… il parle beaucoup !

Les lettres parlent

Il y a quelques jours, ma petite fille de quatre ans feuilletait, en compagnie de sa grand-mère, un livre sur le yoga destiné aux enfants. Bien entendu, ce livre contient beaucoup d’images ; mais il est toutefois précédé de quelques dizaines de pages d’introduction dépourvues d’images. Elles tournent ensemble les pages rapidement pour en arriver au sujet, c’est-à-dire, à la section illustrée. Ce faisant, la petite s’exclame : « Il parle beaucoup le livre. »

Ma petite fille ne sait pas encore lire, mais elle comprend déjà que ces lignes de signes « parlent ». Il faut dire que ses parents et ses grands-parents lisent des livres en sa compagnie depuis les premiers mois de sa vie. Un livre est, pour elle, l’équivalent d’un jouet. Elle est membre de la bibliothèque municipale, qu’elle fréquente régulièrement avec ses parents. Quand le temps viendra, elle voudra apprendre à lire et à écrire.

Apprendre à lire
Apprendre à lire commence à la maison, avec les amies…

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Journal de mes réflexions sur l’écriture — extraits, automne 2008

Depuis sept ans, je poursuis un cheminement personnel de réflexion sur les dimensions matérielles de la pratique de l’écriture. Depuis le début, je tiens un journal manuscrit sur ce cheminement : notes de lectures, récits, observations, réflexions…

Je suis en train de relire ce journal dans le cadre de la préparation d’une série de conférences que je prononcerai dans quelques semaines au Collège Maisonneuve : qu’est-ce que l’histoire de l’évolution de l’écriture depuis 5 000 ans peut nous apprendre sur la transformation de l’écriture suscitée depuis l’avènement de la télématique ( numérisation ) il y a un peu plus d’un quart de siècle ?

Je vous livre ici des transcriptions de quelques extraits de mon journal.

La plume de mon père
La plume de mon père

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L’écriture est un acte physique

... une pensée rendue visible
… une parole ou une pensée rendue visible

Il y a cinq siècles, un abbé bénédictin, Johannes Trithemius, a rédigé un traité, De Laude Scriptorium ( L’Apologie des scribes ), où il s’évertuait à justifier pourquoi il fallait continuer à fabriquer des livres, en les copiant à la main, un par un, comme on le faisait dans les monastères depuis plus d’un millénaire. Les moines de sa congrégation résistaient à l’accomplissement de cette obligation de nature religieuse. Ils soutenaient que ce travail était devenu superflu, sinon insensé, depuis l’avènement de l’imprimerie un demi-siècle plus tôt.

Il est vrai que cette innovation était venue remettre en question le régime de vie des Bénédictins ; la règle de Saint-Benoît dicte aux moines de pratiquer un travail manuel quelques heures par jour. Trithemius le souligne ( traduction libre de ma part ) :

De tous les travaux manuels, rien n’est aussi en accord avec le statut des moines que de copier l’écriture sainte avec zèle.

L’exhortation d’un prêcheur est perdue avec le passage du temps ; le message du scribe demeure pendant des années.

L’écriture est un travail manuel

Encore aujourd’hui, alors qu’on privilégie l’écriture au clavier et qu’on délaisse l’écriture au crayon, au stylo ou à la plume, on persiste à qualifier de « manuelle » l’écriture cursive par opposition à l’écriture sur clavier, comme si les doigts ne faisaient pas partie de la main. Quel que soit l’instrument dont on se sert, l’écriture demeure toujours une activité physique, un geste, un geste physique.

On comprend que cet abbé aimait écrire. Celui qui avait peu de tolérance pour les moines qui succombaient aux tentations induites par l’oisiveté, s’employait à trouver des arguments pour justifier son propre plaisir, au nom du service de son dieu :

… mon être entier est plein de ce désir et de ce plaisir d’écrire ( … in solo viget pectore desiderium et amor scriptoris. )

Que ce soit pénible ou plaisant, une corvée ou une jouissance, l’écriture est un travail physique. C’est ma main qui dirige cette plume qui trace son sillage d’encre sur une feuille de papier. Ce sont mes doigts qui dansent sur mon clavier.

