
couches incrustées
passé composé s’efface
trompe l’œil présent
( extrait de journal )

Elles sont resplendissantes à la fin de l’été… jusqu’à ce que les jours deviennent plus courts que la nuit. Alors, les fleurs du lotus d’Orient se défraichissent, se fanent ; leurs belles grandes feuilles se froissent, se détachent, pourrissent dans l’eau, et leurs tiges fléchissent.
L’automne passe et l’hiver suit ; un frimas couvre le Lac de rêve, puis la glace enrobe les fruits des lotus ; une couverture de neige se dépose sur le Jardin de Chine, qui s’endort pendant de longs mois.
Le printemps revient, progressivement, découvre le Lac de rêve et révèle les fruits des lotus de l’année précédente.
Le Jardin de Chine reprend vie.




Heureux d’un printemps qui m’chauffe la couenne
Triste d’avoir encore une fois manqué un hiver
J’peux pas faire autrement ça m’fait d’la peine
On vit rien qu’au printemps l’printemps dure pas longtemps
Paul Piché, Heureux d’un printemps

…
… d’un regard absent, en filant à toute vitesse sur le bord de l’autoroute, rien de significatif, rien de particulier à voir, des couleurs ternes de début de printemps, des roseaux asséchés, des jeunes vinaigriers qui envahissent l’espace, des arbres spectateurs en fond de scène,
un regard absent, une image saisie à la volée, sans prétention, sans vouloir dire quoi que ce soit, tout simplement pour le plaisir, pour la contemplation de la suite du monde…
toutefois, en y pensant un peu plus, comme ça, au cours d’un après-midi printanier… un projet de somnambule… un jour, à venir… peut-être… traduire l’image en forme de dessin…
…

Il y a trois ans, j’ai quitté la région de la capitale fédérale, où je suis né et où j’ai vécu presque toute ma vie adulte. Au début de la retraite, j’ai déménagé mes pénates à Montréal. J’ai quitté une région que je connaissais très bien, à tous points de vue, pour me lancer à l’aventure dans un univers qui, bien qu’il ne m’était pas étranger, n’en demeurait pas moins très différent.
J’ai choisi de m’installer dans l’est de la ville, dans l’arrondissement de Rosemont — Petite-Patrie. Je cherchais un milieu au sein duquel je me sentirais chez-moi. Je ne me suis pas trompé.
Néanmoins, c’est tout un défi que d’adopter une nouvelle ville, surtout une ville aussi diversifiée et complexe que Montréal ; une ville qui évolue rapidement.

Chaque année, de la fin février jusqu’à la fin avril, le Jardin botanique de Montréal libère des centaines de papillons, d’une grande variété d’espèces, dans sa Grande serre. Cette année, les organisateurs de cette exposition très attendue nous proposent de porter notre attention sur les couleurs des papillons.
Il y a deux jours, les Amis du Jardin ont présenté un atelier d’une soirée en lien avec cette exposition. Cet atelier a permis aux curieux de mieux connaître ces merveilleuses petites bibites volantes, si attachantes, et si précaires.
La soirée a débuté avec une présentation d’une naturaliste de l’Insectarium, qui nous a expliqué d’où vient la palette des couleurs de ces papillons, qui nous ravissent et nous égaient. Ensuite, on a offert à la vingtaine de participants qui s’étaient inscrits à cet atelier le privilège d’aller les admirer dans la Grande serre, après l’heure de fermeture du Jardin, en début de soirée. La naturaliste nous a accompagné tout au long de la visite, pour répondre à nos questions et attirer notre attention sur des aspects qui échappent aux non-spécialistes que nous sommes.


le temps d’un clin d’oeil
l’ondée tache l’horizon
ombre passagère

D’ici quelques jours, la sève commencera à monter dans les érables.
Selon l’humeur des jours, la neige déjà humide s’évaporera au soleil, ou fondra avec la pluie, pénétrera dans la terre, coulera dans les ruisseaux, remplira les rivières…
Les ours se réveilleront ; les pic-bois tambourineront goulûment sur les arbres infectés d’insectes ; quelques semaines plus tard, les bernaches nous signaleront qu’elles reviennent de leur long séjour aux États du sud.
Le froid intense de l’hiver qui s’essouffle progressivement s’inscrit déjà dans les archives de nos mémoires.
La vie renait de la désintégration inhérente au brassage éternel de la matière.

à suivre…