En territoire Lakota

Sur les traces de nos ancêtres « canadiens »…

Jour 21, le 19 juin 2011 — Une visite au Musée Atka-Lakota de Chamberlain, Dakota du sud

 

Le dimanche, 19 juin 2011

Il faisait très beau le matin, le lendemain de notre traversée du sud au nord du Nebraska.

Nous prenons notre temps pour quitter le camping. Le musée que nous allons visiter n’ouvre qu’à dix heures. Dimanche matin, la petite ville de Chamberlain, située à l’est de la rivière Missouri au Dakota du sud, est toujours endormie lorsque nous la traversons.

Nous sommes les premiers à entrer dans le musée Atka-Lakota de la culture des Lakotas, qu’on appelle communément les Sioux. On nous demande de signer nos noms dans le livre d’accueil des visiteurs et d’indiquer d’où nous venons.

Constatant que nous venons de Montréal, la dame qui nous accueille nous demande si nous sommes Canadiens et si la langue que nous parlons entre nous, ma conjointe et moi-même, est le français ; elle est curieuse, est-ce notre langue maternelle ? Elle enchaîne en nous disant : « Vous savez, vos ancêtres les Canadiens ( d’origine française ) ont laissé de très bons souvenirs sur nos terres. Ils sont venus chez-nous pour commercer avec nous et non pas pour saisir notre territoire, comme les Américains l’ont fait. »

C’est sur cette marque touchante de bienvenue que je me dirige, quelques minutes plus tard, vers la première des deux sections du musée. On y présente comment les Lakotas perçoivent le monde ; on évoque leurs récits de sa création, et leurs conceptions de la vie et de la mort ; on décrit leurs relations avec le territoire, ainsi que les esprits et les animaux qui l’habitent. On y explique comment ils organisaient leurs communautés. On y exhibe des objets qui illustrent comment ils chassaient, surtout le bison, et comment ils s’en servaient pour se nourrir, se vêtir, s’abriter, avant l’arrivée des Européens. Cette section du musée baigne dans la lumière ; tout y est clair et serein.

Le passage dans l’autre section est brusque, voire brutal. Tout y devient sombre ; le monde si harmonieux qu’on quitte se transforme en enfer : la violence de l’invasion américaine ; les guerres et les traités que les Américains n’ont pas respectés ; les batailles et les massacres ; la dépossession, l’acculturation, les mesures ethnocidaires. Et aussi, en contrepartie, on raconte les faits d’arme des héros de la résistance — Red Cloud, Sitting Bull, Crazy Horse — et on témoigne de la renaissance de leur culture.

Ce musée un des rares musées qui présente l’histoire, les traditions et la culture des peuples autochtones selon leur point de vue, sans ambages, sans chercher à le grimer, l’estomper, pour en atténuer l’intensité de l’inconfort qu’il peut provoquer.

À la boutique, tout en admirant des œuvres d’artisans, j’en profite pour me renseigner davantage sur le présent : on me conseille sur l’achat de livres, tant de fiction que d’essais, ainsi que sur des enregistrements musicaux sur disque compact — Dorothy M. Johnson, Buffalo Woman ; Sherman Alexie, Reservation Blues ; Wallela ; Robbie Robertson, parmi d’autres.

 

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La petite ville de Chamberlain, au Dakota du sud, sur la rive gauche de la rivière Missouri — vue de la halte routière en bordure de l’autoroute Interstate 90

En sortant du musée, nous constatons que le ciel s’était couvert de nuages. La pluie était dans l’air.

Nous nous rendons à l’halte routière en bordure de l’autoroute, pour y diner. On y trouve un centre d’interprétation, qui commémore un épisode marquant de l’histoire de la région. Surplombant la Missouri qui coule au pied de l’escarpement qui domine la plaine au-delà, on y souligne le passage, deux siècles plus tôt, de l’expédition de Lewis et Clarke.

Dans le cade de mes recherches avant de prendre la route vers l’ouest, j’avais lu America, le livre de l’historien Denis Vaugeois qui traitait de cette expédition. Vaugeois avait souligné que cette expédition avait remonter la Missouri sur une distance d’environ mille kilomètres sans rencontrer un seul autochtone. À l’inverse, l’expédition avait été surveillée par les autochtones tout au long de cette route. Lewis et Clarke avait été guidé par des coureurs de bois canadiens, qui connaissaient très bien ce pays. Pourtant, le centre d’interprétation historique occultait cet aspect du récit de cette expédition.
Au début de l’après-midi, nous retournons sur l’autoroute transcontinentale, la Interstate 90 ; nous traversons la Missouri et nous pénétrons en territoire Lakota.

C’est cette expérience de notre visite au centre culturel Atka Lakota qui a ravivé mon intérêt pour l’histoire de nos ancêtres, l’épopée des Français et de leurs descendants, les premiers Canadiens, qui ont exploré tout ce territoire et qui l’ont apprivoisé au contact des peuples qui l’habitaient avant leur arrivée.

