant de reprendre la route…

Je suis en train de préparer une présentation sur mes road trips américains, que je livrerai dans quelques semaines à mon club de photo. J’envisage de décomposer cette présentation en plusieurs thèmes, tout en la clôturant avec une nouvelle version d’un diaporama qui porterait sur la route en soi, telle que vue derrière le pare-brise de notre autocaravane…

Découvrir où le chemin nous mène

La route - Route de campagne en OhioParfois, alors qu’on croit savoir où on va, on se rend compte qu’on s’engage sur un chemin qu’on ne reconnait pas, qui n’est pas celui qu’on avait prévu, ou qui ne mène pas là où on veut se rendre.

À ce moment, on court le risque de se perdre au détour… mais c’est là que commence la découverte.

La plupart du temps, on ne découvre que ce que l’on veut bien découvrir. Là où commence la véritable exploration toutefois, c’est de découvrir l’inattendu. Et la découverte la plus inattendue que l’on puisse faire, celle qui nous surprendra le plus, c’est de découvrir un nouveau point de vue sur soi-même… Ce peut-être le point de départ d’un autre voyage… Il faut parfois du courage pour s’y aventurer.

Quelques campings sur les Grandes Plaines de l’Ouest

Salina, Kansas – le 8 juin 2016

Cinq heures de route depuis Independence Missouri, incluant l’arrêt pour le lunch sur le bord de l’autoroute. Il fait chaud, très chaud, c’est sec et il vente, il vente très fort, un vent qui soulève la poussière ; mais on est bien à l’intérieur, à l’air climatisé.

Les préposés à l’accueil du camping à Salina, Kansas, nous disent que le mercure du thermomètre s’élèverait rapidement bien au dessus des 100 degrés F s’il n’y avait pas de vent.  On s’installe en milieu d’après-midi, avant l’arrivée de tous les autres voyageurs.

Le camping se remplit progressivement jusqu’en début de soirée. Sur le bord de l’autoroute I-70, au milieu des champs de blé. De passage pour une nuit ; une nuit chaude. On reprend la route tôt le lendemain matin, pour s’engager sur la Piste de Santa Fe.

Camping - Salina
Fin d’après-midi, bien installés à l’ombre, à Salina, Kansas ; en arrière-plan, les camions à remorque filent sur la I-70 vers l’est.

Dodge City, Kansas – les 9 et 10 juin 2016

Après un premier arrêt au cours de l’avant-midi à Pawnee Rock, le lunch à midi dans un restaurant mexicain à Larned, et une visite du site historique du Fort Larned National Historical Park, on file vers Dodge City. On passe la nuit au Gunsmoke RV Park.

Le lendemain, tôt le matin, il fait déjà chaud, très chaud, comme la journée précédente. On part visiter la ville : le Boot Hill Museum, une visite guidée des environs de la ville… ( pour les fans de Lucky Luke, les Dalton, ce n’est pas une fiction ; ils ont réellement existé ; on peut même visiter leur maison familiale à quelques km de distance, un peu plus à l’ouest de Dodge City ). Nous retournons au camping.

Camping - Gunsmoke RV Park
Tôt le matin, un employé nettoie la piscine devant le complexe d’accueil du Gunsmoke RV Park à Dodge City, Colorado.

Las Vegas, Nouveau Mexique – 13 juin 2016

En quittant, on pousuit vers l’ouest sur la US 50, jusqu’à La Junta, Colorado. Nous y passons deux nuits, puis nous filons à nouveau vers le sud, en direction de Santa Fe.

Une dernière halte d’une nuit au KOA, à Las Vegas, Nouveau Mexique, avant de se diriger le lendemain à Santa Fe. Le camping est bien situé sur une colline rocailleuse, mais boisée : un beau paysage montagneux devant notre emplacement. On ne sent pas la présence de l’autoroute 25, juste de l’autre coté de la colline.

Quelques jours plus tard, nous apprenons qu’il n’est pas rare d’y croiser des serpents à sonnettes ; puis, on nous informe par la suite qu’il n’y a plus d’eau au camping de Las Vegas. Nous comprenons alors pourquoi, bien que le camping soit bien entretenu, l’état des douches et des toilettes laisse néanmoins à désirer. Et je ne regrette pas d’avoir été prudent ; je n’y ai pas risqué de m’aventurer dans les sentiers environnants.

