Points de vue sur les Îles

Sans prétention, quelques traits de crayons d’un amateur …
numérisation de pages de mon carnet de dessin

 

Croquis au crayon graphite
Chalets-camping des Sillons
Dune du Sud, Havre-aux-Maisons
31 août 2017

 

Esquisse au pastel
Havre-aux-Maisons, Dune du sud
Le 31 août 2017

des vagues qui s’écrasent incessamment derrière mon dos sur la plage,
la marée qui monte,
soleil timide

 

Croquis rapide au crayon fusain 2B medium
Havre-aux-Maisons, Dune du Sud
Le 3 septembre 2017

Un air qui se rafraîchit et qui devient frisquet

 

Croquis au crayon graphite
Sur la plage du Parc de Gros-Cap
Le 6 septembre 2017

 

Croquis très rapide au crayon fusain
Magasin Hector Hébert
La Grave, Havre-Aubert
Le 7 septembre 2017

 

Esquisse au crayon – graphite
Parc de Gros-Cap
Le 8 septembre 2017

 

 

 

 

Cheminant vers les Îles… journal de bord

( transcriptions des notes manuscrites de mon journal personnel, illustrées d’un dessin et d’une photo récentes, ainsi que de photos d’époque )

Shippagan, Acadie, le 26 août 2017

C’est beaucoup plus par curiosité que par nostalgie que je reviens sur des lieux, la Péninsule acadienne, que j’ai visités il y a quarante ans.

Il y a deux jours, le Village acadien. Hier, le Phare de Miscou. Aujourd’hui, une courte marche dans Shippagan.

Il faudrait que je replonge dans le passé pour mesurer toute la distance du temps – retrouver les négatifs de photos que j’ai prises à cette époque, relire les notes manuscrites dans mes calepins… faire remonter les souvenirs de l’époque…

 

Miscou 1976

 

Je me souviens qu’à l’été 1976, nous avions fait le tour complet de la Gaspésie avant d’arriver ici, en pays acadien.

Nous avions fait du camping, sauf pour les jours de pluie intense, à l’occasion desquels nous allions à l’hôtel ( pas souvent, mais je me souviens particulièrement de celui de Fort Prével ).

Déjà en 1976, on abandonnait des quais en Gaspésie…

 

Nous avions une tente en toile bleue, épaisse, une « pup tent », où j’avais tout juste ma taille, de la tête jusqu’aux pieds.

On roulait en Toyota Celica, une voiture sportive, dont le coffre était juste assez volumineux pour contenir tous nos sacs et équipements — un minimum d’équipement, un réchaud pour faire chauffer une soupe ou du café, et une glacière qu’il fallait remplir de glace.

Nous nous étions rendus jusqu’à Caraquet, puis Tracadie, Shippagan, Miscou, avant de faire demi-tour. La région était peu développée sur le plan touristique ; peu d’intérêt, sinon que pour les lieux en eux-mêmes et les gens qu’on y rencontre — essentiellement, des villages de pêcheurs. Moi, qui suis allergique aux crustacés, j’avais eu de la difficulté à trouver de quoi manger sur les îles relativement isolées de Lamèque et Miscou.

Il y a quelques jours, à Charlo, lors d’une conversation avec un employé du camping, ce dernier m’a corrigé : je ne pouvais pas avoir circulé sur la route 11 puisque celle-ci est récente. Nous avions roulé sur la route qui longe le littoral, la 134. Nous y sommes retournés cette année. J’ai constaté qu’il y a plusieurs maisons et édifices abandonnés dans certaines sections de la route. Un grand nombre de maisons sont neuves et on devine que, certaines, plus anciennes, ont été rénovées.

Il y a une certaine industrie touristique, ainsi que des centres d’achat, des édifices publics neufs. La modernité a rattrapé la Péninsule acadienne.

Le chantier maritime de Caraquet en 1976

Mais il n’y a plus de chantier maritime à Caraquet et le journal L’Acadie nouvelle a remplacé L’Évangéline.

L’Acadie, c’est un peuple… pas un pays doté d’institutions d’état, pas une province.

C’est un peuple qui affirme aujourd’hui sa fierté d’être ; un peuple qui a été fondé sur des origines tragiques : le grand dérangement, la déportation, en 1755. L’Acadie a survécu à cet événement.

C’est ce que nous expliquait notre voisine de camping hier soir. On a une forte mémoire historique en Acadie, qui s’est transmise à travers le temps.

Sa grand-mère lui disait : « Be Acadian, speak English ! ». On n’en est plus là.

Mais il reste tout de même des inquiétudes quant à l’avenir, même si le Tintamare annuel de la Fête des Acadiens affirme une présence ostentatoire au monde. Et comme au Québec, si on compte sur une immigration francophone, on demeure réservée à son égard.

Pour ma part, j’estime que cette tentative d’ethnocide ne fut qu’un des premiers épisodes d’une longue suite de nettoyages ethniques des peuples amérindiens, effectués par les Anglais d’abord, puis par leurs successeurs américains, sur tout le continent nord-américain pendant deux siècles.


Le 28 août – Sur la route… maritime

Je me détache de l’actualité depuis une semaine. Désintoxication de l’Internet notamment… pas de courriels quotidiens, pas de furetage dans mes réseaux. Je n’ai plus de connexions quotidiennes. Et je m’en passe bien, tout en reconnaissant que j’y retournerais si je le pouvais — qu’une heure seulement.

On a oublié comment on fonctionnait il n’y a pas si longtemps sans ces outils de communication sociale. Ceux-ci accaparent beaucoup de notre temps. Nous avions aussi beaucoup plus de temps pour vaquer à d’autres occupations.

La route du littoral, le long du Détroit de Northumberland

Au cours de ce voyage, je trouve utile de recourir aux cartes géographiques traditionnelles, sur papier, complémentairement à mon appareil de géolocalisation. Ce dernier n’est pas de grande utilité si on veut s’écarter, rouler sur des routes de travers, sur le circuit de la route acadienne par exemple, qui longe de littoral du Nouveau-Brunswick, de la Péninsule acadienne jusqu’au pont de la Confédération. Je ne me sers de mon appareil de géo-positionnement que lorsque les cartes traditionnelles manquent de précision.

Si je me détache des réseaux télématiques, et de l’actualité, je me positionne mieux dans le temps. Je mesure mieux le temps qui passe.

À Lamèque, j’arrête dans une station de service pour faire le plein et demander des directions, comme je le fais autrefois. Je me rends compte que je me retrouve dans un établissement qui a conservé son allure d’autrefois, tout en s’étant branché au 21e siècle : la station service est toujours un garage et pas seulement un point de service pour faire le plein d’essence ; le magasin vend toujours des items reliés à l’entretien mécanique de véhicules motorisés — ce n’est pas un dépanneur où on s’approvisionne en chocolat, en sucre et en sel tout en faisant le plein. Toutefois, la caisse est branchée sur les réseaux de flux commerciaux et financiers électroniques. On ne retrouve ce genre d’établissements à l’allure traditionnelle que dans des régions qualifiées d’excentriques, par rapport aux centres urbains ou dans les axes qui les relient — ou dans les villages historiques. Mais encore, même dans une région relativement excentrique, ces vieux garages, « comme déjà », sont devenus rares.

Je ne m’ennuie pas d’un temps qui ne s’est pas figé dans le passé. Je me souviens trop bien de certains aspects que je ne regrette pas de ce passé. Mais, pourtant, oui, parfois je déplore certaines dimensions de l’évolution culturelle, sociale et économique de notre société. Surtout, je déplore l’accélération du rythme de vie et tout ce qui en découle.