Nos ancêtres canadiens ont laissé leurs traces partout en Amérique du nord. Ces traces y sont toujours présentes, si ce n’est qu’en lisant les signatures sur certaines œuvres d’art contemporaines, ou encore les patronymes sur les plaques qui témoignent des victimes d’accidents sur le bord de certaines routes locales dans les réserves qui parsèment l’état du Dakota du sud – Amiotte, Cournoyer, Decoteau, Mousseau, Peltier, Roubedaux… Les noms de villes, de rivières, de lacs, parsèment tout l’ouest américain, de Détroit jusqu’à Seattle.

Cette expérience enfin m’a surtout révélé d’une façon plus concrète, la résilience des communautés amérindiennes, qui persistent à cultiver et affirmer leur différence au monde, malgré l’oppression qui les écrase encore aujourd’hui. Ma visite des galeries d’art autochtone aux musées de Détroit, le Detroit Institute of the Arts, et celui de Omaha, le Joslyn, au cours des jours précédents, m’avaient servi d’introduction aux culture autochtones des grandes Plaines de l’Ouest américain. Mais ces musées présentent une version externe des cultures autochtones nord-américaines. La visite de ce musée nous plonge dans un univers beaucoup plus authentique et complet.

 

 

La mesure d’une vie…

Mardi, 27 mars 2018

Le téléphone sonne tôt ce matin, peu après le petit déjeuner.

La voix de Thérèse est grave. Le message, court, ne me surprend pas. Il n’y a pas grand chose à dire. Il y aura plus de renseignements dans les jours qui viennent.

Robert Dion est mort.

J’ai le souffle coupé. Je suis incapable de parler.

 

J’écoute Satie, et d’autres musiques semblables, pendant des heures, pour me conforter, m’apaiser l’âme… amorcer mon deuil.

Je le connaissais peu. Depuis peu de temps… cinq ans max. Ce n’était pas un proche. Je le croisais à l’occasion des activités du club de photo que nous fréquentions tous les deux. Nous avions siégé sur le même Conseil d’administration pendant deux ans. Nous suivions souvent les mêmes cours, de philosophie et de politique, dans le cadre du programme d’Éducation 3e âge (ÉTA) du Collège Maisonneuve. Nous participions aux séances du groupe de philosophie des membres de l’ÉTA.

Depuis un an, je suis devenu un peu plus « intime » avec lui. Il me confiait, avec une grande retenue, ce qu’il était en train de vivre. Il me décrivait, d’une façon méthodique et très détaillée, les traitements qu’il était en train de subir, afin de lutter contre le cancer, un cancer de la prostate.

Graduellement, on le voyait moins souvent, au club de photo, aux cours d’ÉTA, aux séances mensuelles du groupe de philo.

C’est par hasard que nous nous sommes rencontrés il y a quelques mois, sur le traversier qui voguait vers les Iles-de-la-Madeleine. C’était, pour lui, un voyage improvisé… une décision d’une dernière minute, prise sur un coup de tête. Nous avions jasé de choses et d’autres, pendant quelques minutes, avant de débarquer. Puis, nous sommes allés chacun de notre côté, à explorer les Iles.

Le phare de l’Étang du Nord, aux Iles-de-la-Madeleine

Quelques jours plus tard, nous nous sommes retrouvés à nouveau, au pied du phare de l’Étang du Nord. Il devait repartir plus tôt que nous, pour retourner à Montréal — un rendez-vous médical, un suivi aux traitements qu’il subissait. Je le sentais inquiet… ce qui m’a surpris, puisque je croyais qu’il était en voie de rémission. Néanmoins, j’ai ressenti que ce voyage aux Iles serait son dernier voyage.

Je l’ai revu, une dernière fois, quelques semaines plus tard, au cours d’une réunion régulière du Club de photo. Je me suis informé de son retour des Îles, de son état. La description très minutieuse et complète de sa consultation médicale m’avait laissé soucieux. J’appréhendais, sans oser en être convaincu, que c’était le début de la fin. J’avais pressenti qu’il se savait condamné, sans pour autant avoir abandonné tout espoir, en s’accrochant à la moindre lueur d’espoir.

Puis, il y a quelques semaines, j’ai appris qu’il avait été hospitalisé au cours de la période des Fêtes de Noël et du Jour de l’an. J’ai communiqué avec lui par courriel. La teneur de sa réponse a confirmé mes intuitions : ses jours étaient comptés. Une conversation avec un de ses amis m’a révélé qu’on ne lui donnait plus que six mois à vivre. La mort est arrivée plus tôt.

