Belle de Louisville

La Belle de Louisville : croisière sur la rivière Ohio, un soir de mai...
La Belle de Louisville : une croisière sur la rivière Ohio, un soir de mai…

Mardi 24 mai 2016

Au téléphone, on m’informe que le bateau à roue à aube Belle de Louisville n’accepte pas de réservation pour la croisière du mardi soir. Toutefois, nous pourrions réserver une place sur l’autre bateau, le Spirit of Jefferson, mais ce serait uniquement une place sur le pont supérieur, sans repas. Toutes les places sur les ponts inférieurs où on sert des repas sont déjà réservées.

Pourquoi pas… on s’arrangera pour prendre le repas avant le départ…

Bal de graduation sur la Belle de Louisville, en croisière sur la rivière Ohio, un soir de mai
Bal de graduation sur la Belle de Louisville, en croisière sur la rivière Ohio, un soir de mai

Sur place, on apprend que la Belle de Louisville part en croisière ce soir-là, mais que le bateau a été réservé par les étudiants d’une école secondaire locale, pour y tenir leur bal de graduation. Plus d’une centaine de jeunes sont rassemblés sur le quai, surtout des filles dont certaines sont accompagnées d’un garçon ; quelques adultes, leurs enseignants surement, quelques parents pour chaperonner probablement. Nous ne sommes pas malheureux de ne pas être à bord.

Nous apprenons aussi que le Spirit of Jefferson n’est pas un véritable bateau à roue à aube. Il n’en a que l’allure, l’apparence. Qu’importe, nous sommes très heureux de nous embarquer. Nous trouvons une place intéressante, à l’avant, devant le capitaine. La température est douce, frisant le 30 C, presque pas de vent : une belle soirée pour une croisière sur l’Ohio.

À la barre du Spirit of Jefferson, dans le sillage de Belle of Louisville, sur la rivière Ohio
À la barre du Spirit of Jefferson, dans le sillage de Belle of Louisville, sur la rivière Ohio

Avant même d’embarquer, en attendant le départ, on remarque qu’il y a beaucoup de circulation sur la rivière : des barges, certaines très longues et larges, qui remontent le courant. La vocation de la rivière a toujours été commerciale. Au cours d’une époque depuis longtemps révolue, il y avait beaucoup de bateaux à roue à aube, comme la Belle de Louisville, qui transportaient non seulement des passagers, mais aussi des marchandises. Le musée de l’histoire de Cincinnati présente une exposition comportant un modèle réduit de bateau à aube accosté au quai, baignant dans une « piscine », où des mannequins déchargent passagers et marchandises. La rivière fut longtemps la principale voie de transport entre les villes tout au long du 19è siècle.

Le vocation commerciale du transport maritime est toujours très importante sur la rivière Ohio
Le vocation commerciale du transport maritime est toujours très importante sur la rivière Ohio

J’ai compté quatre ponts qui traversent l’Ohio à Louisville : un vieux pont pour la circulation automobile, un tout nouveau plus large pour les mêmes fins, un pont réservé exclusivement au piétons et aux cyclistes et enfin, un pont pour le transport ferroviaire.

En passant sous le pont réservé aux piétons et aux cyclistes...
Au retour, en descendant le courant, au moment de passer sous le pont réservé aux piétons et aux cyclistes…

Le Spirit of Jefferson remonte la rivière calmement pendant un peu plus d’une heure, loin derrière la Belle de Louisville. On est avare de descriptions des lieux… on vogue lentement dans la douceur de la soirée. Puis, on retourne vers notre point de départ. Les gratte-ciel de Louisville se détachent peu à peu de l’horizon, derrière les ponts d’abord, puis on retourne au quai, aux dernières lueurs de la journée

Le centre-ville de Louisville, vu de la rivière, aux dernières lueurs de la journée
Le centre-ville de Louisville, vu de la rivière, aux dernières lueurs de la journée

Un voyage dans le temps

Imaginez : il y a environ mille ans, dans la région de Saint-Louis, une ville plus imposante et grande que Londres à la même époque !

On estime qu’environ 20 000 personnes habitaient cette ville, Cahokia, et que celle-ci était entourée de plusieurs agglomérations de moindre importance dans un rayon d’une centaine de kilomètres, à l’est du Mississippi, là où le Missouri coule dans le grand fleuve. Cette ville n’est pas imaginaire ; elle a bel et bien existé.

Depuis plus de trois cents ans, les Français d’abord, puis les Anglais et les Américains par la suite, ne cessent de s’interroger sur la présence de centaines, voire de milliers d’ouvrages en terre, dont certains sont de grande magnitude, disséminés sur l’ensemble des territoires de l’Ohio, de l’Indiana et de l’Illinois. Qui a érigé ces ouvrages ? Pour quelles fins ?

