La fleur de lys sur son sac de dos…

Le Moyen-Orient bouillonne depuis quelques semaines.

Je pense souvent à ce jeune homme que nous avions croisé l’automne dernier, à la sortie du camping de Bordeaux-Lac, à l’arrêt de la ligne d’autobus qui nous amenait au terminus de la ligne de tramway.

Nous jasions de choses et d’autres, ma compagne en moi. Il avait reconnu notre accent. Nous avions entamé une conversation. Deux matins consécutifs. Le temps de nous rendre au centre-ville de Bordeaux.

Ce jeune Montréalais était en train de faire le tour du monde. Comme beaucoup de jeunes gens de son âge, il était à la recherche de soi-même. Je sais ce qu’il en est. J’ai fait un périple semblable, il y a longtemps. Mais ça, il n’avait pas besoin de le savoir.

C’était la première fois qu’il quittait son pays natal. Il avait fait un ou deux voyages en Ontario, dont un à Toronto, avec un groupe scolaire. Il avait visité quelques régions du Québec. Il avait accompagné ses parents lors de voyages de vacances. Bref, il n’avait pas beaucoup voyagé.

Il avait quitté l’île de Montréal quelques mois plus tôt, à la fin de l’année scolaire. Il avait traversé une bonne partie de l’Europe, du Nord vers le Sud, par étapes. Il était dans la région de Bordeaux pour les vendanges… pour gagner quelques euros, pour faire durer le voyage. Il avait l’intention d’aller rejoindre des jeunes de son âge qu’il avait rencontrés quelques semaines plus tôt, et qui l’avaient invité à les visiter chez eux, en Algérie et en Tunisie. De là, il reviendrait en Europe, en passant par Malte, vers l’Italie, où il avait l’intention de passer l’hiver. La famille de son père, qui est Italien d’origine, l’y attendait.

Plus tard, il reprendrait la route, vers l’Ouest, en Asie, afin de retourner au Canada par Vancouver.

Il avouait n’avoir jamais visité l’Ouest canadien. Je lui avais fait remarquer que c’était un bien long détour pour visiter son pays.

Le deuxième matin, il avait toutes ses possessions sur le dos.

J’ai remarqué qu’il avait cousu un drapeau québécois sur son sac de dos. Je l’ai porté à son attention, sans lui demander de justification. Le regard hésitant, il ne savait trop comment répondre. Constatant son état d’esprit, j’ai esquissé un léger sourire et je lui ai expliqué que « dans mon temps », il y a une quarantaine d’années, beaucoup de jeunes Américains arboraient un drapeau canadien plutôt qu’un drapeau américain lorsqu’ils traversaient l’Europe. Et j’ajoutai que, étant donné le positionnement politique du gouvernement canadien depuis quelques années, il ne serait pas tout à fait indiqué d’afficher un drapeau canadien si on avait l’intention de traverser certaines régions du monde, notamment l’Afrique du Nord. Je comprendrais même que beaucoup de ses compatriotes canadiens anglophones puissent songer à l’imiter.

Sa réponse a été, un instant, silencieuse, puis il a sourit.

Ce n’est pas le jeune homme dont il est question dans le texte ci-dessus. Mais c’est à cet endroit que nous nous sommes quittés pour poursuivre nos chemins respectifs.

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