Tous les scribes, écrivains ou commis, le savent : l’écriture est une parole ou une pensée rendue visible.

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Je suis scribe…

Je suis scribe, fils d’un scribe.

Rien ne me prédestinait à cet état professionnel.

Mon père, certes, a été « scribe », c’est-à-dire, commis, fonctionnaire au service de l’état — j’ai hérité de l’ensemble de stylo-plume et de crayon mécanique qu’on lui avait remis, en témoignage de reconnaissance, au moment où il a quitté une des unités où il a travaillé.

Mes grands-pères toutefois, ainsi que tous mes ancêtres avant eux, tant du côté paternel que maternel, ont été des cultivateurs.

Je ne sais pas d’où me vient cette passion de lire et d’écrire.

Je me souviens qu’enfant, avant même qu’on m’inscrive au jardin d’enfance, allongé sur le ventre à terre au centre du salon, je m’appliquais à tenter de percer les secrets de ces longues colonnes de signes sur le journal. Je voulais apprendre à lire.

À l’école, j’ai aimé manier le porte-plume qu’on trempait dans l’encrier, tracer de longues gammes de lettres sur des lignes dans un cahier d’écolier. De grandes, de grosses lettres… aussi belles et parfaites que le bras et la main d’un enfant pouvaient le faire. Bien entendu, je me tachais les mains d’encre et je tachais parfois, souvent, la page blanche du cahier de pratique … Il fallait bien casser les œufs pour faire une omelette, n’est-ce pas?

Un demi-siècle plus tard, après avoir entretemps appris à maîtriser l’écriture numérisée, j’ai renoué avec ce plaisir d’écrire à la main. J’ai commencé à consacrer pl us d’attention à mes outils d’écriture, aux instruments que j’ai utilisés pour écrire – porte-plume, stylo-plume, stylobille, crayon, crayon mécanique, crayon-feutre, craie, machine-à-écrire…

Peu avant de prendre ma retraite, j’ai fait restaurer ma vieille plume, celle qui m’avait si bien servi pour rédiger mes travaux au propre tout au long de mes études secondaires, collégiales et universitaires, et que j’avais négligée depuis des années.

Aussi, de fil en aiguille, porté par la curiosité, je me suis intéressé à l’histoire de ces instruments. Je me suis mis à explorer un territoire dont je reconnaissais les coordonnées, mais dont je me suis rendu compte que je ne le connaissais pas. J’ai découvert un nouvel univers, celui de la merveilleuse histoire de l’outil des civilisations, l’écriture, une des plus belles inventions de l’humanité.

Souvent, tout au long de ce voyage dans les siècles et les millénaires, je suspendais mes lectures, pour reculer un peu, me repérer, réfléchir, et parfois, je me laissais aller, à imaginer le quotidien de tous ces scribes qui m’ont précédé : le gestionnaire de projet que j’avais été admirait les comptables sumériens qui inscrivaient sur des tablettes d’argile les inventaires et les comptes des premiers empires ; l’élève curieux que j’avais été épiait les enfants, qu’on formait à devenir les scribes des pharaons, en train d’apprendre à dessiner des hiéroglyphes sur du papyrus ; j’écoutais Suétone raconter comment Néron composait ses poèmes avec un stylet sur une tablette de cire ; je priais avec les moines médiévaux, pliés sur leur écritoire à copier la parole de Dieu, sur du parchemin, sous la dictée d’un lecteur dans un scriptorium froid et humide ; j’accompagnais les grands explorateurs français Samuel de Champlain, Louis Jolliet et Jacques Marquette, en canot sur les rivières et les lacs d’un Nouveau monde, notant leurs observations et dessinant des cartes sur du papier, plumes d’oiseaux en main ; je me penchais au-dessus de l’épaule du jeune Gustave Flaubert, qui venait de terminer son baccalauréat, et qui, à la bibliothèque municipale de Bordeaux, manipule l’exemplaire des Essais annoté d’ajouts et de correction de la main même de Montaigne.