Camping - KOA Las Vegas NM
Au camping KOA de Las Vegas, Nouveau Mexique, perché sur un colline rocailleuse devant un paysage montagneux semi-désertique, enchanteur.

Pueblo, Colorado – le 25 juin 2016

Il n’y a qu’une heure et demi de route entre Las Vegas NM et Santa Fe. Nous nous arrêtons au Parc national historique de Pecos avant de nous diriger vers la capitale du Nouveau-Mexique, au pied des montagnes Sangre de Cristo. Nous y séjournons une dizaine de jours, avant de reprendre la route vers la nord… direction Laramie, Wyoming.

Un arrêt de quelques heures à Trinidad, Colorado — un lunch délicieux avant une visite du musée d’histoire locale — la Piste de Santa Fe, la découverte de métal, notamment le charbon, le développement de la ville, les luttes syndicales…

Halte d’une nuit, environ à mi-chemin, en bordure la I-25, près de Pueblo, Colorado. Il fait déjà moins chaud qu’à Santa Fe.

Conversation intéressante avec mon voisin de camping, qui est originaire de la région, mais qui vit aujourd’hui la moitié de l’année à Taos NM et l’autre moitié à Talahasse Floride.

Diane - Camping de South Pueblo
On peut entrevoir un camion sur l’autoroute I-25, en arrière-plan. L’hôtesse vous souhaite la bienvenue à la porte de son domicile sur roue.

Cheyenne, Wyoming – les 29 et 30 juillet 2016

De Pueblo, on roule vers le nord ; on traverse Denver, sans s’arrêter. On poursuit sur la I-25 jusqu’à Fort Collins. On s’engage ensuite sur la US 287, qui longe, pendant quelques instants, la rivière Cache la Poudre, un affluent de la South Platte.

On se retrouve dans les contreforts des Rocheuses ; en quelques minutes, on s’élève jusqu’à plus de 8 500 mètres avant de redescendre à Laramie. Une nuit, une journée à visiter Laramie, puis on file vers la capitale du Wyoming, Cheyenne.

Visite du Jardin botanique le matin ; lunch ; on entre, par curiosité, au Boot Barn, anciennement le magasin phare des jeans Wrangler ( achat d’une paire de jeans et d’un manteau d’hiver, en vente – une véritable aubaine ), suivie d’une visite au Cowgirls of the West Museum en après-midi, puis on se dirige vers le KOA de Cheyenne, à quelques km à l’ouest en bordure de la I-80.

Une deuxième nuit ; une journée complète immergé dans l’univers de l’épopée des trains dans l’Ouest américain ; lunch à l’Albany, à côté de l’ancienne gare de la Union Pacific. Vers la fin de la journée, on subit un orage, une véritable douche. Puis le temps se dégage pour la nuit.

Camping - Cheyenne
Au KOA de Cheyenne Wyoming : des installations minimales, mais un accueil chaleureux. La tempête passe au sud… au-delà de la I-80…

Cheyenne - camping koa

Le lendemain, on entreprend la traversée du Nebraska.

Immense Kansas

Kansas - traces des pistes
Traces des charriots sur l’ancienne Piste de Santa Fe, aux environs de Dodge City — US Route 50

Sur les traces des migrants, d’hier et d’aujourd’hui…

Il y a quelques semaines, j’amorçais un autre voyage d’exploration de l’Amérique… ou, puisque l’Amérique est un continent, devrai-je plutôt écrire : les Amériques, mes Amériques.

Depuis quatre jours, nous traversons les grandes plaines immenses du Kansas. Nous avons quitté l’autoroute I-70 un peu à l’ouest de Salina et nous avons piqué vers le Sud-Ouest, pour aller suivre l’ancienne Piste de Santa Fe… sur les traces des commerçants, des militaires et des migrants qui l’ont foulée il y a bientôt deux siècles.

En roulant, à plus de cent à l’heure ( jusqu’à 120 parfois même ) sur les routes qui s’étendent sans fin apparente sur ces grandes prairies, je m’imagine ce que fut le voyage pour ceux qui le traversaient lentement, à raison d’une vingtaine de kilomètres par jour, sur des charriots tirés par des bœufs ou des mules, bravant le soleil implacable, les orages, la foudre et les tornades, le vent incessant, la chaleur ou le froid, les serpents à sonnettes, observant à distance les troupeaux de bisons au loin, sous le regard attentif des premiers habitants du pays… Le territoire était, à cette époque, le domaine des tribus nomades, chasseurs de bisons, les Cheyennes, Kiowas, les Pawnees, les Commanches, les Arapahos… Un peu plus au sud, au sud de la rivière Arkansas, on passait en territoire mexicain.