Je fuis vers les Îles-de-la-Madeleine, là où, à ce qu’on me dit, le rythme est plus lent.

 

 

 

Cheminant vers les Îles – Shippagan et Miscou

Les 25 et 26 août 2017

Nous nous installons au Camping de Shippagan pour la fin de semaine.

Samedi matin, au Camping Shippagan. La journée s’annonce belle…

 

Shippagan

Faut pas être pressé dans la Péninsule. La vie se déroule au rythme de la lenteur.

Un arrêt à la Librairie Pélagie sur le boulevard qui traverse Shippagan. Une marche dans le secteur des principales institutions – Service Canada, Université de Moncton, Collège communautaire, bureau de poste, l’église, le Centre de congrès, et l’Aquarium.

Une pause, pour passer le temps au Tazza Caffe dans le centre commercial…

 

Il y a une trentaine d’années, l’Aquarium et Centre marin de Shippagan a fait l’acquisition de l’ancien phare qui veillait sur l’embouchure de la rivière Miramichi. Construit en 1869, il a servi à la navigation jusqu’au début des années soixante. On l’a démantelé pièce par pièce et déménagé à son emplacement présent, devant l’Aquarium.

 

***

Miscou

 

Le Phare de Miscou – Le deuxième phare érigé dans le Golfe Saint-Laurent, en 1856

L’Île de Miscou baigne dans le Golfe Saint-Laurent. Il y a une quarantaine d’années, Miscou, c’était littéralement un « bout du monde ». Aujourd’hui, un pont relie l’île de Miscou à celle de Lamèque, qui est elle-même reliée par un pont à la « terre ferme », Shippagan.

Au nord de l’île, le phare de Miscou veille sur l’entrée de la Baie des Chaleurs. Par temps clair, au loin, à l’est, on peut apercevoir la côte de la Gaspésie. Il y a une quarantaine d’années, il n’y avait que le phare, dont la porte était fermée, ainsi que la maison du gardien du phare. Si je me fie à mon souvenir, ce dont je me méfie, il n’y avait pas de stationnement.

Depuis une dizaine d’années, les visiteurs peuvent désormais y avoir accès, monter jusqu’en haut, au balcon, et admirer le paysage tout autour. De retour au pied du phare, on peut flâner sur la grève ou dans l’aire de pique-nique ; aussi, le restaurant offre une carte de mets appétissants.

L’escalier intérieur du Phare de Miscou

 

Du haut du phare, on peut voir la côte gaspésienne, vers l’ouest, au-delà de la Baie des Chaleurs

 

Du haut du phare, il faut imaginer l’archipel des Îles-de-la-Madeleine, au delà de l’horizon, vers l’est

 

Flâner sur la grève, au pied du phare

 

Le site du Phare, au bout de la Péninsule, dans le Golfe Saint-Laurent

 

De retour au Camping Shippagan, en fin d’après-midi…

 

 

Cheminant vers les Îles… le Village historique acadien

 

Le 25 août 2017

Ce matin-là, avant même de sortir du lit, ressentant la chaleur dans le motorisé, puis jetant un coup d’œil à l’extérieur, on devinait que l’air était déjà clément.

Avant de décamper, je flâne autour, je parle avec d’autres voyageurs qui s’apprêtent, eux aussi, à partir. Je prends le temps d’arpenter le camping ( Le Héron bleu à Charlo ), de passer devant l’accueil, de m’entretenir avec les propriétaires du camping de choses et d’autres… du temps qu’il fait, d’où nous venons et où nous nous dirigeons, et du chemin à prendre pour se rendre vers Caraquet et Shippagan ; où mène la route qui passe entre le camping et la Baie des Chaleurs qu’on peut contempler devant nous ? Il y a une route sur ce qui semble être une digue devant… c’est l’ancienne route, la 134, qui longe la côte jusqu’à Caraquet, en passant par Bathurst.

C’est celle que nous avions prise il y a quarante ans quand nous étions venu visiter les environs la première fois. C’est celle que nous prenons, encore une fois, au lieu de la nouvelle route, la 11, plus rapide, qui passe par l’intérieur des terres jusqu’à Miramichi, Shediac, vers le Pont de la Confédération qui nous mène vers le traversier jusqu’aux Îles-de-la-Madeleine.

Chemin faisant, avant d’aller s’installer à Shippagan pour quelques jours, nous retournons au Village Acadien, que nous avions visité lors des cérémonies de son inauguration, en 1976.

Nous y arrivons à la fin de la matinée.

Le Centre d’accueil est plus récent. On reconnait la plupart des édifices du Village original, leur aspect, leur disposition. On l’a agrandi, amélioré. On lui a ajouté une nouvelle section, qui reproduit une époque plus récente. L’atmosphère, l’Acadie chaleureuse est la même. Les interprètes qui animent les lieux évoquent la fin de la saison qui approche. On sent l’automne dans l’air.

Nous choisissons de dîner à la Table des ancêtres, à la Maison Dugas, avant d’entreprendre notre visite du Village.

Un point de vue sur le Village acadien.

 

Après avoir très bien mangé autour d’une table que nous avons partagée en bonne compagnie, des gens venus du Québec comme nous, mais dont certains ont des racines locales, je me dirige vers l’imprimerie ( 1880 ), juste en face, de l’autre côté de la route.

Lors de ma première visite, le journaliste que j’étais à cette époque y avait passé beaucoup de temps pour jaser métier avec l’interprète qui incarnait le rédacteur du Moniteur acadien, le journal de l’Acadie d’antan. J’en étais sorti avec une copie du journal fraîchement imprimée, sur place, avec une vieille presse, à la manière de l’ancien temps. Je l’ai conservée dans mes tiroirs. Il faudrait que je la récupère un de ces jours.

Le Moniteur Acadien, face à la Maison Dugas, où on trouvera une très bonne table… une cuisine à l’ancienne.

 

J’avais aussi conservé un bon souvenir de la Forge Léger ( 1874 ). Je raconte au forgeron que j’avais rapporté un clou, fabriqué dans cette même forge,  lors de notre première visite. Toutefois, j’avais négligé d’identifier l’origine de chacun des clous des nombreux villages historiques que j’ai visités au cours de mes nombreux voyages au cours des ans : parmi d’autres, Williamsburg, en Virginie, Upper Canada Village tout près de Cornwall, en Ontario, la reconstitution du premier établissement européen en Ontario, Sainte-Marie-chez-Hurons, à Penetanguishene… À la fin de notre conversation, le forgeron d’aujourd’hui me donne un autre clou, martelé sur les lieux mêmes, à la manière d’autrefois.

La vieille forge d’autrefois…

 

Je poursuis ma visite. Je constate que, comme dans le Village d’Antan de Drummondville au Québec, il y a des enfants dans le Village, habillés comme les enfants d’antan, qui ajoutent une note vivante, d’authenticité, à la visite de ces reconstitutions historiques. La petite fille tourne autour de sa mère, l’interprète qui travaille dans la Maison Thériault ( 1890 ).

La Maison Thériault se distingue, entre autres, en raison de son puits intérieur, rare à l’époque.

 

Une reconstition d’un pont couvert relie la partie originale du Village Acadien à la nouvelle section, qui rappelle un temps moins ancien, la première moitié du siècle dernier.

Cliquez sur la photo pour l’agrandir, et notez l’inscription au dessus de l’entrée du pont : il est interdit, sous peine d’une amende de $ 20, de conduire plus vite que le rythme de la marche humaine.