Tous ces scribes, copistes, notaires, secrétaires, chroniqueurs, rédacteurs, journalistes, écrivains, ont tissé, chacun à leur façon, la grande courtepointe de nos histoires.

( texte remanié et amélioré, le 14 décembre 2017 )

 

Évanescences

J’écris pour naître, encore, toujours. Par l’attention neuve, m’absenter de moi, de ce fouillis de tentatives d’être dans un absolu qui vous émiette et vous éparpille comme le vent, ce matin, fait avec les vieilles feuilles, les vieilles tiges de l’an passé.

… J’écris pour me perdre et me retrouver, dans l’effrayante surabondance du matin, ici parmi les vieux deuils et les ardeurs nouvelles…

Robert Lalonde, Le monde sur le flanc de la truite

Pourquoi écrire si ce n’est que pour se retrouver ? Et comment se retrouver, si ce n’est qu’en retraçant nos pas jusqu’à l’origine, suivre le fil du temps qu’on a déroulé dans le labyrinthe de toutes les saisons de notre vie, pour renaître encore une fois. Qu’importe, qu’on enroule ou qu’on déroule ce fil en répétant toujours et encore une fois le même parcours !

À l’automne de ma vie, je comprends mieux aujourd’hui, plus que jamais auparavant, que l’éternité est présente en moi à chaque instant ; qu’elle agit comme un levier, un point de bascule entre l’instant qui passe et celui qui s’apprête à venir. Et si j’écris, tout comme j’utilise ma caméra pour « prendre » des photos, n’est-ce pas pour vouloir saisir ne serait-ce qu’un moment d’éternité, ce présent qui nous échappe entre les doigts, comme autant de grains de sable qui « s’éparpillent comme le vent ».

Le temps s’écoule dans ma cour. Les feuilles de tremble virevoltent dans le vent. Alors qu’un merle se pose sur une branche, la chatte orange du voisin chemine interminablement le long de la clôture, indifférente à l’angoisse stridente de la sirène de l’ambulance qui file au loin sur le boulevard. Chacun de ces instants d’éternité, une éternité qui s’allonge depuis le début du temps, chacun de ces moments fixés pour l’éternité me renvoient une image de l’évanescence du temps. L’éternité n’engendre pas l’immortalité.

Depuis des jours, je feuillette les pages de mes vieux cahiers, de mes carnets, de mes journaux, où j’ai consigné mes réflexions, mes notes de recherches, de lectures, de voyages, mes observations sur l’actualité, mes ébauches d’articles.  Il y a beaucoup de présomption dans cette quête de vouloir capturer un présent qui se dissipe aussi rapidement que se tisse son devenir. Voire, à l’échelle de l’univers, nos vies ne sont-elles pas que des moments éphémères ?

Dans La Mort de Philae, Pierre Loti se livre à une longue mélopée sur le passage du temps. Il décrit cette quête obsessive de l’Égypte ancienne de vaincre la mort : toutes ces momies ensevelies sous la pierre immuable dans les sables du désert. Il souligne l’ironie de cette quête. Les anciens pharaons, dont on a déterré les dépouilles pour les exposer dans des musées, ceux-là même qui imposaient autrefois le respect, qui effrayaient les vivants, sont aujourd’hui devenus des sujets d’exposition, des appâts touristiques.

« Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles », Paul Valéry
… Quand sur l’abîme un soleil se repose, Ouvrages purs d’une éternelle cause, Le Temps scintille et le Songe est savoir… Paul Valéry, Le cimetière marin

« Dans l’air du temps »

Printemps
… se bercer dans les apparences de la singularité …

Il est paradoxal qu’en cette ère où on valorise tant l’individualisme, la distinction, la différence, la liberté individuelle, on insiste tout autant à se maintenir dans le courant. Ne serait-ce pas qu’on se berce, en réalité, dans une illusion, dans une apparence de la singularité ?