Les paysages de l’Amérique ont changé ; Pawnee Rock, autrefois un repère sur la Piste de Santa Fe, a été réduit d’une vingtaine de pieds. Ceux qui se sont établis dans les environs avaient besoin de pierre pour construire leurs maisons. Les visages aussi changent ; ils parlent même d’autres langues que l’anglais.

La cavalerie, les cowboys et les Indiens de déjà ne chevauchent plus dans le paysage. Il y a longtemps qu’on a abandonné les forts le long de la Piste de Santa Fe — Fort Dodge, Fort Lyons, et autres ; on a transformé certains d’entre eux en monuments historiques nationaux — Fort Larned, Bent’s Fort. On tourne beaucoup moins de films sur eux. Les millions de bisons ont disparu, remplacés par des troupeaux de vaches. Le blé pousse aujourd’hui là où de l’herbe couvraient les paysages. Les chiens de prairie n’ont plus de place où creuser leurs villages.

Tout au long de ce voyage, je redécouvre les nombreux visages de mon Amérique.

Beaucoup de gens voyagent, comme nous… dans toutes les directions. Les familles sont dispersées aujourd’hui : les grands-parents visitent leurs enfants et leurs petits-enfants dispersés dans toutes les régions du pays, de l’Ohio à l’Oregon, de San Diego à Boston.

Des familles migrent d’une région à une autre à la recherche d’un emploi. De plus, plus nous nous rapprochons du Sud, Sud-Ouest, plus nous communiquons avec des employés dans les commerces qui parlent très peu l’anglais, et qui se parlent entre eux en espagnol.

Il y a quelque chose d’un peu ironique dans cette « invasion » latina. Il y a deux siècles, l’invasion était anglaise, et bienvenue par les Mexicains, qui comptaient sur les migrants pour contrer la pression autochtone. La vague migratoire « civilisatrice » américaine fut telle, que le Texas devint américain, de force, et que le Nouveau-Mexique, l’Arizona et la Californie furent américanisés. On croyait fermement que c’était le destin de l’Amérique que d’apporter les bienfaits de la civilisation et de la démocratie à ces contrées.

Kansas - la route qui se fond dans l'horizon
Une route rectiligne, qui se fond dans l’horizon
Kansas - Pawnee Rock
Pawnee Rock –la roche est gravée des signatures de ceux qui y sont passés

Kansas - Un arbre

Kansas - La richesse

Kansas - les gratte-ciel des prairies
Gratte-ciel des prairies

Imprévus…

Un ami auquel j’avais montré une ébauche de notre itinéraire de voyage, était étonné du niveau de préparation sous-jacent à une telle équipée : il était surpris de constater qu’il y avait peu de place pour l’imprévu.

Je lui avais répondu qu’il y a toujours des imprévus en voyage. Que ça ne se passe pas toujours comme on le veut. Une grève générale en France, par exemple, ou en Espagne, bouscule nos plans et nous force à improviser. On devance une arrivée ou on reporte un départ.

Nous avons eu beaucoup d’occasions de gérer les imprévus au cours du présent voyage. Quatre exemples, parmi d’autres : une première fois, il y a deux semaines, afin d’insérer une activité dans notre itinéraire ; une deuxième fois, pour s’adapter à une négligence de ma part ; une troisième fois… un des pneus avant de notre véhicule a cueilli un clou sur la chaussée quelque part à Saint-Louis ; une quatrième fois, lorsque le mauvais temps nous force à remettre d’un jour, la participation à une activité à laquelle je tenais beaucoup.

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Une journée au Fort de Chartres

Le 5 juin 2016

Fort de Chartres 2

Chaque année depuis des décennies, au début du mois de juin, des centaines de gens de tous les âges, de toutes les conditions, de diverses professions, choisissent de retourner vivre dans une époque lointaine. Ils s’habillent en costume d’époque, font la cuisine sur un feu de bois en plein air, dorment sous une tente de toile, quelle que soit la température, chaude et humide, au soleil ou à la pluie, comme au temps de la Nouvelle-France, au pays des Illinois, vers 1750. Ils se rassemblent lors du Rendez-vous au Fort de Chartres, tout près du Mississippi, à une centaine de kilomètres au sud de Saint-Louis.