Le tonnelier avait beaucoup d’ouvrage il y a cent ans. Il fallait beaucoup de tonneaux pour acheminer des céréales, des salaisons, des pommes de terre, vers les marchés des villes distantes.

La tonnellerie ( 1937 )

 

La station Irving ( 1936 )

 

L’interprète de la Maison du Sénateur Onésime Turgeon était fière de son poêle et a été très émue lorsque je lui ai dit qu’elle m’a rappelé le souvenir de ma grand-mère.

 

C’est dans la cuisine d’été qu’on a retrouvé l’interprète de la maison de la Ferme Chiasson, en train de piquer une courtepointe. C’est la deuxième personne à me rappeler le souvenir de ma grande-mère paternelle, qui piquait des courtepointes. J’ai d’ailleurs conservé une courtepointe destinée à un enfant, qui a réconforté non seulement ma fille, mais aussi ma petite-fille.

 

C’est un voyage agréable que de se promener dans le passé au rythme lent de la marche, en jasant avec les interprètes et parfois même avec d’autres visiteurs, le temps d’une après-midi tranquille.

 

 

Chemin faisant vers les Iles… lentement

 

… à l’aller, le 23 août 207

Après un arrêt au Phare de Pointe-au-père, nous nous permettons un petit détour pour faire une pause au Centre d’art Marcel Gagnon, à Sainte-Flavie – la Porte de la Gaspésie.

On sent l’air du grand fleuve.

La marée est basse au moment de notre arrivée peu avant midi. Les personnages du Grand rassemblement sont tous alignés sur la grève. Nous constatons qu’ils sont beaucoup plus nombreux que ceux que nous avions admirés lors de notre dernier tour de la Gaspésie il y a un peu moins d’une quinzaine d’années.

Avant de nous diriger vers le restaurant, la coureuse de grèves prend le temps de faire connaissance avec ceux qu’elle n’avait pas rencontrés la dernière fois.

À marée basse, au Centre d’art Marcel Gagnon, on peut admirer l’ensemble complet des dizaines de personnages du Grand rassemblement, alignés en rangée sur la grève.

 

On se dirige vers le restaurant du Centre d’art… Puisque nous sommes arrivés tôt, nous obtenons une table devant une fenêtre qui nous offre un point de vue incomparable, devant le Grand rassemblement.

Le temps coule au rythme du fleuve. On peine à distinguer la Côte nord du fleuve au loin. Des cargos passent tranquillement au large. La marée montante recouvre graduellement, un par un, les personnages.

 

Le contexte est romantique… la marée montante encercle un couple de touristes sur un ilot. La nature les rappelle à l’ordre : ils doivent se mouiller les pieds pour retourner sur la terre ferme.

 

Après le repas ( du poisson bien entendu ), nous trainassons un peu dans la boutique, puis nous ressortons dehors pour musarder un peu au soleil avant de retourner sur la route.

Nous filons à travers la vallée de la Matapédia. Deux heures plus tard, en fin d’après-midi, nous nous retrouvons dans l’antichambre du pays acadien, sur le bord de la Baie des chaleurs.

De Charlo, au Nouveau-Brunswick, on peut voir la Péninsule gaspésienne au-delà de la Baie des chaleurs.

 

 

Deux jours sur la Dune du Sud

Iles-de-la-Madeleine, 1er septembre 2017

Depuis deux jours, je laisse mon esprit vagabonder sur la longue plage de la Dune du Sud aux Iles-de-la-Madeleine.

J’écoute l’orchestre des vagues qui ploient sous leur propre poids à distance, les embruns qui s’envolent au gré du vent, d’autres vagues qui s’écrasent sur le sable, le reflux ruisselant, remuant les grains de sable, recomposant les dessins que la mer a tracés au cours de la marée précédente, … un rythme incessant, hypnotique, …

J’observe les débris sur la plage. Peu de varech, des coquilles d’huitres brisées, des carapaces de crabes, des plumes d’oiseaux, des cailloux, des roches, un peu de bois de grève, des cordages, quelques bouteilles de plastique…

Les pluviers sautillent derrière le reflux, piquent le sable, puis déguerpissent à l’approche du flux qui efface leurs traces. Au lointain, les cormorans, sur les rochers de grès rouge perchés, scrutent l’étendue, tandis que les goélands virevoltent à la manière des cerfs-volants dans un ciel immense, un jour gris, le lendemain ensoleillé.

 

Dans un cycle infini, la nature éparpille, décompose, recompose.

L’humanité n’échappe pas à cet immense recyclage des éléments du cosmos. Comme toutes les autres formes de vie qui apparaissent sur la planète, prennent leurs places, puis disparaissent, nous serons recyclés… d’autres formes de vie émergeront, saisiront la chance. Puis, dans quelques millions d’années, la planète sera.consumée lorsque notre étoile épuisera ses ressources, s’éclatera avant de s’éteindre.

Nous ne sommes que poussières d’étoiles.

 

 

 

Je saisis le temps qui m’est donné, pour quelques années encore, pour m’émerveiller, contempler la beauté du monde, son implacable évolution… naissance, croissance, maladie, vieillissement, mort, renaissance…

 

 

 

L’humanité est parvenue à apprendre à lire l’évolution du monde. Toutefois, il me semble qu’elle n’a pas encore atteint ce niveau de conscience qui l’amènerait à retrouver sa place dans notre voisinage de l’univers. Ce n’est pourtant pas qu’elle n’a pas su découvrir des bribes de sagesse au cours de sa propre évolution.

Le promeneur solitaire retourne sur la plage ruminer sur ces sujets…

 

 

 

Un barbare en Asie

Henri Michaux, Un barbare en Asie

Le récit que Henri Michaux a rédigé de son voyage Asie en 1931 est unique en son genre. Contrairement aux autres Occidentaux qui voyagent en Orient, il se considère lui-même comme l’étranger « barbare ». Il décrit très peu de paysages, se concentrant plutôt à décrire, de façon sympathique, mais sans complaisance, avec beaucoup d’humour aussi, ce qu’il perçoit des façons de vivre et de penser des peuples qu’il observe. Il compare les civilisations, celle qu’il connaît, l’Européenne, à celles qu’il découvre, les cultures asiatiques.

L’édition que je suis en train de lire est celle de 1948. Il faut lire cet ouvrage en tenant compte de l’époque où Michaux l’a rédigé. Les empires coloniaux occidentaux étaient au faîte de leur domination sur le monde. Il y avait beaucoup d’intérêt en Occident pour les civilisations orientales ; par exemple, à l’époque même où Michaux se promène en Asie, André Malraux remettaient en question le colonialisme des nations européennes.