Son décès me rappelle, me souligne encore plus qu’auparavant, alors que je franchis l’étape de mes 70 ans, combien nous sommes tous vulnérables… notre sort est inéluctable. Bien que je puisse espérer vivre encore une décennie, un quart de siècle si je suis chanceux, et peut-être quelques poussières de temps supplémentaire, son décès m’avise que je ne peux rien prendre pour acquis.


Lundi, le 9 avril 2018

Mesurer tout le cheminement d’une vie humaine, qui aurait pu, qui aurait dû, si le sort avait été plus favorable, être plus longue. C’est jeune aujourd’hui, mourir à 68 ans, dans notre société.

Je suis allé me consoler du départ de Robert hier, en compagnie de sa famille, ses amis, ses anciens collègues de travail, les membres des groupes qu’il fréquentait, au cours d’une cérémonie de deuil, une cérémonie très simple, au salon funéraire près de chez-moi.

Au moment d’arriver au salon, j’aperçois au loin, deux membres du Club de photo dont Robert était lui aussi un membre. À l’intérieur, je me retrouve dans un rassemblement important, où je ne reconnais personne. Je m’installe devant un écran où on projette des images qui résument en quelques minutes, 68 ans de vie : des photos d’enfance, sa naissance, l’école primaire, la première communion, l’école secondaire, l’adolescence, la vie quotidienne de la famille qu’il fonde avec Manon, sa compagne de toute une vie, ses filles, ses réunions de famille, d’amis, ses voyages, la pêche… Puis, je passe dans l’autre salle, où on projette sur un autre écran, d’autres photos, des photos « de sa caméra », plus personnelles… des paysages, des études de fleurs, de nature, de voyages. Enfin, un groupe de membres du programme d’Éducation 3e âge du Collège Maisonneuve arrive… un de mes points d’ancrage depuis que je suis arrivé à Montréal il y a six ans, là où je l’ai connu, au cours des dernières années de sa vie.

La cérémonie commence… des témoignages d’anciens collègues de travail, d’un des pilliers d’ÉTA Maisonneuve, des amis intimes, ses filles, un de ses frères, sa conjointe qui, en conclusion, nous invite à chanter Cohen, Dance Me to the End of Love… Ces témoignages me révèlent qu’en très peu de temps, j’ai appris à bien connaître cet homme, mieux que je ne le croyais — ses qualités autant que ses travers, même si je n’avais pas cheminé dans les mêmes sentiers que lui, sur l’ile de Montréal pendant plus d’un demi-siècle de vie adulte… son engagement professionnel comme animateur communautaire, son engagement syndical… ses passions pour la photo, la pêche, la cuisine, le vin…

… alors que ces témoignages se suivaient les uns aux autres, j’aperçois, entre les portes de la salle où nous nous trouvons, un cortège funéraire qui traverse le corridor, dirigé par un prêtre catholique vêtu de ses vêtements de cérémonie… le passé du Québec passe et croise le présent…

La jeune génération, celle de nos filles et fils qui engendrent la nouvelle génération qui assurera la suite de notre monde, est en train d’inventer avec nous, de nouveaux rites de passage et de nouvelles formes de festivité, de célébrations de toutes les dimensions de nos vies, individuelles et collectives : naissance, l’école, l’accouplement, le travail, la communauté, la mort.

Au cours de cette période qui commence à la mi-temps du siècle dernier, nous avons conservé Noël, le Nouvel an, Pâque, tout en décapant leur vernis religieux et nous avons cessé de parader dans les rues à la Fête-Dieu en mai. Nous avons converti la parade de la Saint-Jean en fête nationale, et nous y avons invité tous les membres de la société québécoise à y participer. L’accueil des nouveaux-nés se limite à la famille immédiate et aux amis les plus proches, en l’absence de l’institution religieuse ; voire, qu’avec le retour progressif des sages-femmes, on réduit de plus en plus la présence impériale de l’institution médicale à la naissance. On institue d’autres fêtes, l’Holloween, par exemple, et on multiplie les diverses formes de festivités communautaires, les festivals, les événements sportifs…

La question d’une des filles de Robert nous saisit tous, nous bouleverse : « Dis-moi papa, comment je m’habille pour te voir mourir ? » Robert a choisit le jour de sa mort, a planifié son adieu ultime. La loi nous permet aujourd’hui, depuis quelques années l’assistance médicale à mourir. C’est un élément du caractère unique de notre société en Amérique du nord. L’adoption de cette loi s’est faite sans déchirer le tissu de la société québécoise. C’était dans l’air du temps. Nous sommes en train d’inventer une nouvelle forme sociale d’apprivoisement de la mort. Pourquoi s’acharner à prolonger la vie inutilement, contre-nature ? Néanmoins, ce n’est pas une démarche facile. Robert avouait lui-même, dans un de ses derniers messages, que ce n’était pas facile de vivre stoïquement cette étape de la vie.