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Le vent

Autoportrait - Juillet 2014 Jardin botanique Montréal
… un endroit où travailler, isolé, à l’ombre, sous un chêne …

Il y a quelques jours, j’ai participé au premier d’une série d’ateliers d’écriture animés par Diane Lambin et offerts par la Société des amis du Jardin botanique de Montréal. La température était clémente et le lieu enchanteur.

Dès le début de l’atelier, l’animatrice nous a proposé de choisir trois mots, des mots qui nous viennent « en tête », inspirés par le lieu et le moment. Suite à un exercice collectif de partage sur nos choix de mots, nous nous sommes dispersés tout autour pendant une heure, afin de rédiger quelques lignes sur nos choix de mots respectifs.

J’ai choisi un endroit où travailler, isolé, à l’ombre, sous un chêne, entouré de plates-bandes de pivoines. Je me suis concentré principalement sur un des trois mots que j’ai choisis : le vent. Pour la première fois, depuis très longtemps, je me suis efforcé de voir ce que je rédige. Je me suis appliqué à regarder le vent, à l’entendre chuchoter dans les feuilles des arbres et à le sentir sur ma peau certes, mais surtout, à le voir agir. À un moment donné, j’en suis venu à voir l’ombre des feuilles virevolter sur les pages de mon journal.

= — =

J’ai l’impression d’être en train de « dessiner », de tracer des ébauches de croquis littéraires. Il y a longtemps que je n’avais pas fait ça ; tellement longtemps, que je ne m’en souviens pas.

Depuis plusieurs mois, j’apprends à dessiner. À me plier régulièrement à cette discipline, je me rends compte que j’affine mon regard. Il faut beaucoup de concentration pour pratiquer le dessin ; il faut résister aux distractions… l’envie, entre autres, de saisir ma caméra… l’envie aussi de laisser dériver la pensée, la laisser s’échapper dans un sentier de travers…

= — =

Lorsque j’écris « … un nuage s’effiloche sur un ciel bleu … » dans mon carnet, le souvenir d’une lointaine conversation surgit…

Il y a un peu plus d’une quarantaine d’années, j’ai sautillé pendant plusieurs mois d’une ile à l’autre sur la mer Égée ; avant de partir, une connaissance m’avait suggéré, si cela me convenait et que si j’en avais l’occasion, d’aller saluer un de ses amis, qui s’était installé en Grèce depuis quelques années.

Par un beau matin de décembre, je débarque sur l’ile de Kalymnos. Je m’informe dans une taverne devant les quais du port s’ils connaissent un vieux poète, un Américain, qui s’appelle Robert Lax, et qui habiterait sur l’ile. Quelques heures plus tard, celui-ci se présente devant moi. Nous nous introduisons, la conversation s’engage sans plus de cérémonie. Sans que je l’aie recherché, à partir de cette première conversation, il m’accorde généreusement le privilège de passer de nombreuses heures en sa compagnie, pendant plusieurs jours, à jaser de choses et d’autres. Il me raconte des anecdotes sur les gens qu’il a fréquentés… il m’interroge… il répond à mes questions…

Au cours d’une de nos conversations, je lui fait part de ma difficulté à décrire la couleur du ciel méditerranéen, ce ciel grec si différent du ciel québécois que j’avais quitté quelques mois plus tôt. Il réfléchit quelques instants… de longues secondes s’écoulent lentement… enfin, il me dit : « Si tu écrivais tout simplement que « le ciel est bleu », ton lecteur ne comprendrait-il pas que ce « bleu » du ciel que tu perçois ici est différent de celui de ton pays ? »

J’ai compris que la longueur d’onde spécifique de la couleur que je voulais décrire était moins importante que l’impression que cette couleur me faisait. Et que la simplicité de l’écriture était ce qu’il y avait de plus approprié pour exprimer ce que je voulais communiquer.