Je laisse le livre parler par lui-même …

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Un florilège de citations

INDE

Au sens profond du mot, l’Hindou est pratique. Dans l’ordre spirituel il veut du rendement. Il ne fait pas de cas de la beauté. La beauté est un intermédiaire. Il ne fait pas de cas de la vérité comme telle mais de l’Efficacité. C’est pourquoi leurs novateurs ont du succès en Amérique, et font des adeptes à Boston et à Chicago, où ils voisinent… avec Pelman. (page 22)

Qu’est-ce qu’une pensée ? Un phénomène qui trahit comment un esprit est fait — son cadre — et ce que ce cadre désirait.
Nous, nous sentons, comprenons, divisons par 2, 3, et 4. L’Hindou en 64, 32, rarement 9, presque toujours en des nombres supérieurs à 20. Il est extrêmement abondant. Jamais il ne voit un situation en 3 ou 4 subdivisions. … L’ensemble, l’enchaînement seuls comptent pour lui. Et le sujet importe peu. Qu’il s’agisse de livres de religion ou de traités de l’amour, toujours de 20-30 propositions avec réenchaînements partiels. On croit entendre des gammes, d’immenses gammes. (pages 31-33)

Tous les gens « bien » aux Indes avaient et ont depuis toujours renoncé aux Indes et à la terre entière.
Le grand miracle des Anglais, c’est que maintenant ces Hindous y tiennent. (page 42)

Si les chrétiens avaient voulu convertir les Hindous, au lieu de dix mille missionnaires « moyens », ils auraient envoyé un saint.
Un seul saint convertirait des millions d’Hindous.
Il n’y a pas de race plus sensible à la sainteté. (page 43)

Aux Indes, comme ailleurs, l’idée se forme de plus en plus que c’est la génération suivante qui compte. Autrefois, on se sacrifiait pour la précédente, pour le passé, maintenant pour l’avenir. (pages 81-82)

d’autres citations ici

American Notes

Pendant que Stendhal se promenait d’un bout à l’autre de la France et de l’Italie en touriste et que Flaubert allait se trimballer au Moyen Orient au cours de la première moitié du 19è siècle, l’Anglais Charles Dickens traversait l’océan pour aller explorer les États-Unis.

Il publia son récit de voyage, American Notes, quelques mois après son retour en Grande Bretagne. J’ai lu la traduction française de ce livre il y a trois ans. Je voulais le relire, dans le texte original.

L’unique exemplaire disponible à la Grande Bibliothèque est conservé dans la Collection nationale. Les bibliothécaires ont estimé que le livre est trop fragile pour le laisser circuler hors des murs de la Bibliothèque. La couverture est usée ; le papier, un peu jauni, est épais, sec, rigide, friable ; le livre doit être manipulé avec soin. Il n’est donc pas surprenant qu’il faille le lire sur place à la bibliothèque.

Ce n’est pas tous les jours qu’on peut feuilleter un exemplaire d’un livre publié originalement il y a 175 ans. La lecture de ce livre est fascinante en ce qu’elle nous permet de constater l’évolution de ce pays, les États-Unis, que nous croyons, je spécifierais même, que nous prétendons connaître si bien.

Soucis de sécurité en voyage aux États-Unis

Le 8 juillet, 2016… on traverse la frontière

Tôt le matin, je passe au bureau du camping, pour remercier le personnel avant de partir, pour prendre des renseignements, et faire un peu de jasette en ce beau vendredi matin ensoleillé…

Je dis aux employés que nous sommes sur le chemin du retour vers chez-nous, à Montréal, que c’est notre dernière matinée aux États-Unis… on nous recommande de nous préparer pour traverser la frontière, en nous prévenant que les douaniers canadiens exercent un contrôle sévère des armes à feu… je leur réponds que c’est ce que nous attendons de nos douaniers et que, comme la plupart des Canadiens, nous ne possédons pas d’armes à feu… ce qui déclenche une conversation amicale sur ce sujet si controversé. On s’étonne de ce que nous terminons un aussi long voyage, sur une si longue distance, sur une période de deux mois, sans armes.

Dans mes conversations avec les Américains sur ce sujet, j’ai appris qu’il vaut mieux, selon les circonstances… d’être poli, ou de chercher à dévier la conversation sur un autre sujet, ou de convenir d’être en désaccord quant à nos opinions sur le sujet, ou parfois même, d’en rire.

Je ne comprend pas l’obsession presque fétichiste des Américains à l’égard de la possession d’armes à feu. Ce qui est clair, c’est que l’impasse politique sur le resserrement du contrôle des armes à feu favorise le maintien du statu quo.

Ce que je comprends, c’est que tout revient constamment à la question de la sécurité. On répète qu’il faut absolument voir à se protéger contre toute menace qui pourrait survenir. Je m’interroge, sans jamais le leur demander : est-ce qu’ils ont vraiment l’impression de vivre dans une jungle, ou une zone de guerre ?

D’autre part, de retour chez-nous et avant de repartir sur les routes, on nous pose souvent la question si nous avons peur de circuler aux États-Unis… peur de se tromper de chemin et de se retrouver dans une zone moins sécuritaire… peur de se faire agresser…

De façon générale, nous sommes conscients qu’il faut être prudent ; nous reconnaissons que nous nous sommes sentis inconfortables à quelques occasions. Mais, nous n’avons pas eu peur de voyager aux États-Unis. Néanmoins, nous avons constaté que le climat social s’est détérioré depuis quelques années.


Quelques anecdotes…

poursuivre votre lecture…

Road Trip : The Open Road

Monument commémoratif de Crazy Horse, au Dakota du sud ( photo : Fernan Carrière )
Monument commémoratif Crazy Horse, au Dakota du sud – Juin 2011 ( photo : Fernan Carrière )

Détroit, Michigan – Jeudi, le 7 juillet 2016

Soixantième jour sur la route. Le voyage s’achève… Partis de Santa Fe il y a deux semaines, nous roulons en direction de Montréal… il ne nous reste plus qu’à traverser le sud de l’Ontario, tout au long du ruban de la route 401, de la frontière américano-canadienne, à Détroit, jusqu’à la frontière québécoise… un peu moins de mille km…

C’est notre dernier jour aux États-Unis. Nous retournons, encore une fois, au musée des beaux-arts de Détroit, le Detroit Institute of the Arts. Deux expositions nous y attendent.

Coïncidence heureuse, à la fin d’une longue route : une première exposition de photos sur l’expérience du road trip américain et une deuxième, d’œuvres d’art qui évoquent le Grand Tour de l’Europe que des jeunes gens fortunés accomplissaient aux 18è et 19è siècles. Quoique portant sur des sujets différents, ces deux expositions se complètent.

L’exposition sur le Grand Tour, composée principalement de tableaux et de dessins, documente l’expérience des jeunes gens de la noblesse et de la grande bourgeoisie naissante de l’Europe, qui effectuaient un grand voyage à la fin de leurs études, avant d’amorcer leur carrière comme diplomates, militaires ou marchands.

L’exposition de photos sur le road trip américain se distingue de l’autre, non pas seulement sur les plans géographique ou temporel, mais surtout parce qu’elle témoigne d’une tout autre culture.

Parmi l’ensemble de leurs nombreux récits identitaires, les Américains se sont créé un mythe, celui de la route : une route qui ouvre de grands horizons nimbés de liberté et d’espoir.

Ils ont d’abord tracé des réseaux complexes de routes, toutes sortes de routes, qui leur ont permis de prendre possession du territoire qu’ils occupent aujourd’hui. Puis, ils en ont tissé une mythologie, en leur consacrant des récits, des romans, des chansons, des films, voire un monument … parmi d’autres, le journal de voyage de John Steinbeck, Travels with Charlie, le film Easy Rider de Dennis Hopper et Peter Fonda, de nombreuses chansons, dont On the Road Again de Willie Nelson,  le livre de photo The Americans de Robert Frank, préfacé par Jack Kerouac, dont il faut lire aussi le récit de son voyage avec Frank le long de la côte Atlantique dans le recueil de nouvelles Good Blonde and Others ( Vraie blonde et autres, Gallimard, Folio 3904 ) :

Just took a trip by car to Florida with Photographer Robert Frank, Swiss born, to get my mother and cats and typewriter and big suitcase full of original manuscripts, and we took this trip on a kind of provisional assignment from Life magazine who gave us a couple hundred bucks which paid for the gas and oil and chow both ways. But I was amazed to see how a photographic artist does the bit, of catching those things about the American Road writers write about. It’s pretty amazing to see a guy, while steering at the wheel, suddenly raise his little 300-dollar camera with one hand and snap something that’s on the move in front of him, and through an unwashed windshield at that…

On the Road to Florida, in Good Blonde and Others, Jack Kerouac

Il faut avoir traversé le continent, de long en large, du sud au nord, de l’est vers l’ouest, ou en diagonale comme nous venons de le faire, pour saisir toutes les dimensions de cette mythologie, au delà des images d’Épinal qui la définissent ou l’expriment parfois.