Beaucoup de leçons à tirer de cet événement… Aujourd’hui, sauf pour un accident, une maladie, une surprise, je compte bien vivre de nombreuses années. Mon vieil oncle, un des frêres de mon père, est décédé à l’âge respectable de 95 ans il y a trois ans. Mes tantes, les soeurs de mon père, sont toujours vivantes et s’acheminent vers un centenaire de vie. Mais je ne peux prendre pour acquis cet espoir d’une longue vie heureuse. Nous devons tous nous confronter à la mort ; c’est une démarche qui nous engage sur tous les plans, tant intellectuel et rationnel, qu’émotif, et social. C’est toute la personne qui doit la regarder en face.


Je me souviens, il n’y a que trois ans, nous étions trois couples assis autour d’une même table, au repas annuel des Fêtes de Noël et du Jour de l’an de l’ÉTA-Maisonneuve. Depuis, Jacques d’abord, puis Robert, nous ont quittés.

À cette occasion, Robert et Manon avaient parlé de leur projet de voyage : former une caravane de voyageurs, chacun dans leur véhicule récréatif, pour cheminer au Mexique. Ils essayaient de nous convaincre d’en faire partie. C’est un projet qui a été d’abord mis en suspend, lorsque le cancer s’est manifesté. Il y a un an, Robert reprenait confiance, envisageait même l’avenir avec confiance. Quelques mois plus tard, le sort en a voulu autrement. Lorsque je l’ai rencontré sur le traversier des Iles, j’avais perçu que la maladie l’avait beaucoup ébranlé. Il conservait l’espoir, mais sans pour autant se faire d’illusion. Ce fut, comme je l’avais pressenti, son dernier voyage.

La mort, c’est l’affaire des vivants. Robert a témoigné que c’est possible de l’accueillir sereinement.

 

 

 

Points de vue sur les Îles

Sans prétention, quelques traits de crayons d’un amateur …
numérisation de pages de mon carnet de dessin

 

Croquis au crayon graphite
Chalets-camping des Sillons
Dune du Sud, Havre-aux-Maisons
31 août 2017

 

Esquisse au pastel
Havre-aux-Maisons, Dune du sud
Le 31 août 2017

des vagues qui s’écrasent incessamment derrière mon dos sur la plage,
la marée qui monte,
soleil timide

 

Croquis rapide au crayon fusain 2B medium
Havre-aux-Maisons, Dune du Sud
Le 3 septembre 2017

Un air qui se rafraîchit et qui devient frisquet

 

Croquis au crayon graphite
Sur la plage du Parc de Gros-Cap
Le 6 septembre 2017

 

Croquis très rapide au crayon fusain
Magasin Hector Hébert
La Grave, Havre-Aubert
Le 7 septembre 2017

 

Esquisse au crayon – graphite
Parc de Gros-Cap
Le 8 septembre 2017

 

 

 

 

Cheminant vers les Îles… journal de bord

( transcriptions des notes manuscrites de mon journal personnel, illustrées d’un dessin et d’une photo récentes, ainsi que de photos d’époque )

Shippagan, Acadie, le 26 août 2017

C’est beaucoup plus par curiosité que par nostalgie que je reviens sur des lieux, la Péninsule acadienne, que j’ai visités il y a quarante ans.

Il y a deux jours, le Village acadien. Hier, le Phare de Miscou. Aujourd’hui, une courte marche dans Shippagan.

Il faudrait que je replonge dans le passé pour mesurer toute la distance du temps – retrouver les négatifs de photos que j’ai prises à cette époque, reliere les notes manuscrites dans mes calepins… faire remonter les souvenirs de l’époque…

 

Miscou 1976

 

Je me souviens qu’à l’été 1976, nous avions fait le tour complet de la Gaspésie avant d’arriver ici, en pays acadien.

Nous avions fait du camping, sauf pour les jours de pluie intense, à l’occasion desquels nous allions à l’hôtel ( pas souvent, mais je me souviens particulièrement de celui de Fort Prével ).

Déjà en 1976, on abandonnait des quais en Gaspésie…

 

Nous avions une tente en toile bleue, épaisse, une « pup tent », où j’avais tout juste ma taille, de la tête jusqu’aux pieds.

On roulait en Toyota Celica, une voiture sportive, dont le coffre était juste assez volumineux pour contenir tous nos sacs et équipements — un minimum d’équipement, un réchaud pour faire chauffer une soupe ou du café, et une glacière qu’il fallait remplir de glace.

Nous nous étions rendus jusqu’à Caraquet, puis Tracadie, Shippagan, Miscou, avant de faire demi-tour. La région était peu développée sur le plan touristique ; peu d’intérêt, sinon que pour les lieux en eux-mêmes et les gens qu’on y rencontre — essentiellement, des villages de pêcheurs. Moi, qui suis allergique aux crustacés, j’avais eu de la difficulté à trouver de quoi manger sur les îles relativement isolées de Lamèque et Miscou.