= — =

Quelques heures plus tard, de retour chez-moi en fin d’après-midi, j’ai repris les ébauches que j’avais rédigées au cours de l’atelier. J’ai les ai retravaillées, recomposées. Depuis vendredi, ce texte me travaille… Ce matin, je me suis remis au travail : ce texte évolue. Il faudra bien que je le laisse aller à un moment donné…

 


 

Le vent

 

À l’ombre d’un chêne sur le bord du ruisseau fleuri, je dépose ma caméra. 

 

Mon regard se met à flâner…

 

J’observe les pivoines qui se balancent…

Je trace un courant de pollen qui dérive au-dessus d’une vague de roseaux.

J’aperçois des lavis d’encre grise se ballotter sur les pages de mon carnet.

Je contemple les nuages s’effilocher sur un ciel bleu …

Un frémissement scintille au loin sur l’étang, glisse soufflant sous ma chemise caresser ma peau :

à l’ombre du chêne sur le bord du ruisseau fleuri, j’écoute le vent ressusciter de vieux souvenirs.

L’art d’exprimer une voix intérieure…

La lettre évolue avec le temps…

Conservez-vous des lettres personnelles, que des membres de votre famille, des amis, amants ou amantes, ou même des ex-collègues vous ont envoyées, déjà, il y a plus ou moins longtemps ? Depuis combien de temps les conservez-vous ? Les conservez-vous dans un endroit secret, dans une boîte de carton ou un coffret, au fond d’un tiroir ?

Ce sont des souvenirs d’autant plus précieux que ces lettres ont été rédigées de la main propre de ceux qui les ont envoyées. Vous les relisez parfois ? Comment se comparent-elles, ces lettres que vous avez conservées, aux courriels que vous avez sauvegardés dans votre boîte électronique ?

Si vous conservez vos courriels, quelque part dans un disque rigide, les avez-vous imprimés ? Un courriel est-il équivalent à une lettre ? Ou s’agit-il de deux modes différents d’un même genre d’écrit ? Aujourd’hui, la fréquence, et la facilité avec laquelle on peut envoyer un bref message, un tweet, ou un courriel un peu plus long, ne réduisent-elles pas la valeur de la communication ?

D’autres questions surgissent : l’avènement de nouveaux modes de production et de transmission de la communication écrite entre personnes est-il en train de modifier l’art de la correspondance ? Et si, à votre avis, tel est le cas, qu’y gagnons-nous et qu’y perdons-nous au change ? poursuivre la lecture …

écriture et parole…

exprimer la pensée
exprimer la pensée

Il fut un temps où l’écriture n’était que transcription d’un acte ou d’une parole vivante.

Depuis environ un demi-millénaire, l’écriture est aussi devenue l’expression d’une pensée muette.

Qui pourrait expliquer ce que devient l’écriture aujourd’hui ?

  • un tweet qui se volatilise dans un nuage pour oublier ce qu’il vient de marmonner…
  • des doigts qui pianotent en cavalant pour saisir à la volée un soupir qui s’essouffle…
  • un bruit dans l’éther du temps…

Ces écritures imaginées …

Trou de mémoire

Depuis quelques jours, je poursuis, au rythme de la lenteur, ma lecture des Chroniques d’Hector Fabre. C’est un véritable plaisir de lire Fabre, un écrivain « … qui ne cesse de manier un humour délicat », selon le critique du Devoir ; il a offert à ses lecteurs une prose légère, souvent ironique, narquoise, moqueuse, nullement comparable à celle de ses contemporains, Louis Fréchette ou Arthur Buies, pour n’en nommer que deux …

Ce matin, le passage suivant capte mon attention ( page 146 de l’édition de 2007 – lien ci-haut ) :

Le journaliste arrive à son bureau. Installé dans son fauteuil, il se demande sur quoi il va écrire aujourd’hui. Pas le moindre sujet d’article. C’est en vain qu’il repasse en sa mémoire les vieux thèmes sur lesquels il a tant de fois brodé d’étincelantes variations : la verve tarde à s’allumer.