Au cours de la première moitié du 18è siècle, à l’époque de la Nouvelle-France, le Fort de Chartres a servi de siège du gouvernement de la région qu’on a appelé le pays des Illinois. Cette région a servi de grenier à blé pour la Louisiane jusqu’à la cession du territoire des Français aux Anglais suite au Traité de Paris en 1763.

Les Français ont construit deux forts en bois entre les années 1720 et 1725. Le premier se dégrade suite à des inondations. Le deuxième ne résiste pas plus aux éléments. Ce n’est que trois décennies plus tard qu’on érige un troisième fort, en pierre, près des deux premiers.

Cette année, les Amis du Fort de Chartres ont décidé de commémorer la prise de possession du Fort de Chartres par les Anglais en 1765, selon les modalités prévues en vertu du Traité de Paris de 1763, qui a mis fin à la Guerre de Sept Ans. On a organisé une scène évoquant la cession du fort, le retrait du Régiment des Compagnies franches de la Marine et la prise en charge par Régiment royal des Highlanders, qui eu lieu il y a 250 ans.

Comme chaque année, les Rendez-vous du Fort de Chartres attirent des milliers de visiteurs, en plus des personnes qui s’y rendent pour revivre le passé. Des artisans y font des démonstrations de leur savoir-faire : forge, travail du bois, courtepointes… beaucoup d’armes — couteaux, tomahawks… On y présente aussi des démonstrations de tirs de canons, de mousquets, de tomahawks. Beaucoup de ceux qu’on nomme des « reenactors », des gens qui revivent comme à l’ancien temps, s’étaient installés depuis presque une semaine, avant l’ouverture officielle au grand public du village. Un jeune homme, jeune trentaine, m’a dit qu’il a assisté à cet événement chaque année depuis qu’il a trois ans, en compagnie de son père.

Il n’y a pas qu’à Montréal et à Québec qu’on se souvient du temps de la Nouvelle-France. On le fait aussi, encore aujourd’hui, au pays des Illinois.

J’ai visité le Musée du Fort de Chartres. On y rappelle le souvenir de cette grande épopée que fut la Nouvelle-France : que Jolliet et Marquette sont passés par là il y trois siècles et demi, que De La Salle et Tonty les ont suivis, les coureurs de bois ont essaimé partout dans ces territoires. Ils se sont fait des alliés avec les peuples qui y vivaient avant leur arrivée.

C’est dommage qu’on ne raconte plus ce récit. C’est un récit qui pourrait inspirer tous les jeunes Québécois : leur rappeler que leurs ancêtres ont accompli de grands exploits… qu’ils peuvent être fiers de leur histoire. Je me souviens que ces récits m’ont inspiré lorsque j’étais plus jeune, enfant et adolescent.

La porte du Fort de Chartres, qui a été reconstitué par l'État de l'Illinois, graduellement, depuis un siècle.
La porte du Fort de Chartres, qui a été reconstitué par l’État de l’Illinois, graduellement, depuis un siècle.
Commémoration de la remise du Fort par les Français aux Anglais en 1765, conformément au Traité de Paris de 1763.
Commémoration de la remise du Fort par les Français aux Anglais en 1765, conformément au Traité de Paris de 1763.
Le Rendez-vous de Fort de Chartres a lieu chaque année, la première fin de semaine de juin.
Le Rendez-vous de Fort de Chartres a lieu chaque année, la première fin de semaine de juin.
Démonstration du travail de forge. Cet artisan a appris ces techniques de son grand-père. Il travaille le métal, pour le plaisir, à titre amateur. Ce n'est pas sa profession.
Démonstration du travail de forge. Cet artisan a appris ces techniques de son grand-père. Il travaille le métal, pour le plaisir, à titre amateur. Ce n’est pas sa profession.

Cinq jours sur la route

Du 9 au 13 mai 2016

Quelques images prises en roulant sur les routes des États de New York et de Pennsylvanie.

Beau temps, mauvais temps, environ 1 500 km, de Montréal à Pittsburgh, en passant par Corning NY. On constate que la forêt devient de plus en plus verte à mesure qu’on progresse vers le sud.