Il y a quelques jours, à Charlo, lors d’une conversation avec un employé du camping, ce dernier m’a corrigé : je ne pouvais pas avoir circulé sur la route 11 puisque celle-ci est récente. Nous avions roulé sur la route qui longe le littoral, la 134. Nous y sommes retournés cette année. J’ai constaté qu’il y a plusieurs maisons et édifices abandonnés dans certaines sections de la route. Un grand nombre de maisons sont neuves et on devine que, certaines, plus anciennes, ont été rénovées.

Il y a une certaine industrie touristique, ainsi que des centres d’achat, des édifices publics neufs. La modernité a rattrapé la Péninsule acadienne.

Le chantier maritime de Caraquet en 1976

Mais il n’y a plus de chantier maritime à Caraquet et le journal L’Acadie nouvelle a remplacé L’Évangéline.

L’Acadie, c’est un peuple… pas un pays doté d’institutions d’état, pas une province.

C’est un peuple qui affirme aujourd’hui sa fierté d’être ; un peuple qui a été fondé sur des origines tragiques : le grand dérangement, la déportation, en 1755. L’Acadie a survécu à cet événement.

C’est ce que nous expliquait notre voisine de camping hier soir. On a une forte mémoire historique en Acadie, qui s’est transmise à travers le temps.

Sa grand-mère lui disait : « Be Acadian, speak English ! ». On n’en est plus là.

Mais il reste tout de même des inquiétudes quant à l’avenir, même si le Tintamare annuel de la Fête des Acadiens affirme une présence ostentatoire au monde. Et comme au Québec, si on compte sur une immigration francophone, on demeure réservée à son égard.

Pour ma part, j’estime que cette tentative d’ethnocide ne fut qu’un des premiers épisodes d’une longue suite de nettoyages ethniques des peuples amérindiens, effectués par les Anglais d’abord, puis par leurs successeurs américains, sur tout le continent nord-américain pendant deux siècles.


Le 28 août – Sur la route… maritime

Je me détache de l’actualité depuis une semaine. Désintoxication de l’Internet notamment… pas de courriels quotidiens, pas de furetage dans mes réseaux. Je n’ai plus de connexions quotidiennes. Et je m’en passe bien, tout en reconnaissant que j’y retournerais si je le pouvais — qu’une heure seulement.

On a oublié comment on fonctionnait il n’y a pas si longtemps sans ces outils de communication sociale. Ceux-ci accaparent beaucoup de notre temps. Nous avions aussi beaucoup plus de temps pour vaquer à d’autres occupations.

La route du littoral, le long du Détroit de Northumberland

Au cours de ce voyage, je trouve utile de recourir aux cartes géographiques traditionnelles, sur papier, complémentairement à mon appareil de géolocalisation. Ce dernier n’est pas de grande utilité si on veut s’écarter, rouler sur des routes de travers, sur le circuit de la route acadienne par exemple, qui longe de littoral du Nouveau-Brunswick, de la Péninsule acadienne jusqu’au pont de la Confédération. Je ne me sers de mon appareil de géo-positionnement que lorsque les cartes traditionnelles manquent de précision.

Si je me détache des réseaux télématiques, et de l’actualité, je me positionne mieux dans le temps. Je mesure mieux le temps qui passe.

À Lamèque, j’arrête dans une station de service pour faire le plein et demander des directions, comme je le fais autrefois. Je me rends compte que je me retrouve dans un établissement qui a conservé son allure d’autrefois, tout en s’étant branché au 21e siècle : la station service est toujours un garage et pas seulement un point de service pour faire le plein d’essence ; le magasin vend toujours des items reliés à l’entretien mécanique de véhicules motorisés — ce n’est pas un dépanneur où on s’approvisionne en chocolat, en sucre et en sel tout en faisant le plein. Toutefois, la caisse est branchée sur les réseaux de flux commerciaux et financiers électroniques. On ne retrouve ce genre d’établissements à l’allure traditionnelle que dans des régions qualifiées d’excentriques, par rapport aux centres urbains ou dans les axes qui les relient — ou dans les villages historiques. Mais encore, même dans une région relativement excentrique, ces vieux garages, « comme déjà », sont devenus rares.

Je ne m’ennuie pas d’un temps qui ne s’est pas figé dans le passé. Je me souviens trop bien de certains aspects que je ne regrette pas de ce passé. Mais, pourtant, oui, parfois je déplore certaines dimensions de l’évolution culturelle, sociale et économique de notre société. Surtout, je déplore l’accélération du rythme de vie et tout ce qui en découle.

Je fuis vers les Îles-de-la-Madeleine, là où, à ce qu’on me dit, le rythme est plus lent.