Serpent Mound, Ohio
Serpent Mound, près de Peebles, Ohio : les sinuosités du Serpent indiquent les temps de l’année astronomique — le rythme annuel des équinoxes et solstices, ainsi que des emplacement des levers et des couchers de la lune au cours des saisons…

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Les routes, de Pittsburgh à Saint-Louis…

… en passant par Cincinnati et Louisville, du 16 au 26 mai

Il y a une dizaine de jours, nous avons levé notre campement, quitté Pittsburgh, afin de poursuivre notre route vers l’Ouest. Deux mille kilomètres plus loin, nous sommes rendus aux portes de Saint-Louis.

Les plus futés de mes lecteurs, ceux qui connaissent leur géographie me corrigeront : la distance entre Pittsburgh et Saint-Louis est beaucoup moindre. C’est vrai… de moitié moindre. Une recherche sur Google vous donnera l’heure juste : ce trajet n’est que de 1 000 km environ, en filant sur l’autoroute I-70 ; de plus, il ne faudrait que neuf heures pour le compléter, sans s’offrir de pause, en contournant les grandes villes, et en respectant les limites de vitesse.

C’est que nous avons viraillé beaucoup en Ohio, afin de visiter une demi-douzaine de sites qui témoignent d’une présence plusieurs fois millénaires de l’humain sur les territoires de l’Ohio, de l’Indiana, et de l’Illinois. Cet itinéraire nous a menés à nous arrêter à Cincinnati et à Louisville en chemin — un grand détour.

Les divers récits de nos pérégrinations à travers ce vaste territoire entre les Appalaches et le fleuve Mississippi viendront plus tard. Pour l’instant, je poursuis ma description des routes.

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Toutes sortes de routes…

Le réseau des routes américaines est complexe. J’avoue que je m’y perds souvent, que je parviens difficilement à différencier entre les autoroutes du réseau des Interstate Highways, les autoroutes qu’on nomme les US Routes, ainsi que les State Routes ( routes des divers états de la fédération américaine, pas nécessairement des autoroutes, bien qu’elles soient souvent à quatre voies, avec ou sans séparation, en béton ou en gazon ), les routes de comté, et les routes locales, celles que l’auteur américain William Least-Heat Moon a célébrées dans son Blue Highways ( malheureusement, la référence est en anglais ).

Nous avons circulé sur toutes sortes de routes, surtout en Ohio… même sur les routes les plus secondaires, en terre, dans les replis les plus isolés de ce vieux territoire ( vieux tant sur le plan géologique que géographique ).

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En s’éloignant de Pittsburgh, la transition entre les montagnes des Appalaches et les prairies de l’Ohio m’est apparue plus longue que ce à quoi je m’attendais. On traverse d’abord rapidement une petite encoche géographique de la Virginie occidentale, coïncée entre la Pennsylvanie et l’Ohio. Chemin faisant, l’altimètre nous indique que nous descendons progressivement de quelques centaines de mètres jusqu’en Ohio.

Ohio I-70
L’autoroute I-70, sortie 160, en Ohio

Je ne m’attendais pas non plus de retrouver en Ohio une topographie aussi accidentée. L’exploration de sites témoignant d’une très ancienne occupation du territoire nous a emmenés à parcourir des régions peu fréquentées par les touristes, et encore moins à ce temps-ci de l’année.

Nous avons traversé de nombreuses petites villes, des villages, croisant occasionnellement des tracteurs dont les roues étaient presque aussi grandes que notre véhicule.

À plusieurs reprises, on nous a demandé ce qui nous avait incités à venir nous retrouver là, dans leur restaurant, à la banque, etc.

Les gens sont réservés d’un premier abord. Ils deviennent spontanément accueillants dès que nous leur expliquons ce qui nous attire chez eux et qu’ils saisissent que nous nous intéressons à eux… qu’on visite leur pays, et pas seulement les grandes villes. Beaucoup nous envient ; ils n’ont guère voyagé au-delà leur propre pays, au-delà de leur région ou des villes avoisinantes.

Route - Ohio - US Route 50 Bainbridge
Il faut ralentir, sur la US Route 50, en entrant dans le village de Bainbridge en Ohio
Bouffe - Carl's Townhouse Chillicothe OH Coin Walnut et 2e
Un arrêt pour bouffer : Carl’s Townhouse, au coin des rues Walnut et 2è, à Chillicothe, en Ohio. Une atmosphère sympathique… comme dans l’ancien temps, avant l’apparition des grandes chaînes de restauration. Celui-ci a conservé son allure des années 50 et 60.
Route - Ohio 41 Peebles
La State Road 41 coupe le village de Peebles en deux. L’ancien édifice de la mairie, qu’on contemple en attendant qu’on nous serve dans le restaurant, a connu de meilleurs jours.

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Ohio State Road 23 Sud
Ohio State Road 23, direction sud

Le réseau routier commence à montrer des signes d’usure. Il y a beaucoup de chantiers où on effectue des travaux d’entretien. Certaines des routes transcontinentales, comme la I-70 par endroit, sont dans un état pitoyable.

