Laisser couler le temps

On ne découvre pas, on n’apprivoise pas une ville en quelques jours, voire même en quelques semaines. Il en faut du temps pour s’immerger dans ces habitats que sont les villes et les villages que se sont construits les humains au cours des décennies, des siècles… faire connaissance, se livrer, tisser des réseaux… Quand on a si peu de temps, on ne peut qu’en effleurer la surface.

J’aime marcher dans une ville que je visite pour la première fois. Dans le cas de Santa Fe, j’ai bien conscience que ce sera probablement la première et la dernière fois. Je ne crois pas que j’y retournerai. C’est que je termine d’ici peu la septième décennie de mon existence, et qu’étant donné le temps qu’il me reste pour poursuivre mes découvertes du monde, je suis de moins en moins porté à retourner vers les lieux que j’ai déjà explorés.

Santa Fe - Café Librairie Collected Works
… parfois dans le café attenant à la libraire Collected Works…

C’est dans cet esprit que j’aurai pris beaucoup plaisir à laisser dérouler ce temps qui me semble passer de plus en plus en vite à mesure que je vieillis, en marchant dans Santa Fe… contemplant ces paysages urbains… et de ponctuer ces marches en me posant, parfois sur un banc dans le parc de la Plaza centrale de la ville, parfois dans le café attenant à la librairie Collected Works… savourant cet instant en tentant de ralentir son inexorable débit… sans illusion…

Ainsi, j’ai tenté de capter l’esprit des lieux, les esprits qui ont filé dans le quartier de la Gare de Santa Fe : le Railyard, comme les habitants l’appellent.

C’est un quartier qui se transforme, qui s’embourgeoise. On y tient marché, deux fois par semaine en été, le samedi et le mardi.

Autrefois, il y a une centaine d’années, c’étaient des bourgeois qui descendaient du train, venus d’un peu partout pour soigner leurs maux dans l’air réputé sain de la ville, à l’ombre des montagnes Sangre de Christo. Des écrivains et des artistes venaient s’y inspirer, des paysages telle Georgia O’Keefe, ou des lieux tel D.H. Lawrence, et combien d’autres. Quelques décennies plus tard, au cours de la Seconde Guerre mondiale, de nombreux scientifiques y débarquaient, incognito, en chemin vers Los Alamos, pour participer à la fabrication des premières bombes atomiques. Aujourd’hui, le train, le Rail Runner, fait la navette entre les villes environnantes… Albuquerque, plus au sud, Taos, un plus au nord. Tous ces esprits se sont dissipés, se dissipent toujours dans l’air du temps…

Santa Fe - RailyardSanta Fe - La GareSanta Fe - Le Rail RunnerSanta Fe - La gare 2

4 réflexions sur “Laisser couler le temps

  1. Votre texte m’émeut, comme cette ville que j’ai sillonnée, comme vous, un maigre 3 jours. J’y étais place du marché, avec les chanteurs de rue. Les mexicains venus vendre leur bijoux… Et j’ai tellement pensé à Georgia O’Keefe, qui m’a bouleversée dans mes années de jeunesse… Moi non plus je n’y retournerai pas. Alors vous y suivre (photos et plume) m’a fait grand plaisir. Merci

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