Le Greenfield Village, Dearborn Michigan

Le lunch au Eagle Tavern

2 juin 2011 : Jour 4

Lorsque nous nous sommes inscrits au camping Detroit Greenfield RV Park en banlieue de Détroit, j’ai demandé aux deux personnes à l’accueil si la visite du complexe Henry Ford en valait la peine. Elles ont esquissé un grand sourire, celui des personnes qui connaissent un secret qu’elles veulent bien partager. Elles m’ont assuré que oui, mais qu’il nous faudrait prévoir d’y passer beaucoup plus qu’une journée pour tout voir.

Visiter le Greenfield Village, c’est faire un voyage dans le temps. On retourne à l’époque où Thomas Edison et Henry Ford inventaient respectivement l’ampoule électrique et l’automobile, tandis que les frères Wright devenaient les premiers à s’envoler dans le ciel et que Noah Webster rédigeait un nouveau dictionnaire de la langue américaine.

Noah Webster est présenté comme étant le maître d’école de la nation. Est-ce qu’on respecte toujours autant aujourd’hui les maîtres et maîtresses d’école de la nation comme le faisaient les générations qui nous ont précédés.

C’était une période magique pour une nation encore jeune, qui venait de sortir de l’épreuve traumatisante d’une guerre civile, qui croyait dans sa destinée; c’était une société qui se voulait ouverte et accueillante, qui s’épanouissait : tout était possible… un modèle pour le reste de l’humanité. On croyait à l’Amérique, à ses espaces immenses, ses richesses, son potentiel…

Il y a, bien entendu, deux côtés à toute médaille. C’est probablement une tout autre histoire, un tout autre point de vue que les descendants des premiers habitants du continent nous raconteront de cette même époque lorsque nous traverserons les grandes plaines dans quelques semaines.

***

Henry Ford est devenu très riche en inventant le processus continu de fabrication des automobiles. Au cours des années 20, il décide de financer non seulement la construction d’un musée, mais aussi la reconstitution d’un village typique des États Unis de la fin du 19e siècle. Il fait démonter et reconstituer le laboratoire de son ami Thomas Edison, ainsi que d’autres édifices typiques de cette époque : le magasin général, les ateliers de mécanique générale, une ferme, etc. Le complexe Henry Ford est une institution d’éducation populaire; toute personne curieuse de mieux connaître une version de l’histoire et de la société américaine d’il y a une centaine d’années y apprendra bien des choses.

La « Sarah Jordan Boarding House » est un des premiers établissements à avoir bénéficié de l’éclairage électrique. Plusieurs ouvriers célibataires qui travaillaient dans les laboratoires de Thomas Edison y logeaient et s’y amusaient dans leurs heures libres.

C’est étonnant de constater à quel point on prend pour acquis plusieurs de ces inventions qui ont été élaborées, expérimentées et mises en œuvre à grande échelle à cette époque.

Reconstitution de la centrale électrique expérimentale de Thomas Edison. Il fallait générer beaucoup de pouvoir pour illuminer une ville artificiellement la nuit.

Il est intéressant de se promener ainsi, pendant toute une journée, et de jaser avec les « guides ». C’est là qu’on découvre un autre visage de l’Amérique : celui de l’Amérique d’aujourd’hui. L’observateur qui écoute et observe attentivement pourrait soupçonner qu’il y a des fissures sous la façade. De tous petits détails sont révélateurs.

Un grand nombre de ces « guides/présentateurs » sont des personnes assez âgées. C’est bien et c’est là un grand avantage d’avoir des personnes qui ont connu une autre époque pour parler aux plus jeunes en connaissance de cause de certains aspects de la société d’il y a un siècle. Par contre, certains commentaires de ces guides, glissés au sein d’une conversation nous suggèrent un autre portrait de l’ambiance qui règne au sein de l’Amérique d’aujourd’hui.

Certains apprécient d’avoir un emploi à temps partiel, pour une partie de l’année : « Cela me tient occupé », de dire un tel. Celui-là connaît très bien l’édifice où il « travaille », ainsi que la fonction qui y est attachée. Il a plaisir à expliquer comment fonctionnait tel appareil, quelle était son importance. L’autre, dans la bâtisse d’à côté, est mal à l’aise lorsque nous lui demandons des questions trop précises. Tel autre déplore le fait que les guides ont un horaire et qu’ils ne sont pas assignés à une tâche particulière; ils doivent apprendre plusieurs routines. La rotation les importune. Un dernier se sent obligé de justifier son comportement devant un superviseur.

Lorsque nous exprimons l’avis, d’un ton léger, que ce doit être un plaisir de conduire une vieille voiture Ford d’époque, le guide répond poliment, sans le dire expressément, que « c’est un emploi, pas très bien rémunéré ».

Combien de ces gens, dont certains étaient des professionnels à une époque récente, travaillent plus par obligation que par intérêt? On devine que la crise économique se profile en arrière-plan.

On est loin de l’atmosphère qui régnait dans ce même pays il y a cent ans.

3 réflexions sur “Le Greenfield Village, Dearborn Michigan

    1. Deux « faits », d’autres diraient des « impressions », m’avaient étonné dès que j’ai traversé les frontières américaines au début du mois de juin 2011 : d’une part, l’obésité de la population américaines, qui était visible, et l’humeur maussade des Américains. Ils ne s’étaient toujours pas relevés de la crise de 2008 ; la frustration était larvée, mais très présente ; toutefois, elle ne parvenait pas à s’exprimer contre l’administration Obama, qui était protégée par les médias, contre les militants du Tea Party entre autres. Quelques mois plus tard, à mon retour de voyage, l’indignation s’est exprimée dans le mouvement Occupy Wall Street, qui n’a pas fait long feu, et qui a été étouffée assez rapidement, violemment dans certaines villes.
      J’ai fait état dans certains articles du climat social que j’ai perçu, à l’époque. L’Américain était dépressif, décontenancé. Il ne l’était pas moins l’été et l’automne derniers, et je n’ai pas été surpris du résultat électoral. Le plus inquiétant, c’est que je ne crois pas que la situation serait meilleure si Clinton avait gagné, de justesse. On assisterait à un autre mouvement de protestation, de ressentiment et de résistance, tout aussi violent, mais dans la rue, pas les médias, qui sont effectivement biaisés parce qu’ils font partie de l’establishment politico-financier-militaire qui se sent menacé par l’administration présente.
      Les temps sont chaotiques… Si les observateurs politiques étaient honnêtes, ils s’inquiéteraient de ce qui arriverait si on réussissait à destituer le président. Quel que soit le cours des événements, ce n’est pas encourageant.

      Merci pour la neige… je la souhaitais… beaucoup… tant de sérénité dans un monde qui en manque…

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      1. Merci, Fernan. Vos propos trouvent une résonance en moi.

        En attendant, j’arrive de dehors, de dessous cette belle neige qui est tombée sans relâche, doucement, tout l’après-midi. C’était magique sur la patinoire du parc Molson… J’imagine que vous êtes sorti en profiter comme moi.

        Et là, maintenant que le soir est tombé, tout est si blanc dehors. Ça changera vite de couleur… la frénésie du lundi matin y verra. À moins qu’il ne reneige…

        Encore une fois, je vous souhaite une toute belle semaine. Blanche et sereine à souhait.

        Aimé par 1 personne

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