Quel écrivain, surtout un chroniqueur (ou un journaliste tourmenté par un implacable échéancier), ne s’est pas retrouvé, à plus d’une reprise, angoissé devant une feuille blanche de papier ?

De toute évidence, et bien qu’il suggère le contraire, Fabre ne se complait pas longtemps devant une page blanche.

Fin créateur, il libère les cellules du cerveau et laisse les idées s’envoler dans sa conscience pour saisir, tel un chasseur de papillons expérimenté, la première qui virevolte à la portée de son filet. Il reconnaît toutefois, vaciller quelques instants, à tenter de se remémorer ces « vieux thèmes », comme il les qualifient, qui se sont dissipés dans les limbes de ses flâneries.

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Écrire en voyage

Depuis quelques années, je lis beaucoup de récits de voyages, rédigés par de grands écrivains, y compris ces classiques dont tous ont entendu parler mais que peu ont lu, tel L’Enquête d’Hérodote, ou le Livre des merveilles de Marco Polo. Le récit de voyage est un genre littéraire qu’on sous-estime, et qui devrait faire l’objet d’études plus formelles en soi. Ma bibliothèque comporte une section complète de ces récits.

Une partie de ma bibliothèque : la bibliothèque du voyageur
Une partie de ma bibliothèque : la bibliothèque du voyageur, d’Hérodote jusqu’à Lacarrière… en passant à travers les siècles de Polo à Montaigne, et de Stendhal et Flaubert jusqu’à David Thoreau, Jack Kerouak et Nicolas Bouvier, sans négliger les voyages imaginaires

Depuis quelques mois, mes lectures ont presque exclusivement porté sur ce genre de textes : le récit du voyage de Montaigne en Allemagne, en Suisse et en Italie ; les voyages de Gustave Flaubert, au Moyen-Orient, en Bretagne, dans le Sud de la France ; ceux de Stendhal en Italie ; Dos Passos en Espagne… des lectures fascinantes.

Certains passages sont émouvants : imaginez, en le lisant, le jeune Gustave Flaubert, qui vient de terminer ses études de baccalauréat, qui n’a donc encore rien publié, décrivant sa visite à la Bibliothèque de Bordeaux, où il feuillette un des manuscrits des Essais de Montaigne : il ne porte pas de gants, n’est pas encadré de conservateurs… Ou encore, la description que fait Stendhal, le 7 avril 1838, de sa visite de la Brède, le château de Montesquieu en Aquitaine (Voyage dans le Midi de la France, pages 97 à 107).

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Écritures éphémères

Écriture publique - Thé glacé
… merci !

Bien souvent, une écriture conçue pour être circonscrite dans le temps pourra acquérir une dimension sentimentale qui lui vaudra qu’on veuille la conserver : un billet de remerciement, une carte de souhait, une carte postale…La plupart du temps toutefois, l’écriture est éphémère… des notes de travail, une annonce sur un babillard, un échange de numéro de téléphone…

On ne conserve pas ces écritures. On jettera à la poubelle la première ébauche d’un rapport ou celle d’un compte-rendu d’une réunion, une liste d’épicerie ou de choses à faire… On effacera au cours de la journée même le menu du jour dans un restaurant…

La plupart du temps d’ailleurs, les outils dont on se sert pour ce genre d’écriture… crayon, craie, même les stylos-bille, sont aussi éphémères que les traces qu’ils ont laissées sur un support matériel. Les utiliser revient à les détruire. Pourtant, ils sont omniprésents dans nos vies.

Prise de notes éphémères
Prise de notes éphémères

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