Intitulée The Open Road: Photography and the American Road Trip, l’exposition de photos qui chemine un peu partout dans les États-Unis depuis quelques mois ( en février 2017,  elle fait étape à St. Petersburg, Floride ) témoigne de cet engouement qu’ont les Américains pour « la route ». Ceux qui n’auront pas l’occasion de la voir pourraient consulter le livre de la maison d’édition Aperture, qui a participé à l’organisation de cette exposition, et qui présente plus de photos que celles qui sont exposées.

Les sites Web des musées présentent un résumé de cette exposition. Les amateurs de photographie voudront particulièrement consulter les articles que lui ont consacré de journaux, tels de NY Times ( dans sa section hebdomadaire sur la photographie ) et un quotidien de Tampa Bay. Je me contenterai de signaler quelques œuvres qui ont attiré mon attention.

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Photo : Steven Shore, Trail’s End Restaurant, Kanab, Utah, le 10 août 1973.

Parmi tant d’autres, la photo ci-dessus a retenu mon attention.

Quels qu’ils soient, tous les voyageurs se nourrissent – dans des auberges, des restaurants…  Ce ne sont pas les motifs de décoration sur l’assiette, ni les dessins sur le napperon en papier qui m’ont fasciné en examinant cette photo que Steven Shore a prise de son déjeuner ; c’est plutôt le verre de lait. Aujourd’hui, il est devenu rare d’observer un client, même un enfant, demander un verre de lait dans les restaurants américains. Un verre de lait est même aussi dispendieux, sinon plus qu’un verre de boisson gazeuse.

Les dessins sur le napperon représentent bien la région de la ville de Kanab, située sur la frontière de l’Utah et de l’Arizona, où cette photo a été prise il y a 44 ans : l’histoire de la vocation minière de la région, des relations entre les autochtones et la majorité blanche, évoquent la colonisation du territoire…

D’autres photos avaient aussi saisi mon attention, telle une photo de William Eggleston, prise dans les années 60, d’un adolescent qui pousse des charriots à l’extérieur d’une épicerie. J’avais approximativement le même âge que cet adolescent à l’époque. Je me suis longuement arrêté devant cette photo : qu’est-il devenu ? A-t-il été conscrit pour aller combattre au Vietnam ? Si oui, en est-il revenu vivant, ou éclopé, marqué pour la vie ? … Et si j’étais né Américain plutôt que Québécois …

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Un examen attentif de toutes les photos, associé à la lecture des notes descriptives affichées sur les murs de cette exposition, montre à quel point ces photos nous racontent l’évolution de ce pays, des années cinquante jusqu’à tout récemment : par exemple, les photos de stations service prises par Ed Ruscha, ou celles de Lee Friedlander des monuments publics parsemés dans les places publiques. Comme le souligne l’article du NY Times cité plus haut, l’exposition ne montre pas une vision bucolique des États-Unis. Elle dérange et nous interpelle.

En feuilletant les pages du livre de cette exposition à mon retour de voyage, je me suis interrogé : et si je devais choisir une dizaine de photos de mes trois voyages à travers l’Amérique depuis cinq ans… J’aurais énormément de difficulté à tracer des balises pour guider mon choix parmi les centaines de photos que j’ai prises… à venir.

Road Trip : Michigan

Début juillet 2016 : sur la I-94, de Saint-Joseph à Détroit

Nous passons une nuit dans un camping très sympathique à quelques km du lac Michigan, l’avant-dernier camping aux États-Unis, avant de traverser la frontière canadienne, sur le chemin du retour, deux jours plus tard.

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Avant de retourner sur la route, nous flânons quelques heures dans la petite ville de Saint-Joseph, une station balnéaire sur le bord du lac Michigan. Il vente beaucoup et une bruine froide couvre la ville tôt le matin. Bien entendu, la plage est abandonnée.

Une plaque historique nous informe que le lieu a été établi par des Français, qui y ont construit un fort, aujourd’hui disparu, à l’époque de la Nouvelle-France. Le rythme de vie est lent dans le centre historique de la ville. Nous choisissons un café, où on sert de bonnes pâtisseries et du café, du vrai, de l’espresso ; de plus, on y vend des produits gourmands, des plats froids pour composer notre repas, plus tard en fin de journée.

Cette très courte visite d’un endroit que nous n’avions prévu dans notre itinéraire nous incite à caresser le projet d’un autre voyage pour l’avenir : celui de longer les rives des lacs Michigan et Huron. Entre autres, on pourrait retracer et suivre les traces des grands explorateurs français des 17è et 18è  siècles, au Minnesota, au Wisconsin, et au Michigan… Beaucoup de nos ancêtres canayens se sont établis dans ces régions, comme en témoignent les récits de Antoine Bernard ( Nos pionniers de l’Ouest, 1949 ), ainsi que Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque  ( Ils ont couru l’Amérique ).

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Le ciel se dégage au moment où, en fin de matinée, nous retournons sur l’autoroute I-94 en direction de Détroit.

C’est toujours étonnant, en filant rapidement sur la route, de contempler les paysages qui changent : quel contraste entre les contreforts des Rocheuses au Colorado et au Wyoming que nous avions laissés derrière nous moins d’une dizaine de jours plus tôt, ainsi que les grandes plaines du Nebraska, les collines ondoyantes de l’Iowa et les prairies de l’Illinois. Au Michigan, il y a plus de boisés et de terres laissées en friche – une agriculture beaucoup moins intensive. Le paysage s’urbanise de plus en plus à l’approche de Détroit.

Le paysage du Michigan est le même que celui du sud de l’Ontario, une région que je connais très bien pour l’avoir arpentée de long en large, à plusieurs reprises pendant des décennies. Beaucoup de marques de commerce nous sont toujours étrangères ; nous calculons toujours les distances en miles plutôt qu’en km ; nous utilisons toujours des dollars américains pour faire le plein d’essence ou pour payer la note dans les restaurants ; mais, le nombre accru de plaques d’immatriculation ontariennes sur la route nous indiquent que la frontière canadienne se rapproche.

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Enfin, nous arrivons à destination. Nous retournons au même camping où nous nous étions installés au début de notre première virée transcontinentale, cinq ans plus tôt, le Detroit Greenfield RV Park.

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Road Trip : du Missouri jusqu’au lac Michigan

Début Juillet 2016 : au milieu du continent

Le jour de la fête nationale américaine, le Fourth of July, aussi appelée Independence Day, nous quittons Omaha et nous passons du Nebraska en Iowa en traversant le Missouri.I-80 Missouri

Deux jours pour traverser l’Iowa et l’Illinois, d’ouest vers l’est, sur l’autoroute I-80… quelques arrêts pour manger, faire le plein d’essence, s’étirer les jambes parfois, dormir une nuit, à quelques mètres du Mississippi, dans un camping entouré de marais et de lacs naturels et artificiels : neuf cent kilomètres, à contempler le paysage des collines ondulantes de l’Iowa et des prairies vertes de l’Illinois…

Le ciel est généralement couvert, mais il ne pleut pas.

Dès qu’on enjambe le Missouri et qu’on passe du Nebraska en Iowa, le paysage devient vallonné, et le type de culture se diversifie : du maïs toujours, mais aussi du soja ainsi que de l’avoine.