Le long de trois régions montagneuses : les Adirondacks, dans le nord de l’État de New York, les Catskills, au centre, et les Alleghanies, dans le nord-ouest de l’État de la Pennsylvanie. Dans les Alleghanies surtout, c’est un peu comme des montagnes russes : on monte et on descend et on tourne et retourne, sur une route qui nous révèle de beaux paysages montagneux, quel que soit le temps qu’il fait.

Un peu d’histoire… et de géographie pour la comprendre

Les Alleghanies ont constitué un obstacle important à l’expansion de la colonie britannique vers l’Ouest, jusqu’à la fin de la Guerre de Sept-Ans.

La France, qui était présente à l’Ouest de cette chaîne de montagnes, a dû abandonné ses prétentions sur ce territoire à la signature du Traité de Paris en 1763. Les conséquences ont été terribles pour les populations qui habitaient ces trois régions ( Adirondacks, Catskills et Alleghanies ). Les colons britanniques, qui allaient se révolter contre leur mère-patrie une douzaine d’années plus tard, étaient très voraces de territoires…

I-87, Adirondacks, NY
I-87, Adirondacks, NY

 

I-88 NY
I-88, Catskills, NY

 

Welcome to Pennsylvania
Welcome to Pennsylvania

 

On The Road Again
On The Road Again

 

Paysage des Alleghanies
Paysage des Alleghanies

 

Blue Highway, les anciennes routes principales d'antan, bien avant l'édification du réseau moderne d'autoroutes, les Interstates.
Blue Highway, les anciennes routes principales d’antan, bien avant l’édification du réseau moderne d’autoroutes, les Interstates.
Arrivée au camping, près de Pittsburgh PA
Arrivée au camping : notre pied a terre, à une trentaine de km de Pittsburgh PA

Les routes de l’Amérique

Rouler sur la I-80 en Iowa

Il y a des voyageurs pour lesquels la destination est un prétexte pour rouler. Ils ne s’arrêtent que pour faire une pause, délier un peu leurs jambes, manger, dormir, puis repartir, jusqu’à destination.

Bien souvent, ils ne s’arrêtent même pas pour visiter les villes ou villages qu’ils contournent ou qu’ils traversent, en ralentissant, lorsque la prudence ou le règlement l’exigent.

Leur plaisir, c’est de s’enfoncer dans les paysages qui défilent devant eux, tel un film. Les amateurs de motos font partie de cette tribu. Souvent même, ces voyageurs n’ont pas réellement de destination. La route est leur destination, une fin en soi.

J’aime la route, contempler les paysages, en découvrir de nouveaux. Mais, pour moi, la route ne constitue pas la raison en soi du voyage. Parfois même, le déroulement incessant du ruban d’asphalte me lasse à la longue.

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Illustrer le voyage

Marco Polo était toujours adolescent lorsqu’il partit de Venise, en 1271, avec son père et son oncle, tous deux marchands. Ils traversèrent le Moyen-Orient et l’Asie centrale en chemin vers la Chine. Marco Polo revint chez-lui un quart de siècle plus tard, après avoir longé les côtes du Vietnam d’aujourd’hui, du Sri Lanka, de l’Inde et du golfe persique.

Son récit de voyage, Le Livre des merveilles, commença à être diffusé pour la première fois environ 150 ans avant l’invention de l’imprimerie ; à cette époque, tous les exemplaires de ce livre devaient être copiés à la main, un par un. La première édition en format imprimé ne fut publié que vers 1470, soit environ quatre siècles avant l’invention de la photographie. Néanmoins, je crois que la plupart de ces manuscrits et les éditions imprimées subséquentes n’ont pas été illustrées, jusqu’à tout récemment — dans cette perspective, le livre de Philippe Ménard, Marco Polo, à la découverte du monde (Grenoble, Glénat, 2007) présente le récit du voyage de Polo, en le situant dans le contexte de son époque et en l’illustrant d’images, de toutes provenances, qui représentent le monde évoqué dans ce récit.

Ce manuscrit connut une grande diffusion en son temps. Beaucoup de lecteurs du Livre des merveilles estimèrent que Marco Polo avait parsemé son récit de légendes et d’affabulations. Pendant très longtemps, on lui accorda peu de crédibilité. Aujourd’hui, on considère que, même s’il n’a pas nécessairement visité tous les lieux qu’il a décrits, c’est néanmoins un récit qui repose sur des fondements véridiques.

