Les routes, de Pittsburgh à Saint-Louis…

… en passant par Cincinnati et Louisville, du 16 au 26 mai

Il y a une dizaine de jours, nous avons levé notre campement, quitté Pittsburgh, afin de poursuivre notre route vers l’Ouest. Deux mille kilomètres plus loin, nous sommes rendus aux portes de Saint-Louis.

Les plus futés de mes lecteurs, ceux qui connaissent leur géographie me corrigeront : la distance entre Pittsburgh et Saint-Louis est beaucoup moindre. C’est vrai… de moitié moindre. Une recherche sur Google vous donnera l’heure juste : ce trajet n’est que de 1 000 km environ, en filant sur l’autoroute I-70 ; de plus, il ne faudrait que neuf heures pour le compléter, sans s’offrir de pause, en contournant les grandes villes, et en respectant les limites de vitesse.

C’est que nous avons viraillé beaucoup en Ohio, afin de visiter une demi-douzaine de sites qui témoignent d’une présence plusieurs fois millénaires de l’humain sur les territoires de l’Ohio, de l’Indiana, et de l’Illinois. Cet itinéraire nous a menés à nous arrêter à Cincinnati et à Louisville en chemin — un grand détour.

Les divers récits de nos pérégrinations à travers ce vaste territoire entre les Appalaches et le fleuve Mississippi viendront plus tard. Pour l’instant, je poursuis ma description des routes.

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Toutes sortes de routes…

Le réseau des routes américaines est complexe. J’avoue que je m’y perds souvent, que je parviens difficilement à différencier entre les autoroutes du réseau des Interstate Highways, les autoroutes qu’on nomme les US Routes, ainsi que les State Routes ( routes des divers états de la fédération américaine, pas nécessairement des autoroutes, bien qu’elles soient souvent à quatre voies, avec ou sans séparation, en béton ou en gazon ), les routes de comté, et les routes locales, celles que l’auteur américain William Least-Heat Moon a célébrées dans son Blue Highways ( malheureusement, la référence est en anglais ).

Nous avons circulé sur toutes sortes de routes, surtout en Ohio… même sur les routes les plus secondaires, en terre, dans les replis les plus isolés de ce vieux territoire ( vieux tant sur le plan géologique que géographique ).

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En s’éloignant de Pittsburgh, la transition entre les montagnes des Appalaches et les prairies de l’Ohio m’est apparue plus longue que ce à quoi je m’attendais. On traverse d’abord rapidement une petite encoche géographique de la Virginie occidentale, coïncée entre la Pennsylvanie et l’Ohio. Chemin faisant, l’altimètre nous indique que nous descendons progressivement de quelques centaines de mètres jusqu’en Ohio.

Ohio I-70
L’autoroute I-70, sortie 160, en Ohio

Je ne m’attendais pas non plus de retrouver en Ohio une topographie aussi accidentée. L’exploration de sites témoignant d’une très ancienne occupation du territoire nous a emmenés à parcourir des régions peu fréquentées par les touristes, et encore moins à ce temps-ci de l’année.

Nous avons traversé de nombreuses petites villes, des villages, croisant occasionnellement des tracteurs dont les roues étaient presque aussi grandes que notre véhicule.

À plusieurs reprises, on nous a demandé ce qui nous avait incités à venir nous retrouver là, dans leur restaurant, à la banque, etc.

Les gens sont réservés d’un premier abord. Ils deviennent spontanément accueillants dès que nous leur expliquons ce qui nous attire chez eux et qu’ils saisissent que nous nous intéressons à eux… qu’on visite leur pays, et pas seulement les grandes villes. Beaucoup nous envient ; ils n’ont guère voyagé au-delà leur propre pays, au-delà de leur région ou des villes avoisinantes.

Route - Ohio - US Route 50 Bainbridge
Il faut ralentir, sur la US Route 50, en entrant dans le village de Bainbridge en Ohio
Bouffe - Carl's Townhouse Chillicothe OH Coin Walnut et 2e
Un arrêt pour bouffer : Carl’s Townhouse, au coin des rues Walnut et 2è, à Chillicothe, en Ohio. Une atmosphère sympathique… comme dans l’ancien temps, avant l’apparition des grandes chaînes de restauration. Celui-ci a conservé son allure des années 50 et 60.
Route - Ohio 41 Peebles
La State Road 41 coupe le village de Peebles en deux. L’ancien édifice de la mairie, qu’on contemple en attendant qu’on nous serve dans le restaurant, a connu de meilleurs jours.

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Ohio State Road 23 Sud
Ohio State Road 23, direction sud

Le réseau routier commence à montrer des signes d’usure. Il y a beaucoup de chantiers où on effectue des travaux d’entretien. Certaines des routes transcontinentales, comme la I-70 par endroit, sont dans un état pitoyable.