Nous remarquons qu’on a commencé à tailler les collines, à les étager, probablement pour faciliter l’utilisation de la machinerie agricole.

Au delà du Mississippi, en Illinois, le paysage change subtilement. L’ondulation des collines qui se suivaient les unes aux autres en Iowa se redresse progressivement.

La circulation se fait plus dense à mesure qu’on se rapproche et qu’on contourne Chicago, puis se dissipe rapidement au-delà de Chicago. On quitte la I-80 pour s’engager sur la I-94 en direction de la prochaine étape : Détroit.

Quelques images…

Jour 1 : l’Iowa

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pour visionner la suite du Road Trip

Une deuxième fois, cinq ans plus tard

Le Jardin Lauritzen – le 3 juillet 2016

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Nous avions conservé un bon souvenir de notre premier séjour à Omaha, il y a cinq ans. C’est donc avec plaisir que nous nous y sommes arrêtés, au cours de la longue fin de semaine du congé de la fête nationale américaine, sur la route du retour de notre virée à travers les états du Mid-Ouest et du Sud-Ouest américain au printemps dernier.

Nous retournons rarement visiter des lieux une deuxième fois. Néanmoins, le Jardin Lauritzen de Omaha nous avait impressionnés ; nous étions curieux de voir comment il avait évolué depuis notre première visite.

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Quelques témoignages sur l’élection américaine

Piste de Santa Fe - Independence MI
Independence, Missouri

Je reviens d’un séjour de neuf semaines aux États-Unis ;  en mai, juin et au début du mois de juillet, dans toutes les régions que nous avons visitées, de la Pennsylvanie au Nouveau-Mexique, en passant par le Kansas et le Michigan, je me suis entretenu avec des Américains. J’ai aussi observé les traces visibles de la campagne électorale… notamment, j’ai constaté la présence des nombreuses affiches que les partisans de « Bernie » ( Sanders ) ont parsemées,  partout, dans les fenêtres, sur des parterres devant les maisons, sur les pare-chocs des automobiles, etc… quelques affiches de soutien à Trump, moins d’une demi-douzaine en tout, mais pas une seule affiche en faveur de Hillary Clinton.

Ce n’est pas en journaliste, mais bien en touriste que j’ai visité les États Unis au cours du printemps. Je ne me suis pas promené dans une quinzaine d’états en cherchant à rencontrer des porte-parole officiels des partis politiques, ou des spécialistes qui font métier d’analyser l’évolution de la société américaine. J’ai plutôt croisé des citoyens ordinaires, dans des campings et des restaurants, des sites touristiques, des commerces.

Lorsque je sentais que le contexte le permettait, j’ai pris l’initiative de soulever le sujet de la campagne électorale au cours de conversations. À quelques occasions, ce qui m’a surpris d’ailleurs, ce sont eux qui ont abordé la question.

Depuis deux décennies, j’ai effectué plusieurs séjours chez nos voisins du Sud, parfois pour des raisons professionnelles, parfois pour visiter le pays à titre personnel. Ce printemps, pour la première fois, j’ai perçu que les Américains étaient véritablement intéressés à connaître l’opinion d’étrangers sur « leurs » affaires, sur « leurs » enjeux sociaux, économiques, politiques, électoraux. Je les ai sentis soucieux de la perception que nous avons d’eux.

À chaque occasion, j’ai cherché à connaître comment ils percevaient leur situation politique. Je ne leur ai jamais demandé s’ils étaient partisans d’un parti plutôt que de l’autre : je leur ai toujours demandé lequel des candidats, à leur avis, était le plus susceptible d’être élu. Je tentais, autant que possible, de ne pas orienter leurs réponses. Ce qui m’a le plus surpris, c’est à quel point ils sont désemparés, souvent désabusés, tant chez ceux qui me semblaient être de tendance conservatrice que ceux qui semblaient être plutôt d’orientation progressiste.

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Road Trip : Le Nebraska, de l’ouest vers l’est

Le 30 juin, nous entamons la dernière partie de notre virée à travers l’Amérique. Au cours d’une dizaine de jours, nous traversons quatre états américains et une province canadienne — le Nebraska, l’Iowa, l’Illinois, le Michigan et l’Ontario –, nous franchissons trois fuseaux-horaires — Mountain, Centre, et Est — et, sans nous en rendre compte, nous effectuons une longue descente progressive de plus de 5 500 mètres sur 3 000  kilomètres.

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La I-80, peu avant de passer du Wyoming au Nebraska… toujours le relief plat des Grandes Plaines de l’Ouest américain… très peu d’arbres, mais on commence à observer des étendues de terres cultivées.

Nous embobinons derrière nous, à 75 miles à l’heure ( 120 km/h ) et plus parfois, le ruban de béton des autoroutes, tout en étudiant le paysage qui défile sur l’immense étendue des grandes surfaces planes du centre du continent.

Nous nous offrons deux pauses : un premier arrêt de deux jours, au cours de la fin de semaine du Fourth of July, la fête nationale américaine, à mi-chemin, à Omaha, sur le bord du Missouri, là où l’Ouest bascule dans l’Est de l’Amérique ; puis, après trois jours consécutifs sur la route, un deuxième arrêt, de deux jours, à Leamington, dans l’extrême sud de l’Ontario, pour une réunion de famille.

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Mon cheval pour un vélo

Laramie - Le train passe au bout de la rue
Le train passe, parallèlement à la 1st Street, au bout de l’avenue Grand. Si vous allez un jour faire un tour à Laramie. faites un détour jusqu’au Coal Creek Tap, là où passent les trains, au bout de l’avenue Grand : la bière, qui y est brassée localement, et la nourriture en valent la peine. On y sert aussi un excellent espresso.

Laramie, Wyoming – Lundi, le 27 juin 2016

Il y a cinq ans, j’ai traversé le nord du Wyoming, de l’Abri de l’ours ( comme les tribus indiennes appelaient déjà ce que les Américains ont nommé Devil’s Tower ) jusqu’à Yellowstone, en passant par Cody, la ville de Buffalo Bill.

Je venais de passer une semaine à traverser le Dakota du sud, où la présence des Indiens des Plaines de l’Ouest est manifeste. Au Wyoming, le contraste saute aux yeux : on est en pays cowboy. Les noms des lieux sont amérindiens : toutes les tribus qui peuplaient le pays avant le contact avec les Américains y sont représentées. Mais leur présence est minime.

Le secteur du centre historique de la ville de Laramie a conservé ses airs d’antan. On y a conservé un grand nombre d’édifices centenaires et on les entretient. C’est la nature des commerces qui change. Il faut bien s’adapter à la clientèle.

À l’accueil du musée, la jeune femme qui nous a suggéré quelques adresses où aller manger avait un parti pris pour des restaurants végétariens. Après que je lui eu demandé s’il y avait des restaurants qui n’étaient pas végé, elle m’a fourni l’adresse du café-bar, en admettant, avec un air un peu gêné, qu’elle le fréquentait pour partager des bières avec ses amis.

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Les rues sont larges à Laramie ; elles témoignent d’une époque où le cheval était omniprésent dans la vie des gens. Aujourd’hui, ce sont les camions et les automobiles qu’on stationne en diagonale.

À Laramie, on est toujours en pays cowboy, comme au nord du Wyoming… Quoique… bien qu’il y ait des ranchs tout autour, c’est aujourd’hui beaucoup plus une petite ville universitaire. C’est peut-être pour cette raison qu’on y a troqué les chevaux, non seulement pour des trucks, de gros camions, mais aussi, plus récemment, pour des vélos.

