Panne sèche

Les neurones fonctionnaient en mode ralenti ce matin-là, il y a quelques semaines, lorsque je suis parti, tôt le matin, pour me rendre à ma session hebdomadaire de tai chi taoïste.

Le regard absent...
Le regard absent devant la fenêtre…


L’air est moins froid que les jours précédents, mais toujours glacial.

J’aperçois au loin l’autobus passer. Je le rate. Je me résigne donc à marcher, comme un automate, chaque pas programmé, pour tourner à gauche à tel coin de rue, puis à droite jusqu’à la prochaine intersection, et encore à gauche un peu plus loin, jusqu’à la petite ruelle qui mène à l’entrée de la station de métro.

Dans le métro, j’enlève ma tuque, qui révèle ma tête blanche… une jeune femme m’offre son siège ; j’accepte en la remerciant chaleureusement…

J’observe l’animation d’un regard distrait, sans réfléchir : les passagers qui embarquent à chaque station ; les uns lisent le journal, d’autres un livre, ou une revue ; un étudiant révise des notes de cours ; certains sont rivés sur l’écran de leur téléphone, concentrés sur leur jeu tout en écoutant un air de musique ; d’aucuns sont retournés dans un état de demi-sommeil, les yeux fermés, l’oreille tout de même alerte, attentive à la voix féminine qui annonce les arrivées et départs de chaque station ; un jeune couple embarque, se positionne l’un devant l’autre, les mains baladeuses mais néanmoins discrètes, serré l’un contre l’autre, les yeux dans les yeux, le regard tendre et lumineux, indifférent à la majorité des autres passagers, qui sont enfermés dans leur bulle personnelle, le regard absent, intérieur.

Arrivé à la jonction des lignes verte et orange, le wagon se vide ; d’autres passagers attendent pour prendre les places qui se libèrent. C’est l’habitude qui gouverne mes pas lorsque vient le moment de transférer d’une ligne à l’autre.

Quelques minutes plus tard, alors que l’escalier roulant me transporte vers la sortie du métro, une meute jacassante d’écoliers, une véritable chute de tuques et de foulards multicolores cascade dans l’escalier en sens inverse, accélérant le flux du temps, pendant quelques secondes.

Je fais une escale au café avant de me rendre au local de tai chi. J’y ouvre mon journal pour noter les réflexions qui traînent dans mon cerveau.

Ordinairement, l’exercice d’écriture me permet de mettre de l’ordre dans mes réflexions : révéler ce qui n’est pas clair, ce qui mérite plus de recherche ; affiner la cohérence, reconnaître et écarter des éléments qui, quoique intéressants, ne sont pas pertinents… somme toute, mouler la pensée.

Je ne mène pas toujours mes projets d’écriture à terme ; parfois à raison, parfois sans raison, souvent parce que je les suspends, ne parvenant pas à les compléter. On croit mijoter une idée intéressante, originale ; on commence à rédiger, à exploiter le filon, puis on se rend compte, en glissant la plume sur le papier, ou en tapotant le clavier, que le filon n’est pas aussi riche, ni aussi pur qu’on le croyait ; ou encore, qu’il faudrait travailler un peu plus, pour le raffiner…

… tout ceci pour reconnaître que ce matin-là, le regard s’est figé devant la fenêtre, à contempler le temps qui passait, et que je me suis retrouvé sur des circuits neuronaux en boucles fermées, sans issue.

2 réflexions sur “Panne sèche

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