Route - Ohio Route 350
La Ohio Route 350 entre et sort plus loin, entre deux tumulus érigés il y a plusieurs centaines d’années, bien avant l’arrivée des Européens, à l’intérieur du site d’interprétation historique et archéologique de Fort Ancient.

Après avoir voyagé à travers plus de plus de deux millénaires et demi dans le temps, nous avons fait une halte de trois jours au siècle présent, à Cincinnati… un arrêt au Marché Findlay, deux fois centenaire ; une après-midi à la magnifique gare Union Terminal, un bijou d’architecture Art Déco ; une avant-midi parmi les papillons des Caraïbes qu’on relâche pendant quelques semaines dans une des serres du Conservatoire Krohn. Puis on traverse la rivière Ohio, pour nous diriger vers Louisville, Kentucky.

La région de l’est du Kentucky, entre Cincinnati et Louisville, se situe au pied des Appalaches. On se retrouve en zone montagneuse pendant quelques heures.

La rivière Ohio, et le Kentucky en arrière-plan, vue du promontoire de Forest Park, à Cincinnati
La rivière Ohio, et le Kentucky en arrière-plan, vue du promontoire de Lake Drive dans Eden Park, à Cincinnati
Route - Kentucky I-71
L’autoroute Interstate 71, au Kentucky.

Une halte de deux jours à Louisville — une visite du Frazier Museum of History et du Speed Art Museum, ainsi qu’une croisière en fin de journée, sur un vieux bateau à aube sur la rivière Ohio — avant de reprendre la route vers Saint-Louis.

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Route - Ohio 41

[ On constate une présence discrète, mais tout de même manifeste, de la secte des Amish un peu partout dans l’état de l’Ohio… La signalisation routière nous incite à porter une attention aux calèches dont ils se servent pour se déplacer. On observe aussi les affiches qui indiquent où ils vendent leurs produits. Ils est néanmoins difficile de reconnaître les maisons ou les fermes spécifiquement Amish. ]

Route I-64 Indiana
Sur la Interstate 64, en Indianna

Distractions

L’observation des panneaux publicitaires le long des routes m’a toujours fasciné. Je ne prétends pas en faire une étude formelle et systématique.

Ce qui surprend, c’est la variété des messages, et ce que ceux-ci nous révèlent sur la vie d’une communauté : les messages religieux côtoient ceux qui promeuvent la vente des armes, le recrutement militaire et la valorisation de ceux-ci succèdent à la vente d’assurances de toutes sortes, les messages politiques font concurrence aux annonces de restaurants et d’hébergement hôtelier. La juxtaposition de certains panneaux fait parfois sourire.

Route - Indiana I-64
L’autoroute I-64, en Indianna

Ce qui m’étonne aussi, c’est l’absence de panneaux publicitaires le long des grandes autoroutes du réseau des autoroutes « nationales » dans certaines états, comme le New York ou la Pennsylvanie, alors qu’on les essaime en grappes ailleurs, comme en Indiana et en Illinois. Il me semble néanmoins qu’il y a beaucoup moins de pollution commerciale qu’il y en avait il y a quelques décennies. L’attention des chauffeurs est dorénavant concentrée sur la signalisation routière. Chaque sortie d’une autoroute est préfacée de panneaux indiquant quels restaurants, hôtels ou stations d’essence s’y trouvent.

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Enfin, une halte routière…

Les plus belles haltes routières qui ponctuent les autoroutes ont été construites il y a longtemps, au cours des années 50, 60, 70.

Au Kentucky, quelques kilomètres après avoir traversé la rivière Ohio en provenance de Cincinnati, nous nous sommes arrêtés à une halte routière qui a été construite il y a plus d’un demi-siècle — un bel aménagement paysager accueille le voyageur de façon agréable. Nous y avons préparé un repas froid dans notre autocaravane et nous nous sommes attablés à l’extérieur sur une table de pique-nique, sous les arbres, à l’heure du midi.

Je me souviens d’une autre halte routière semblable, en Caroline du Sud, à la frontière avec la Géorgie, où nous nous étions arrêtés quelques instants, il y a deux ans, pour nous dégourdir un peu, et pour obtenir des renseignements touristiques. Il y avait du personnel qualifié qui accueillaient les visiteurs dans ce kiosque très bien aménagé.

Il y a de moins en moins de kiosques et de haltes routières semblables. Aujourd’hui, dans la plupart des haltes routières, autant dans la halte routière du Kentucky que je viens de vous décrire ou comme dans la belle halte-routière de l’Illinois ( photo ci-bas ) où nous avons fait une courte pause plus tôt cette semaine, ce sont des étalages de dépliants touristiques commerciaux et des machines distributrices de consommations qui attendent les voyageurs dans le vestibule qui mène aux toilettes des hommes et des femmes. Signe des temps : on n’a plus d’argent pour engager des agents de tourisme dans les haltes routières érigées il y a un demi-siècle.