Route - Ohio Route 350
La Ohio Route 350 entre et sort plus loin, entre deux tumulus érigés il y a plusieurs centaines d’années, bien avant l’arrivée des Européens, à l’intérieur du site d’interprétation historique et archéologique de Fort Ancient.

Après avoir voyagé à travers plus de plus de deux millénaires et demi dans le temps, nous avons fait une halte de trois jours au siècle présent, à Cincinnati… un arrêt au Marché Findlay, deux fois centenaire ; une après-midi à la magnifique gare Union Terminal, un bijou d’architecture Art Déco ; une avant-midi parmi les papillons des Caraïbes qu’on relâche pendant quelques semaines dans une des serres du Conservatoire Krohn. Puis on traverse la rivière Ohio, pour nous diriger vers Louisville, Kentucky.

La région de l’est du Kentucky, entre Cincinnati et Louisville, se situe au pied des Appalaches. On se retrouve en zone montagneuse pendant quelques heures.

La rivière Ohio, et le Kentucky en arrière-plan, vue du promontoire de Forest Park, à Cincinnati
La rivière Ohio, et le Kentucky en arrière-plan, vue du promontoire de Lake Drive dans Eden Park, à Cincinnati
Route - Kentucky I-71
L’autoroute Interstate 71, au Kentucky.

Une halte de deux jours à Louisville — une visite du Frazier Museum of History et du Speed Art Museum, ainsi qu’une croisière en fin de journée, sur un vieux bateau à aube sur la rivière Ohio — avant de reprendre la route vers Saint-Louis.

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Route - Ohio 41

[ On constate une présence discrète, mais tout de même manifeste, de la secte des Amish un peu partout dans l’état de l’Ohio… La signalisation routière nous incite à porter une attention aux calèches dont ils se servent pour se déplacer. On observe aussi les affiches qui indiquent où ils vendent leurs produits. Ils est néanmoins difficile de reconnaître les maisons ou les fermes spécifiquement Amish. ]

Route I-64 Indiana
Sur la Interstate 64, en Indianna

Distractions

L’observation des panneaux publicitaires le long des routes m’a toujours fasciné. Je ne prétends pas en faire une étude formelle et systématique.

Ce qui surprend, c’est la variété des messages, et ce que ceux-ci nous révèlent sur la vie d’une communauté : les messages religieux côtoient ceux qui promeuvent la vente des armes, le recrutement militaire et la valorisation de ceux-ci succèdent à la vente d’assurances de toutes sortes, les messages politiques font concurrence aux annonces de restaurants et d’hébergement hôtelier. La juxtaposition de certains panneaux fait parfois sourire.

Route - Indiana I-64
L’autoroute I-64, en Indianna

Ce qui m’étonne aussi, c’est l’absence de panneaux publicitaires le long des grandes autoroutes du réseau des autoroutes « nationales » dans certaines états, comme le New York ou la Pennsylvanie, alors qu’on les essaime en grappes ailleurs, comme en Indiana et en Illinois. Il me semble néanmoins qu’il y a beaucoup moins de pollution commerciale qu’il y en avait il y a quelques décennies. L’attention des chauffeurs est dorénavant concentrée sur la signalisation routière. Chaque sortie d’une autoroute est préfacée de panneaux indiquant quels restaurants, hôtels ou stations d’essence s’y trouvent.

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Enfin, une halte routière…

Les plus belles haltes routières qui ponctuent les autoroutes ont été construites il y a longtemps, au cours des années 50, 60, 70.

Au Kentucky, quelques kilomètres après avoir traversé la rivière Ohio en provenance de Cincinnati, nous nous sommes arrêtés à une halte routière qui a été construite il y a plus d’un demi-siècle — un bel aménagement paysager accueille le voyageur de façon agréable. Nous y avons préparé un repas froid dans notre autocaravane et nous nous sommes attablés à l’extérieur sur une table de pique-nique, sous les arbres, à l’heure du midi.

Je me souviens d’une autre halte routière semblable, en Caroline du Sud, à la frontière avec la Géorgie, où nous nous étions arrêtés quelques instants, il y a deux ans, pour nous dégourdir un peu, et pour obtenir des renseignements touristiques. Il y avait du personnel qualifié qui accueillaient les visiteurs dans ce kiosque très bien aménagé.

Il y a de moins en moins de kiosques et de haltes routières semblables. Aujourd’hui, dans la plupart des haltes routières, autant dans la halte routière du Kentucky que je viens de vous décrire ou comme dans la belle halte-routière de l’Illinois ( photo ci-bas ) où nous avons fait une courte pause plus tôt cette semaine, ce sont des étalages de dépliants touristiques commerciaux et des machines distributrices de consommations qui attendent les voyageurs dans le vestibule qui mène aux toilettes des hommes et des femmes. Signe des temps : on n’a plus d’argent pour engager des agents de tourisme dans les haltes routières érigées il y a un demi-siècle.

Route I-64 Illinois - Rest Station
Halte routière – Autoroute I-64, en Illinois, à l’approche de Saint-Louis.