En territoire Lakota

Sur les traces de nos ancêtres « canadiens »…

Jour 21, le 19 juin 2011 — Une visite au Musée Atka-Lakota de Chamberlain, Dakota du sud

 

Le dimanche, 19 juin 2011

Il faisait très beau le matin, le lendemain de notre traversée du sud au nord du Nebraska.

Nous prenons notre temps pour quitter le camping. Le musée que nous allons visiter n’ouvre qu’à dix heures. Dimanche matin, la petite ville de Chamberlain, située à l’est de la rivière Missouri au Dakota du sud, est toujours endormie lorsque nous la traversons.

Nous sommes les premiers à entrer dans le musée Atka-Lakota de la culture des Lakotas, qu’on appelle communément les Sioux. On nous demande de signer nos noms dans le livre d’accueil des visiteurs et d’indiquer d’où nous venons.

Constatant que nous venons de Montréal, la dame qui nous accueille nous demande si nous sommes Canadiens et si la langue que nous parlons entre nous, ma conjointe et moi-même, est le français ; elle est curieuse, est-ce notre langue maternelle ? Elle enchaîne en nous disant : « Vous savez, vos ancêtres les Canadiens ( d’origine française ) ont laissé de très bons souvenirs sur nos terres. Ils sont venus chez-nous pour commercer avec nous et non pas pour saisir notre territoire, comme les Américains l’ont fait. »

C’est sur cette marque touchante de bienvenue que je me dirige, quelques minutes plus tard, vers la première des deux sections du musée. On y présente comment les Lakotas perçoivent le monde ; on évoque leurs récits de sa création, et leurs conceptions de la vie et de la mort ; on décrit leurs relations avec le territoire, ainsi que les esprits et les animaux qui l’habitent. On y explique comment ils organisaient leurs communautés. On y exhibe des objets qui illustrent comment ils chassaient, surtout le bison, et comment ils s’en servaient pour se nourrir, se vêtir, s’abriter, avant l’arrivée des Européens. Cette section du musée baigne dans la lumière ; tout y est clair et serein.

Le passage dans l’autre section est brusque, voire brutal. Tout y devient sombre. Le monde si harmonieux qu’on quitte se transforme en enfer : la violence de l’invasion américaine ; les guerres et les traités que les Américains n’ont pas respectés ; les batailles et les massacres ; la dépossession, l’acculturation, les mesures ethnocidaires. Et aussi, en contrepartie, on raconte les faits d’arme des héros de la résistance — Red Cloud, Sitting Bull, Crazy Horse — et on témoigne de la renaissance de leur culture.

Ce musée un des rares musées qui présente l’histoire, les traditions et la culture des peuples autochtones selon leur point de vue, sans ambages, sans chercher à le grimer, l’estomper, pour en atténuer l’intensité de l’inconfort qu’il peut provoquer.

À la boutique, tout en admirant des œuvres d’artisans, j’en profite pour me renseigner davantage sur le présent : on me conseille sur l’achat de livres, tant de fiction que d’essais, ainsi que sur des enregistrements musicaux sur disque compact — Dorothy M. Johnson, Buffalo Woman ; Sherman Alexie, Reservation Blues ; Wallela ; Robbie Robertson, parmi d’autres.

 

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La petite ville de Chamberlain, au Dakota du sud, sur la rive gauche de la rivière Missouri — vue de la halte routière en bordure de l’autoroute Interstate 90

En sortant du musée, nous constatons que le ciel s’était couvert de nuages. La pluie était dans l’air.

Nous nous rendons à l’halte routière en bordure de l’autoroute, pour y diner. On y trouve un centre d’interprétation, qui commémore un épisode marquant de l’histoire de la région. Surplombant la Missouri qui coule au pied de l’escarpement qui domine la plaine au-delà, on y souligne le passage, deux siècles plus tôt, de l’expédition de Lewis et Clarke.

Dans le cade de mes recherches avant de prendre la route vers l’ouest, j’avais lu America, le livre de l’historien Denis Vaugeois qui traitait de cette expédition. Vaugeois avait souligné que cette expédition avait remonter la Missouri sur une distance d’environ mille kilomètres sans rencontrer un seul autochtone. À l’inverse, l’expédition avait été surveillée par les autochtones tout au long de cette route. Lewis et Clarke avaient été guidés par des coureurs de bois canadiens, qui connaissaient très bien ce pays. Pourtant, le centre d’interprétation historique occultait cet aspect du récit de cette expédition.
Au début de l’après-midi, nous retournons sur l’autoroute transcontinentale, la Interstate 90 ; nous traversons la Missouri et nous pénétrons en territoire Lakota.

 

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C’est cette expérience de notre visite au centre culturel Atka Lakota qui a ravivé mon intérêt pour l’histoire de nos ancêtres, l’épopée des Français et de leurs descendants, les premiers Canadiens, qui ont exploré tout ce territoire et qui l’ont apprivoisé au contact des peuples qui l’habitaient avant leur arrivée.

Nos ancêtres canadiens ont laissé leurs traces partout en Amérique du nord. Ces traces y sont toujours présentes, si ce n’est qu’en lisant les signatures sur les œuvres d’artistes autochtones contemporains, ou encore les patronymes sur les plaques qui témoignent des victimes d’accidents sur le bord de certaines routes locales dans les réserves qui parsèment l’état du Dakota du sud – Amiotte, Cournoyer, Decoteau, Mousseau, Peltier, Roubedaux… Les noms de villes, de rivières, de lacs, parsèment tout l’ouest américain, de Détroit jusqu’à Seattle.

Enfin, cette expérience m’a surtout révélé d’une façon plus concrète, la résilience des communautés amérindiennes, qui persistent à cultiver et affirmer leur différence au monde, malgré l’oppression qui les écrase encore aujourd’hui. Ma visite des galeries d’art autochtone aux musées de Détroit, le Detroit Institute of the Arts, et celui de Omaha, le Joslyn, au cours des jours précédents, m’avaient servi d’introduction aux culture autochtones des grandes Plaines de l’Ouest américain. Mais ces musées présentent une version externe des cultures autochtones nord-américaines. La visite de ce musée nous plonge dans un univers beaucoup plus authentique et complet.

 

 

Une réflexion sur “En territoire Lakota

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