Marco Polo n’a pas rédigé de notes de voyage au cours de son voyage. Il devait s’appuyer uniquement sur ses souvenirs lorsqu’il a raconté son voyage au rédacteur qui l’a mis en forme manuscrite. Son récit de voyage aurait certes bénéficié de plus de crédibilité s’il avait pu utiliser les outils de mémorisation que nous avons à notre disposition aujourd’hui — appareil de photo ou d’enregistrement sonore. Mais aurait-il conservé son enchantement si tel avait été le cas ? Et les photographies qu’il aurait rapportées auraient-elles réussi à communiquer cet émerveillement d’un jeune Européen qui découvrait un monde beaucoup plus vaste et riche qu’il aurait pu l’imaginer… que quiconque en Europe aurait pu imaginer au Moyen-Age ?

Un texte sans illustration est comme une émission de radio. Celui qui lit le texte, ou écoute l’émission, doit imaginer ce qu’il lit ou entend.

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Écrire en voyage

Depuis quelques années, je lis beaucoup de récits de voyages, rédigés par de grands écrivains, y compris ces classiques dont tous ont entendu parler mais que peu ont lu, tel L’Enquête d’Hérodote, ou le Livre des merveilles de Marco Polo. Le récit de voyage est un genre littéraire qu’on sous-estime, et qui devrait faire l’objet d’études plus formelles en soi. Ma bibliothèque comporte une section complète de ces récits.

Une partie de ma bibliothèque : la bibliothèque du voyageur
Une partie de ma bibliothèque : la bibliothèque du voyageur, d’Hérodote jusqu’à Lacarrière… en passant à travers les siècles de Polo à Montaigne, et de Stendhal et Flaubert jusqu’à David Thoreau, Jack Kerouak et Nicolas Bouvier, sans négliger les voyages imaginaires

Depuis quelques mois, mes lectures ont presque exclusivement porté sur ce genre de textes : le récit du voyage de Montaigne en Allemagne, en Suisse et en Italie ; les voyages de Gustave Flaubert, au Moyen-Orient, en Bretagne, dans le Sud de la France ; ceux de Stendhal en Italie ; Dos Passos en Espagne… des lectures fascinantes.

Certains passages sont émouvants : imaginez, en le lisant, le jeune Gustave Flaubert, qui vient de terminer ses études de baccalauréat, qui n’a donc encore rien publié, décrivant sa visite à la Bibliothèque de Bordeaux, où il feuillette un des manuscrits des Essais de Montaigne : il ne porte pas de gants, n’est pas encadré de conservateurs… Ou encore, la description que fait Stendhal, le 7 avril 1838, de sa visite de la Brède, le château de Montesquieu en Aquitaine (Voyage dans le Midi de la France, pages 97 à 107).

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Quelques mots à la sauvette…

Marseillan-Plage, Languedoc

Que le temps passe vite. On en perd la notion du temps.

Nous voyageons depuis quatre semaines. Il ne nous reste plus qu’une dizaine de jours avant notre retour au Québec.

Je m’excuse de mon manque de constance. J’ai cessé d’afficher des notes de voyage sur ce carnet électronique parce que cela me prenait trop de temps. Le temps de télécharger les photos sur l’ordinateur dans leur état brut, de les traiter par la suite, de les télécharger sur Internet, et de les afficher ici. Puis de rédiger un texte, un texte que je trouvais trop superficiel, qui ne rendait pas justice à ce que nous ressentons en faisant ce voyage.

Sous un abri de pierre à Les-Eysies-de-Tayac,
à l’extérieur du Musée national de la préhistoire

Il y a tellement de choses à raconter.

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Genève – premières impressions…

J’ai perdu l’habitude des vols transatlantiques. Le corps n’est plus aussi jeune. C’est plus difficile d’accuser le coup…  une attente plus longue et des procédures plus exigeantes pour l’embarquement; six heures assis dans un espace très étroit; l’adaptation à un nouveau rythme circadien; un estomac qui ne reconnaît plus son alimentation…

Il faut dire aussi que cela faisait trente ans depuis la dernière fois. C’était bien avant l’événement du 11 septembre fatidique. La première fois que j’avais traversé l’Atlantique, il y a quarante ans, tous les passagers avaient été obligés de débarquer de l’avion, afin que chacun puisse identifier ses bagages.Une personne qui s’était enregistrée plus tôt le matin même à Montréal ne s’était pas présentée à l’embarquement au moment du départ. Ses bagages avaient ainsi été isolés, dans l’aire d’identification. Il avait fallu rembarquer et le navigateur avait dû refaire le calcul du parcours, avec de nouvelles données, quelques heures plus tard. Il pouvait toujours naviguer au sextant.