 

 

 

Cheminant vers les Îles – Au pays de la Sagouine

 

Sur l’île aux puces, au Pays de la Sagouine… Bouctouche en arrière-plan

Bouctouche, le 27 août 2017

À Bouctouche, laissez-vous guider par le phare sur l’Ïle-aux-puces. C’est là qu’on peut trouver la dactylo d’Antonine Maillet, et un étalage d’exemplaires d’un grand nombre des éditions originales de ses œuvres.

Profitez-en pour voir une représentation d’un spectacle mettant en vedette des personnages auxquels l’écrivaine a donné vie.

 

La Sagouine

 

 

Cheminant vers les Îles – Shippagan et Miscou

Les 25 et 26 août 2017

Nous nous installons au Camping de Shippagan pour la fin de semaine.

Samedi matin, au Camping Shippagan. La journée s’annonce belle…

 

Shippagan

Faut pas être pressé dans la Péninsule. La vie se déroule au rythme de la lenteur.

Un arrêt à la Librairie Pélagie sur le boulevard qui traverse Shippagan. Une marche dans le secteur des principales institutions – Service Canada, Université de Moncton, Collège communautaire, bureau de poste, l’église, le Centre de congrès, et l’Aquarium.

Une pause, pour passer le temps au Tazza Caffe dans le centre commercial…

 

Il y a une trentaine d’années, l’Aquarium et Centre marin de Shippagan a fait l’acquisition de l’ancien phare qui veillait sur l’embouchure de la rivière Miramichi. Construit en 1869, il a servi à la navigation jusqu’au début des années soixante. On l’a démantelé pièce par pièce et déménagé à son emplacement présent, devant l’Aquarium.

 

***

Miscou

 

Le Phare de Miscou – Le deuxième phare érigé dans le Golfe Saint-Laurent, en 1856

L’Île de Miscou baigne dans le Golfe Saint-Laurent. Il y a une quarantaine d’années, Miscou, c’était littéralement un « bout du monde ». Aujourd’hui, un pont relie l’île de Miscou à celle de Lamèque, qui est elle-même reliée par un pont à la « terre ferme », Shippagan.

Au nord de l’île, le phare de Miscou veille sur l’entrée de la Baie des Chaleurs. Par temps clair, au loin, à l’est, on peut apercevoir la côte de la Gaspésie. Il y a une quarantaine d’années, il n’y avait que le phare, dont la porte était fermée, ainsi que la maison du gardien du phare. Si je me fie à mon souvenir, ce dont je me méfie, il n’y avait pas de stationnement.

Depuis une dizaine d’années, les visiteurs peuvent désormais y avoir accès, monter jusqu’en haut, au balcon, et admirer le paysage tout autour. De retour au pied du phare, on peut flâner sur la grève ou dans l’aire de pique-nique ; aussi, le restaurant offre une carte de mets appétissants.

L’escalier intérieur du Phare de Miscou

 

Du haut du phare, on peut voir la côte gaspésienne, vers l’ouest, au-delà de la Baie des Chaleurs

 

Du haut du phare, il faut imaginer l’archipel des Îles-de-la-Madeleine, au delà de l’horizon, vers l’est

 

Flâner sur la grève, au pied du phare

 

Le site du Phare, au bout de la Péninsule, dans le Golfe Saint-Laurent

 

De retour au Camping Shippagan, en fin d’après-midi…

 

 

Cheminant vers les Îles… le Village historique acadien

 

Le 25 août 2017

Ce matin-là, avant même de sortir du lit, ressentant la chaleur dans le motorisé, puis jetant un coup d’œil à l’extérieur, on devinait que l’air était déjà clément.

Avant de décamper, je flâne autour, je parle avec d’autres voyageurs qui s’apprêtent, eux aussi, à partir. Je prends le temps d’arpenter le camping ( Le Héron bleu à Charlo ), de passer devant l’accueil, de m’entretenir avec les propriétaires du camping de choses et d’autres… du temps qu’il fait, d’où nous venons et où nous nous dirigeons, et du chemin à prendre pour se rendre vers Caraquet et Shippagan ; où mène la route qui passe entre le camping et la Baie des Chaleurs qu’on peut contempler devant nous ? Il y a une route sur ce qui semble être une digue devant… c’est l’ancienne route, la 134, qui longe la côte jusqu’à Caraquet, en passant par Bathurst. C’est celle que nous avions prise il y a quarante ans quand nous étions venu visiter les environs la première fois. C’est celle que nous prenons, encore une fois, au lieu de la nouvelle route, la 11, plus rapide, qui passe par l’intérieur des terres jusqu’à Miramichi, Shediac, vers le Pont de la Confédération qui nous mène vers le traversier jusqu’aux Îles-de-la-Madeleine.