Route I-64 Illinois - Rest Station
Halte routière – Autoroute I-64, en Illinois, à l’approche de Saint-Louis.

Jours 6 et 7 : Sur les routes…

Entre Détroit et Chicago

Après avoir quitté notre camping en banlieue ouest de Détroit, nous aurions pu atteindre Chicago au cours d’une seule journée. Nous avons choisi de le faire en deux jours.

C’est un voyage au long cours que nous effectuons. Des centaines, des milliers de kilomètres — quelques milliers de « miles », puisque nous sommes aux USA. À l’automne dernier, en France, nous nous sommes rendus compte, que pour ce genre de voyage, il est important de se rythmer. Il est facile de s’épuiser si on n’y porte pas attention. La fatigue peut ruiner le plaisir, atténuer les sens… On devient impatient, on n’écoute plus, on regarde mais on voit moins, on se ferme l’esprit.

C’est pour cette raison que nous éviterons, autant que cela est possible, d’additionner les milles au cours d’une même journée : trois heures de route, si nécessaire quatre… Exceptionnellement, et parce que nous n’aurons pas le choix, il y aura des journées où nous devrons accumuler cinq heures de route ou plus. Nous nous relayons derrière le volant et nous nous offrons le luxe de pauses fréquentes.


Le paysage du Michigan ressemble à celui de la province canadienne voisine, l’Ontario, que nous connaissons très bien. Mais les aires de repos installées le long de la I-94 sont très différentes de celles parsemées le long de la 401, de la frontière du Québec jusqu’à Windsor.

Les centres de services de l’Ontario sont commerciaux. Les aires de repos du Michigan n’offrent que les services essentiels : toilettes, machines distributrices, tables de pique-nique, présentoirs de dépliants touristiques publicitaires. Elles sont bien aménagées. C’est dans ce décor très agréable que nous avons diné, dehors, sur une table de pique-nique, à l’ombre, par une belle journée ensoleillée.

Aire de repos typique du Michigan

Ce qui étonne aussi en voguant sur l’autoroute I-94 au Michigan, c’est le nombre de carcasses d’animaux morts qu’on observe sur le bord de la route : des chevreuils (cerfs de Virginie) surtout, mais aussi des animaux plus petits. Quiconque a déjà vu un chevreuil traverser la route devant soi alors que la voiture file à 100 km/h, sera partagé entre l’admiration et la peur. On est impressionné par la beauté et l’agilité de l’animal. Mais on comprend vite à quel point une collision avec un chevreuil peut être dangereuse, voire fatale autant pour l’animal que pour les personnes qui se retrouvent dans le véhicule. En Illinois qu’on a dressé des affiches sur le long des routes, pour recommander la prudence à l’égard d’animaux comme les chevreuils. Étonnamment, nous avons observé beaucoup moins de cadavres d’animaux dans les autres états.

Nous avons quitté l’autoroute I-94 afin de faire le plein d’essence. C’est à ce moment que nous avons choisi de rouler vers le sud plutôt que vers l’ouest, sur des routes secondaires moins achalandées, à deux voies qui s’opposent, en direction de l’Indiana et de notre terrain de camping tout près de Grand Bend. Nous y sommes arrivés assez tôt en après-midi. Auparavant toutefois, nous nous sommes arrêtés sur le bord de la route, pour faire une petite épicerie.

Nous y avons demandé si nous pouvions payer avec un chèque de voyage d’American Express. La gérante du magasin nous a raconté qu’elle avait utilisé des chèques de voyage lorsqu’elle avait accompagné son mari en Europe à plusieurs occasions, alors que celui-ci travaillait toujours pour IBM. « But you know, these times are over now… », a-t-elle ajouté, d’un ton nostalgique, résigné… Nous n’avons pas cherché à connaître ce que signifiait cette remarque.

Le lendemain, un dimanche, nous avons repris la route… sans nous presser : de nouveau, une autoroute, la I-90 cette fois, jusqu’à Joliet, en banlieue ouest de Chicago. Juste avant de passer de l’Indiana à l’Illinois, nous nous sommes arrêtés dans une aire de repos : un centre de service où on a le choix de fréquenter plusieurs restaurants… pas de table de pique-nique. Nous mangeons dans notre autocaravane, à côté de camions beaucoup plus gros.

Encore une fois, nous arrivons tôt au camping. Nous y passerons quatre jours avant de reprendre la route. Il fait chaud, très chaud : le thermomètre oscille entre 30 et 36 C.

On se repose… le lendemain, nous entreprenons notre visite de la ville de Chicago.