Conjuguer ses histoires… (1)

Racines familiales
Quatre générations – la continuité de la vie…

Un devoir de mémoire

Quelques années avant de mourir, ma mère m’avait donné plusieurs vieilles photos de famille. À l’occasion, au cours des années, elle m’avait raconté les histoires liées à certaines de ces photos. Malheureusement, je n’avais pas pris de notes lors de ces conversations. La mémoire ne retient en général que ce qu’on estime comme étant important dans l’immédiat. Les souvenirs se logent dans les replis du cerveau, puis la trace pour s’y retrouver se dissipe. C’est pour cette raison que je saisis toutes les occasions de sortir ces photos, et d’interroger les témoins toujours vivants qui pourraient me renseigner sur mes histoires.

Ainsi, il y a quelques semaines, je suis retourné à Ottawa, ma ville natale, pour accomplir des devoirs : des devoirs de famille, de reconnaissance, de mémoire.. pour lier le passé à l’avenir, pour retisser et reconjuguer mes histoires… pour les transmettre à ma petite-fille, pour qu’elle puisse à son tour, les retransmettre à ses petits-enfants… 

C’est une de mes tantes, une des sœurs de mon père, qui a levé le rideau sur une des fenêtres de mon passé. La photo ci-haut m’intriguait beaucoup. Je ne savais pas de quelle branche de ma famille il s’agissait : celle de ma mère ou celle de mon père. Tante Marie-Berthe m’a révélé que c’était la famille de mon père. Elle l’a étudiée longuement. Je l’observais attentivement. Elle reconnaissait ceux qui reprenaient vie dans son esprit : debout, de gauche à droite, son grand-père, Maxime Richer, sa mère, Florida Richer, et son frère, Roland ; assise, la mère de son grand-père – c’est-à-dire, son arrière grand-mère maternelle. Ma tante m’a confié que je possédais là un document précieux : quatre générations, remontant loin dans le temps.

J’ai cherché à en connaître plus sur la lignée paternelle…. par exemple, si mon grand-père avait hérité de la ferme de son père… et d’autres questions. Ma tante n’avait pas toutes les réponses, tout en ajoutant qu’elle aurait dû poser ces questions lorsque c’était encore temps.

Ces questions et réponses sont intéressantes. Mais on a tous tendance à se les poser lorsqu’il est trop tard, lorsqu’on devient plus vieux, lorsque la mémoire commence à se défiler progressivement, lorsqu’on se rend compte que des détails de notre propre vie commencent à nous échapper, que la lecture de ces détails devient plus difficile… non pas que notre vue s’affaiblisse, mais aussi que les négatifs et les vieilles épreuves photographiques s’affadissent avec le temps.

Ma tante m’a aussi remis un arbre généalogique de la famille, remontant jusqu’aux premiers ancêtres qui ont planté racine en terre d’Amérique. En recoupant ce qu’elle m’a révélé avec ce que l’arbre généalogique m’apprenait, j’ai calculé que cette photo devait avoir été prise à la fin des années 30, au cours de la Grande Dépression, juste avant la Deuxième Grande guerre mondiale. Ma grand-mère était toujours jeune alors… la mi-quarantaine. Mon père n’était alors qu’un adolescent. Tante Marie-Berthe ne savait pas où cette photo avait été prise. Elle estimait que ce ne pouvait être qu’à Hammond, Ontario, à la ferme familiale.

***

Au cours de ma visite à Ottawa, j’ai aussi rencontré une de mes sœurs. Elle m’a raconté qu’elle avait aussi fait des recherches récemment ; de façon générale, les renseignements qu’elle avait obtenus concordaient avec ceux dérivés de la généalogie. Entre autres, que notre ancêtre, Pierre Jamme, avait obtenu une terre dans la région de Pointe Claire / Dorval, dans l’ouest de l’île de Montréal. Mais ce qui m’a intrigué le plus, c’est que ma sœur aurait appris une histoire invraisemblable, à savoir que le destin aurait séparé le jeune couple de Pierre Jamme dit Carrière et Marie-Madeleine Barbary peu après leur mariage et qu’ils ne se seraient retrouvés qu’une décennie plus tard…

Ces rencontres m’ont beaucoup ému. J’avais obtenu assez de renseignements pour piquer ma curiosité.

Il y avait longtemps que je voulais retracer mes origines. On ne manque jamais de prétexte pour se justifier, pour s’expliquer : pourquoi on a choisi tel sentier plutôt qu’un autre au cours de sa vie ; pourquoi on n’a pas fait ce qu’on aurait désiré faire ou accomplir depuis toujours… Le manque de temps n’excuse rien ; je suis rendu à cet âge ou j’admets, tout simplement, que je n’ai pas pris le temps d’explorer mes histoires.

Depuis mon retour d’Ottawa, je me suis laissé aller, de temps en temps, à la dérive, à la recherche du temps perdu…

(À suivre… une histoire digne d’un grand écran)

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