Chemin faisant, avant d’aller s’installer à Shippagan pour quelques jours, nous retournons au Village Acadien, que nous avions visité lors des cérémonies de son inauguration, en 1976.

Nous y arrivons à la fin de la matinée.

Le Centre d’accueil est plus récent. On reconnait la plupart des édifices du Village original, leur aspect, leur disposition. On l’a agrandi, amélioré. On lui a ajouté une nouvelle section, qui reproduit une époque plus récente. L’atmosphère, l’Acadien chaleureuse est la même. Les interprètes qui animent les lieux évoquent la fin de la saison qui approche. On sent l’automne dans l’air.

Nous choisissons de dîner à la Table des ancêtres, à la Maison Dugas, avant d’entreprendre notre visite du Village.

Un point de vue sur le Village acadien.

 

Après avoir très bien mangé autour d’une table que nous avons partagée en bonne compagnie, des gens venus du Québec comme nous, mais dont certains ont des racines locales, je me dirige vers l’imprimerie ( 1880 ), juste en face, de l’autre côté de la route.

Lors de ma première visite, le journaliste que j’étais à cette époque y avait passé beaucoup de temps pour jaser métier avec l’interprète qui incarnait le rédacteur du Moniteur acadien, le journal de l’Acadie d’antan. J’en étais sorti avec une copie du journal fraîchement imprimée, sur place, avec une vieille presse, à la manière de l’ancien temps. Je l’ai conservée dans mes tiroirs. Il faudrait que je la récupère un de ces jours.

Le Moniteur Acadien, face à la Maison Dugas, où on trouvera une très bonne table… une cuisine à l’ancienne.

 

J’avais aussi conservé un bon souvenir de la Forge Léger ( 1874 ). Je raconte au forgeron que j’avais rapporté un clou, fabriqué dans cette même forge,  lors de notre première visite. Toutefois, j’avais négligé d’identifier l’origine de chacun des clous des nombreux villages historiques que j’ai visités au cours de mes nombreux voyages au cours des ans : parmi d’autres, Williamsburg, en Virginie, Upper Canada Village tout près de Cornwall, en Ontario, la reconstitution du premier établissement européen en Ontario, Sainte-Marie-chez-Hurons, à Penetanguishene… À la fin de notre conversation, le forgeron d’aujourd’hui me donne un autre clou, martelé sur les lieux mêmes, à la manière d’autrefois.

La vieille forge d’autrefois…

 

Je poursuis ma visite. Je constate que, comme dans le Village d’Antan de Drummondville au Québec, il y a des enfants dans le Village, habillés comme les enfants d’antan, qui ajoutent une note vivante, d’authenticité, à la visite de ces reconstitutions historiques. La petite fille tourne autour de sa mère, l’interprète qui travaille dans la Maison Thériault ( 1890 ).

La Maison Thériault se distingue, entre autres, en raison de son puits intérieur, rare à l’époque.

 

Une reconstition d’un pont couvert relie la partie originale du Village Acadien à la nouvelle section, qui rappelle un temps moins ancien, la première moitié du siècle dernier.

Cliquez sur la photo pour l’agrandir, et notez l’inscription au dessus de l’entrée du pont : il est interdit, sous peine d’une amende de $ 20, de conduire plus vite que le rythme de la marche humaine.

Le tonnelier avait beaucoup d’ouvrage il y a cent ans. Il fallait beaucoup de tonneaux pour acheminer des céréales, des salaisons, des pommes de terre, vers les marchés des villes distantes.

La tonnellerie ( 1937 )

 

La station Irving ( 1936 )

 

L’interprète de la Maison du Sénateur Onésime Turgeon était fière de son poêle et a été très émue lorsque je lui ai dit qu’elle m’a rappelé le souvenir de ma grand-mère.

 

C’est dans la cuisine d’été qu’on a retrouvé l’interprète de la maison de la Ferme Chiasson, en train de piquer une courtepointe. C’est la deuxième personne à me rappeler le souvenir de ma grande-mère paternelle, qui piquait des courtepointes. J’ai d’ailleurs conservé une courtepointe destinée à un enfant, qui a réconforté non seulement ma fille, mais aussi ma petite-fille.

 

C’est un voyage agréable que de se promener dans le passé au rythme lent de la marche, en jasant avec les interprètes et parfois même avec d’autres visiteurs, le temps d’une après-midi tranquille.

 

 

Chemin faisant vers les Iles… lentement

 

… à l’aller, le 23 août 207

Après un arrêt au Phare de Pointe-au-père, nous nous permettons un petit détour pour faire une pause au Centre d’art Marcel Gagnon, à Sainte-Flavie – la Porte de la Gaspésie.

On sent l’air du grand fleuve.

La marée est basse au moment de notre arrivée peu avant midi. Les personnages du Grand rassemblement sont tous alignés sur la grève. Nous constatons qu’ils sont beaucoup plus nombreux que ceux que nous avions admirés lors de notre dernier tour de la Gaspésie il y a un peu moins d’une quinzaine d’années.