Et c’est ainsi qu’on a modifié les poteaux qui servaient à attacher les chevaux autrefois, sur la rue, devant les commerces… et qu’on y attache dorénavant des vélos.

Laramie Wyoming - Stationnaire

Santa Fe – Terminus

La Plaza de Santa Fe, avec le Palais des gouverneurs au bout de la rue. Autrefois, il n’y avait pas d’arbres, ni de bancs pour se reposer. La Place est aujourd’hui un parc. Les Indiens vendent leurs oeuvres d’artisanat à l’ombre, devant la Palais des gouverneurs. La Place est entourée de boutiques qui vendent des objets de luxe à une clientèle principalement constituée de touristes.

Mercredi 22 juin, sur la Old Santa Fe Trail, jusqu’à la Plaza de Santa Fe

Depuis quatre siècles, tous les voyageurs qui arrivent à Santa Fe se hâtent d’abord vers la Plaza Santa Fe, devant le Palais des gouverneurs, le centre historique de cette ville envoûtante.

Il y a environ un peu plus d’un siècle et demi, comme l’illustre le tableau suivant, la Plaza de Santa Fe était le point d’arrivée, la destination de tous les entrepreneurs américains qui s’étaient rassemblés en divers points, au Missouri, pour se lancer à l’aventure sur la Piste de Santa Fe, pour aller échanger des biens avec des clients au Nouveau-Mexique.

À l’inverse, pour les Mexicains qui quittaient Santa Fe en direction opposée, la même Plaza de Santa Fe était un point de départ.

La plupart de ceux qui s’embarquaient dans cette aventure, des commerçants surtout, faisaient le trajet dans les deux sens. La Piste de Santa Fe était d’abord et avant tout un couloir de commerce international. Il faut savoir aussi que la Plaza de Santa Fe était un lieu de rencontres : la route qui menait vers les régions plus au Sud du Mexique, El Camino Real de Tierra Adentro, ainsi que celle qui menait vers l’Ouest, la Californie, se rejoignaient toutes à cette même Plaza.

Dans les musées et les sites historiques nationaux situés plus au Nord et à l’Est, de La Junta ( au Colorado ) à Independence ( Missouri ), on évoque surtout les noms des entrepreneurs américaines. Plus au Sud, au New Mexico Museum of History à Santa Fe, ou au musée local à Trinidad ( Colorado ), on nomme aussi des entrepreneurs néo-mexicains qui se sont aventurés sur cette voie commerciale.

Animé par la curiosité…

J’étais curieux d’aller retracer ce trajet, les derniers pas jusqu’à la Plaza de Santa Fe… de reconnaître les dernières ou les premières longueurs,  selon le point de vue, de cette Piste.

C’est à partir du pont qui enjambe la rivière de Santa Fe ( à vrai dire, plutôt un ruisseau qu’une rivière ), que je me suis dirigé vers l’Est, à  la rencontre d’une caravane imaginaire… qu’on attendait depuis quelques jours, puisque des gens des villages voisins venus à cheval nous avaient avertis qu’une caravane arrivant de Independence, Missouri, était en route, aux environs de Pecos.

Santa Fe - Old Santa Fe Trail 2
À gauche, à quelques coins de rue de la Plaza Santa Fe, sur l’ancienne Route 66 qui, à cet endroit se superpose à l’ancienne Piste de Santa Fe : le Garrett’s Desert Inn. Les voyageurs qui arrivaient de Independence Missouri, vers 1840, 1850, aurait certes apprécié s’y installés.

À l’époque, en 1830, on n’aurait pas aperçu un motel à gauche, sur la route, à quelques pas de la Plaza.

Ce n’est qu’à partir de 1846 que le Nouveau-Mexique a été cédé aux États-Unis, de force, en vertu d’un traité mettant fin à la Intervencion norteamericana en Mexico.  Santa Fe a conservé son statut de capitale du territoire. Des bureaux de l’administration publique du gouvernement de l’État du Nouveau-Mexique sont dispersés un peu partout dans la ville. À droite ( photo ci-haut ), à quelques pas de marche, de l’autre côté de la voie, le flâneur d’aujourd’hui constate la présence d’un bureau du State Land Office, qui gère les propriétés publiques de l’État.

Poursuivons la marche, de quelques centaines de mètres avant de rebrousser chemin vers notre destination…

Les touristes d’aujourd’hui, tout comme les voyageurs d’il y a quelque 150 ans, passeront devant l’église de la Mission San Miguel, une des plus vieilles églises des États-Unis ( érigée il y a environ quatre siècles, à la même époque que la fondation de la ville de Québec ). Le fouineur méthodique féru d’histoire trouvera sur Internet des photos d’époque de cette église : il, ou elle, constatera qu’elle était dans un piteux état au 19è siècle. Heureusement, on l’a restaurée depuis peu.

Les flâneurs curieux qui s’engageront dans la rue, à gauche de l’église, y découvriront un autre édifice, encore plus ancien que cette église.

Santa Fe - Mission San Miguel
L’église de la Mission San Miguel
Santa Fe - Un vieil édifice
La plus vieille maison de Santa Fe, en adobe : c’est aujourd’hui un musée.

Après avoir visité l’église et la maison, le visiteur d’aujourd’hui retournera sur la Old Santa Fe Trail en se dirigeant vers la Plaza.

Il fait chaud, l’avant-midi passe vite, l’heure du lunch approche : on pourrait être tenté de s’arrêter à la pizzeria Upper Crust, où on sert, selon l’affiche, de la Samuel Adams, une marque américaine de bière bien connue, et pas pire à mon avis. Il, ou elle préférera peut-être continuer son chemin : il y a tellement de restaurants sur cette route et dans les environs. Le visiteur retiendra que le voyageur d’antan n’avait pas autant d’options : ce voyageur d’antan n’avait qu’une obsession, se rendre à la Plaza…

Santa Fe - Old Santa Fe Trail
Upper Crust Pizza, sur Old Santa Fe Trail, à Santa Fe
Santa Fe - Architecture Hôtel de luxe
Inn and Spa at Loretto

Une centaine de pas plus loin, nous traversons le pont sur la rivière/ruisseau Santa Fe, on admirera l’architecture du Inn at Loretto, on résistera à l’envie d’entrer dans les boutiques d’art et d’artisanat de l’autre côté de la rue. On passera devant la chapelle Loretto, on se retrouvera face à l’hôtel La Fonda ; on bifurquera à gauche pour contourner cet hôtel, et enfin, on arrivera à la Plaza.

À l’emplacement du légendaire hôtel La Fonda, qui occupe tout le quadrilatère aujourd’hui, il y avait déjà un hôtel qui accueillait les voyageurs dès le début de la création de la Piste de Santa Fe. Le voyageur d’aujourd’hui aurait beaucoup de difficulté à s’imaginer l’apparence de celui-ci, s’il n’existait pas d’archives photographiques de l’époque de la deuxième moitié du 19è siècle. Le voyageur d’antan n’aurait jamais pu s’imaginer non plus à quel point on modifierait les lieux sur une période de cent ans. Après tout, l’évolution de la ville avait été lent au cours des deux siècles précédents, lorsque Santa Fe était un poste frontalier à la limite nord de la colonie espagnole du Mexique.

La grande dame des hôtels de Santa Fe, l’hôtel La Fonda a acquis une réputation enviable, dès sa fondation. Les voyageurs fortunés, dont un grand nombre de personnalités célèbres, qui débarquaient du train qui arrivait à Santa Fe appréciaient le service qu’on y offrait. Le New Mexico History Museum consacre présentement une salle d’exposition à l’histoire de cet hôtel, à son architecture, ainsi qu’au personnel féminin de cet hôtel.

