Pause

suspension

du temps


ouvrir grandes les pupilles pour contempler les lacis de lumière qui dansent sur l’humus

écouter les silences qui se faufilent entre les feuilles qui virevoltent dans la brise

sentir la sueur descendre du front, percoler sur les poils

lâcher le temps, l’oublier, le laisser se déposer comme la poussière dans une pièce oubliée, s’encrouter comme le lichen sur du bois effrangé


S’épurer

Vertiges …

un matin… je me réveille plus tôt que d’habitude, avec le souvenir très présent du rêve obsédant qui a traversé la frange entre l’inconscient et la conscience.

Je passais d’une pièce à une autre via des escaliers, en compagnie d’étrangers, dont le nombre diminuait progressivement ; toutes les pièces étaient semblables — des murs métalliques, couleur rouille, pas de fenêtre, une porte qui ne servait qu’à entrer et une autre pour la sortie, certaines ouvertes sur d’autres pièces, un étage plus bas, ou plus haut, selon le point de vue, certaines pièces déjà « habitées » de la présence d’autres, aucun meuble, nulle part.

L’atmosphère n’était pas lugubre, ni enjouée pour autant, tout simplement neutre.


En me réveillant, j’ai été saisi de la sensation, de la conviction, … la vie n’a aucun sens, n’a pas de sens : elle est, l’existence est atéléologique.

La structure même de l’univers, l’ensemble des codes qui régissent son fonctionnement, est « vie ».

Il ne suffit que la combinaison des éléments, des diverses formes d’énergie et de matière, lui soit favorable, pour que la vie s’exprime.


L’humain devra apprendre à maîtriser sa conscience ; la conscience de soi, qui n’est que le perfectionnement, l’expression de la conscience de soi de l’univers.

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La terre, dont je fais partie, est vivante. Je ne suis qu’un microbe, une bactérie, parmi d’autres milliards d’être pensants, qui passent dans la noosphère.

Le nombre infini d’êtres vivants qui me peuplent, tout comme l’espèce humaine peuple la terre, parmi tant d’autres espèces vivantes, passées et présentes et à venir… m’effraie. Une grande cacophonie, un bruissement, un bourdonnement incessant, continu…

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On nous dit qu’il y a quelques milliards d’années, des êtres « primitifs », vivant dans une atmosphère dépourvue d’oxygène, ont, sur des millions d’années, pollué leur environnement en dégageant tellement d’oxygène qu’ils se sont étouffés eux-mêmes.

Aujourd’hui, l’espèce humaine crée sa propre marque sur l’évolution de son habitat : l’anthropocène. Nous modifions notre environnement. Importe-t-il que nous le fassions consciemment ou non, collectivement ou non ?

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Je suis convaincu qu’il n’était pas inscrit dans un programme « divin » que la noosphère surgirait, qu’elle prendrait conscience d’elle-même, qu’elle s’éclaterait, comme un volcan, dans un babillage cacophonique… comme une digue qui ne peut plus retenir un volume inimaginable de paroles — d’émotions, d’arguments, de pensées… chaque goutte insignifiante et vaine ; un flot incessant et narcissique ; une masse virevoltante, infinie…

La cacophonie éternelle de ce tourbillonnement sidéral de la vie me donne le vertige…

Je vois ces effroyables espaces de l’univers qui m’enferment, et je me trouve attaché à un coin de cette vaste étendue, sans que je sache pourquoi je suis plutôt placé en ce lieu qu’en un autre, ni pourquoi ce peu de temps qui m’est donné à vivre m’est assigné à ce point plutôt qu’à un autre de toute l’éternité qui m’a précédé et de toute celle qui me suit. Je ne vois que des infinités de toutes parts, qui m’enferment comme un atome et comme un ombre qui ne dure qu’un instant sans retour. Tout ce que je connais est que je dois mourir ; mais ce que j’ignore le plus est cette mort même que je ne saurais éviter… le silence infini de ces espaces infinis m’effraie…

Blaise Pascal, Pensées

Il vente sur le marais