Lever du jour au large de l’Irlande à 10 000 m d’altitude

Rien de tel aujourd’hui. Tous les passagers peuvent suivre le parcours sur un petit écran devant soi : la distance parcourue à tout moment, tout au long du vol, l’altitude, la vitesse au sol, la température extérieure. J’ai suivi la progression du vol sur toute la durée. J’ai su au moment exact à quel moment nous avons dépassé Terre-Neuve, à quel moment nous avions accompli la moitié du trajet… Une heure environ avant de s’approcher de l’Irlande, j’ai regardé à travers le hublot. J’ai perçu les premières lueurs du jour qui allait se lever à l’est.

Quelques heures plus tard, nous débarquons à Genève.

Le temps de nous rendre à l’hôtel, déposer les bagages, nous rafraîchir, nous amorçons une première visite de la ville. Nous voulions, entre autres, activer le téléphone cellulaire; mais ça, c’est une autre histoire…

Le manège derrière le Temple de la Madeleine

Ce fut une longue marche dans les rues de la vieille ville…

Nous déjeunons Rue de la Fontaine, face au Carousel, à côté du Temple de la Madeleine. Nous arpentons ensuite les rues de la vieille ville, jusqu’au Musée d’ethnologie, avant de rebrousser chemin vers l’hôtel. Chemin faisant, on s’arrête au magasin Apple : on nous y recommande d’attendre d’arriver à Lyon pour activer le téléphone cellulaire ; par contre nous trouvons de quoi réparer une de nos valises, qui avait été légèrement percée dans l’avion ; à la pharmacie, la jeune vendeuse est étonnée lorsque je lui demande des lames de rasoir, en expliquant qu’on s’en sert toujours pour se faire la barbe, même en Amérique ( elle s’informe et apprend qu’on en tient toujours dans le magasin, au fond d’un tiroir ).

… une longue marche en après-midi, suivie d’une autre, plus courte, après le dîner, en fin de soirée. Comble d’ironie, nous dînons à l’Age d’or ( 11, rue de Cournevin ). Nous sommes épuisés à la fin de la journée.

Une longue flânerie, jusqu’au Musée d’ethnographie

La ville nous plaît beaucoup. Nous nous sentons mentalement comme des gamins, qui gobent tout ce qu’ils voient, touchent, dégustent, sentent, et entendent. Au magasin principal de Victorinox, sur Rue du Marché, j’ai remplacé le couteau suisse qu’on m’avait confisqué à l’aéroport de Dorval… ça aussi, c’est une autre histoire en soi.

Genève est une ville tranquille. Aujourd’hui, au moment de repartir explorer, nous apprenons que c’est encore plus tranquille que d’habitude. C’est congé férié : la journée du Jeûne genevois. On ne l’avait pas prévu celle-ci. Tout est fermé partout, sauf les services publics essentiels et beaucoup de restaurants, mais pas tous.

On flâne. C’est un peu frais. On admire l’architecture de la ville. On se promène le long des berges du Lac Léman. On parle avec des gens de la place dans un café, qui nous expliquent ce qu’est cette journée fériée du Jeûne genevois ; elles nous suggèrent toute une série de restaurants pas trop chers, pour satisfaire une variété de goûts. Nous suivons leurs conseils en début de soirée : nous nous rendons au restaurant aux Bains des Pâquis, sur la jetée là où le Lac Léman se verse dans le Rhône – vraiment pas cher. Ce faisant, nous avons droit au spectacle enchanteur d’un arc-en-ciel, qui se dessine devant un orage qui fuit vers les Alpes en arrière-plan.

On revient plus tôt à l’hôtel, pour réorganiser et refaire nos bagages. Demain, nous prenons le train régional pour nous rendre à Lyon. Mais nous reviendrons dans un mois à Genève, pour prendre l’avion qui nous ramènera chez-nous.

Décalage horaire : quelle heure est-il ?