Santa Fe - Hôtel La Fonda
Tourner à gauche sur Water St, puis à droite pour contourner l’Hôtel La Fonda, et déboucher sur la Plaza de Santa Fe…

Mais ce n’est pas à La Fonda que je me suis dirigé en arrivant à Santa Fe à la mi-juin, après avoir passé une semaine à suivre les traces des voyageurs sur des routes modernes, le long de la vénérable Piste de Santa Fe. Ce n’est pas non plus à la Plaza de Santa Fe.

C’est plutôt au camping du Trailer Ranch RV Resort, sur le boulevard Cerrillos, que nous nous sommes installés pour une dizaine de jours. Un des circuits du transport en commun de la ville passe devant ce camping. Les voyageurs ont plusieurs options aujourd’hui : ils peuvent voyager aujourd’hui en train, en avion, en automobile, et en véhicule récréatif. Ce dernier mode de transport nous convient bien.

 

Laisser couler le temps

On ne découvre pas, on n’apprivoise pas une ville en quelques jours, voire même en quelques semaines. Il en faut du temps pour s’immerger dans ces habitats que sont les villes et les villages que se sont construits les humains au cours des décennies, des siècles… faire connaissance, se livrer, tisser des réseaux… Quand on a si peu de temps, on ne peut qu’en effleurer la surface.

J’aime marcher dans une ville que je visite pour la première fois. Dans le cas de Santa Fe, j’ai bien conscience que ce sera probablement la première et la dernière fois. Je ne crois pas que j’y retournerai. C’est que je termine d’ici peu la septième décennie de mon existence, et qu’étant donné le temps qu’il me reste pour poursuivre mes découvertes du monde, je suis de moins en moins porté à retourner vers les lieux que j’ai déjà explorés.

Santa Fe - Café Librairie Collected Works
… parfois dans le café attenant à la libraire Collected Works…

C’est dans cet esprit que j’aurai pris beaucoup plaisir à laisser dérouler ce temps qui me semble passer de plus en plus en vite à mesure que je vieillis, en marchant dans Santa Fe… contemplant ces paysages urbains… et de ponctuer ces marches en me posant, parfois sur un banc dans le parc de la Plaza centrale de la ville, parfois dans le café attenant à la librairie Collected Works… savourant cet instant en tentant de ralentir son inexorable débit… sans illusion…

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Autoportrait

Je ne pratique pas souvent l’autoportrait.

C’est en parcourant, cet après-midi, une exposition sur l’autoportrait, dans le New Mexico Museum of Art, que je me suis souvenu m’être livré à cet exercice en visitant un autre musée, le Saint-Louis Art Museum ( SLAM, pour les initiés ), il y a quelques semaines.

En passant d’un étage à un autre, pour passer d’une galerie à une autre, j’ai descendu cet escalier. L’édifice où loge le SLAM est une œuvre d’art en soi, tout comme le New Mexico Museum of Art d’ailleurs, dont vous pouvez admirer des prises de vue extérieures, que j’ai affichées plus tôt cette semaine ( voir ici ).

Autoportrait, au SLAM
Autoportrait, au SLAM
New Mexico Museum of Art - Exposition sur l'autoportrait
New Mexico Museum of Art – Exposition sur l’autoportrait
New Mexico Museum of Art - Escalier intérieur
New Mexico Museum of Art – Escalier intérieur
New Mexico Museum of Art - cour intérieure
New Mexico Museum of Art – cour intérieure

Immense Kansas

Kansas - traces des pistes
Traces des charriots sur l’ancienne Piste de Santa Fe, aux environs de Dodge City — US Route 50

Sur les traces des migrants, d’hier et d’aujourd’hui…

Il y a quelques semaines, j’amorçais un autre voyage d’exploration de l’Amérique… ou, puisque l’Amérique est un continent, devrai-je plutôt écrire : les Amériques, mes Amériques.

Depuis quatre jours, nous traversons les grandes plaines immenses du Kansas. Nous avons quitté l’autoroute I-70 un peu à l’ouest de Salina et nous avons piqué vers le Sud-Ouest, pour aller suivre l’ancienne Piste de Santa Fe… sur les traces des commerçants, des militaires et des migrants qui l’ont foulée il y a bientôt deux siècles.

En roulant, à plus de cent à l’heure ( jusqu’à 120 parfois même ) sur les routes qui s’étendent sans fin apparente sur ces grandes prairies, je m’imagine ce que fut le voyage pour ceux qui le traversaient lentement, à raison d’une vingtaine de kilomètres par jour, sur des charriots tirés par des bœufs ou des mules, bravant le soleil implacable, les orages, la foudre et les tornades, le vent incessant, la chaleur ou le froid, les serpents à sonnettes, observant à distance les troupeaux de bisons au loin, sous le regard attentif des premiers habitants du pays… Le territoire était, à cette époque, le domaine des tribus nomades, chasseurs de bisons, les Cheyennes, Kiowas, les Pawnees, les Commanches, les Arapahos… Un peu plus au sud, au sud de la rivière Arkansas, on passait en territoire mexicain.

Les paysages de l’Amérique ont changé ; Pawnee Rock, autrefois un repère sur la Piste de Santa Fe, a été réduit d’une vingtaine de pieds. Ceux qui se sont établis dans les environs avaient besoin de pierre pour construire leurs maisons. Les visages aussi changent ; ils parlent même d’autres langues que l’anglais.

La cavalerie, les cowboys et les Indiens de déjà ne chevauchent plus dans le paysage. Il y a longtemps qu’on a abandonné les forts le long de la Piste de Santa Fe — Fort Dodge, Fort Lyons, et autres ; on a transformé certains d’entre eux en monuments historiques nationaux — Fort Larned, Bent’s Fort. On tourne beaucoup moins de films sur eux. Les millions de bisons ont disparu, remplacés par des troupeaux de vaches. Le blé pousse aujourd’hui là où de l’herbe couvraient les paysages. Les chiens de prairie n’ont plus de place où creuser leurs villages.

Tout au long de ce voyage, je redécouvre les nombreux visages de mon Amérique.

Beaucoup de gens voyagent, comme nous… dans toutes les directions. Les familles sont dispersées aujourd’hui : les grands-parents visitent leurs enfants et leurs petits-enfants dispersés dans toutes les régions du pays, de l’Ohio à l’Oregon, de San Diego à Boston.

Des familles migrent d’une région à une autre à la recherche d’un emploi. De plus, plus nous nous rapprochons du Sud, Sud-Ouest, plus nous communiquons avec des employés dans les commerces qui parlent très peu l’anglais, et qui se parlent entre eux en espagnol.

Il y a quelque chose d’un peu ironique dans cette « invasion » latina. Il y a deux siècles, l’invasion était anglaise, et bienvenue par les Mexicains, qui comptaient sur les migrants pour contrer la pression autochtone. La vague migratoire « civilisatrice » américaine fut telle, que le Texas devint américain, de force, et que le Nouveau-Mexique, l’Arizona et la Californie furent américanisés. On croyait fermement que c’était le destin de l’Amérique que d’apporter les bienfaits de la civilisation et de la démocratie à ces contrées.

Kansas - la route qui se fond dans l'horizon
Une route rectiligne, qui se fond dans l’horizon
Kansas - Pawnee Rock
Pawnee Rock –la roche est gravée des signatures de ceux qui y sont passés

Kansas - Un arbre

Kansas - La richesse

Kansas - les gratte-ciel des prairies
Gratte-ciel des prairies