Avant de nous diriger vers le restaurant, la coureuse de grèves prend le temps de faire connaissance avec ceux qu’elle n’avait pas rencontrés la dernière fois.

À marée basse, au Centre d’art Marcel Gagnon, on peut admirer l’ensemble complet des dizaines de personnages du Grand rassemblement, alignés en rangée sur la grève.

 

On se dirige vers le restaurant du Centre d’art… Puisque nous sommes arrivés tôt, nous obtenons une table devant une fenêtre qui nous offre un point de vue incomparable, devant le Grand rassemblement.

Le temps coule au rythme du fleuve. On peine à distinguer la Côte nord du fleuve au loin. Des cargos passent tranquillement au large. La marée montante recouvre graduellement, un par un, les personnages.

 

Le contexte est romantique… la marée montante encercle un couple de touristes sur un ilot. La nature les rappelle à l’ordre : ils doivent se mouiller les pieds pour retourner sur la terre ferme.

 

Après le repas ( du poisson bien entendu ), nous trainassons un peu dans la boutique, puis nous ressortons dehors pour musarder un peu au soleil avant de retourner sur la route.

Nous filons à travers la vallée de la Matapédia. Deux heures plus tard, en fin d’après-midi, nous nous retrouvons dans l’antichambre du pays acadien, sur le bord de la Baie des chaleurs.

De Charlo, au Nouveau-Brunswick, on peut voir la Péninsule gaspésienne au-delà de la Baie des chaleurs.

 

 

Quelques balises pour …

… se rendre aux Îles-de-la-Madeleine en voiture, à partir de Montréal et des alentours, en passant par la Péninsule acadienne : les phares sur mon chemin

 

Le Phare de Pointe-au-Père

Le Phare de Pointe-au-Père, sur le bord du fleuve Saint-Laurent, au Québec

Je m’y suis arrêté, en passant, sur ma route vers les Îles, sans y monter, me réservant le plaisir de le faire sur le chemin du retour. C’est un beau phare, un des plus beaux que j’aie contemplés.

 

Le Phare de Miscou

Le Phare de Miscou, au Nouveau-Brunswick

Construit en 1856, ce phare est un des plus vieux dans la région du Golfe Saint-Laurent.

C’est la deuxième fois que je visite ce lieu.

La première fois, il y a une quarantaine d’années, il était situé littéralement « au bout du monde », à la pointe nord de la Péninsule acadienne, comme l’affirme le site Web de Tourisme Nouveau-Brunswick. Il n’y avait pas de pont entre l’île de Lamèque et l’île de Miscou. On accédait à l’île sur un traversier, un bac motorisé en réalité. Les roues arrières de ma voiture étaient retenues par des chaînes, et le coffre dépassait les limites du traversier. Nous nous étions trouvés dans un paysage sauvage — pas de restaurant, pas de boutique, pas de toilettes, pas de visite, pas d’accueil touristique. On ne pouvait pas visiter l’intérieur du phare, ni monter jusqu’en haut…

C’est fou ce qu’un pont peut changer une île.

 

Deux phares de l’Ile du Prince Édouard

Le phare de Souris, Île-du-Prince-Édouard

Ce phare domine le havre de Souris, où on prend le traversier pour se rendre aux Îles-de-la-Madeleine.

Nous avions trois heures pour flâner en attendant le traversier qui nous mènerait à l’archipel. Au lieu de se diriger vers les boutiques de la rue principale de Souris, nous nous sommes plutôt orientés vers le phare. Nous étions les premiers visiteurs. Il faisait beau et chaud. J’ai monté jusqu’en haut. Lorsque je suis descendu, je me suis installé à côté de l’ancienne maison du gardien de phare, et je l’ai dessiné.

Puis, nous sommes revenus sur nos pas, jusqu’au resto devant la zone d’embarquement, jusqu’à l’arrivée du traversier.

 

Le phare de East Point, IPE

Nous l’avions visité la veille de notre embarquement vers les Îles. Ce phare a été construit il y a 150 ans, soit la même année que l’adoption de la constitution de la fédération canadienne par le Parlement britannique.

 

Deux phares des Îles de la Madeleine

Lorsqu’on arrive de Souris, on n’aperçoit pas les deux autres phares ci-dessous au cours de la traversée vers les Îles. Le premier, celui de l’Anse-à-la-Cabane est situé sur l’île de Havre Aubert, au sud de l’archipel des Îles. Le deuxième, est situé à l’ouest, sur l’île du Cap-aux-Meules.

Le phare de l’Anse-à-la-Cabane, au sud de l’Île-de-la-Madeleine

 

Le phare de l’Étang du Nord, Îles-de-la-Madeleine