La vie est un passage …

journal, 15 février 2010


ce court sillage que nous traçons, chacun de nous, sur la surface de la terre.  Certains d’entre nous laisseront des traces plus tangibles de leur passage dans notre infime repli de l’univers.  Peu d’entre nous laisseront des marques durables.

Contrairement à toutes les autres espèces vivantes, l’humanité est probablement la seule qui puisse s’imaginer autre que ce qu’elle est.  Nous nous sommes inventés des constellations de héros, de chimères, d’anges et de déesses, qui témoignent de cette orgueilleuse aspiration que nous portons en nous, sinon à l’éternité, du moins à l’immortalité.

Les marques indélébiles que la Vie, sous toutes ses formes et à travers toutes les époques, a laissées sur la surface de la terre, devraient pourtant nous porter à plus d’humilité.  Des accidents astronomiques ou géologiques ont bien souvent failli en éliminer l’existence même, à plusieurs occasions depuis son apparition, en apparence miraculeuse, il y a environ trois milliards d’années et quelques secondes de plus.  Il n’est pas dit qu’un sort semblable ne soit pas réservé à l’espèce humaine, tout comme aux dinosaures il y a peu, si peu, quelque 60 millions d’années.

Il faut toutefois le reconnaître : c’est cette prétention à l’immortalité qui nous propulse aujourd’hui jusqu’aux confins de notre système solaire.  Et c’est cette volonté de dépassement qui nous incite à témoigner de notre présence dans l’univers, à dessiner des motifs sur des cavernes, à construire des pyramides, et à lancer des messages comme des cailloux sur la surface de notre galaxie.

C’est cette même prétention qui m’incite à évoquer le sillage que je trace dans l’univers sur les murs virtuels du réseau que l’humanité est en train de se créer depuis un peu plus d’une décennie…

Vertiges …

un matin… je me réveille plus tôt que d’habitude, avec le souvenir très présent du rêve obsédant qui a traversé la frange entre l’inconscient et la conscience.

Je passais d’une pièce à une autre via des escaliers, en compagnie d’étrangers, dont le nombre diminuait progressivement ; toutes les pièces étaient semblables — des murs métalliques, couleur rouille, pas de fenêtre, une porte qui ne servait qu’à entrer et une autre pour la sortie, certaines ouvertes sur d’autres pièces, un étage plus bas, ou plus haut, selon le point de vue, certaines pièces déjà « habitées » de la présence d’autres, aucun meuble, nulle part.

L’atmosphère n’était pas lugubre, ni enjouée pour autant, tout simplement neutre.


En me réveillant, j’ai été saisi de la sensation, de la conviction, … la vie n’a aucun sens, n’a pas de sens : elle est, l’existence est atéléologique.

La structure même de l’univers, l’ensemble des codes qui régissent son fonctionnement, est « vie ».

Il ne suffit que la combinaison des éléments, des diverses formes d’énergie et de matière, lui soit favorable, pour que la vie s’exprime.


L’humain devra apprendre à maîtriser sa conscience ; la conscience de soi, qui n’est que le perfectionnement, l’expression de la conscience de soi de l’univers.

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La terre, dont je fais partie, est vivante. Je ne suis qu’un microbe, une bactérie, parmi d’autres milliards d’être pensants, qui passent dans la noosphère.

Le nombre infini d’êtres vivants qui me peuplent, tout comme l’espèce humaine peuple la terre, parmi tant d’autres espèces vivantes, passées et présentes et à venir… m’effraie. Une grande cacophonie, un bruissement, un bourdonnement incessant, continu…

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On nous dit qu’il y a quelques milliards d’années, des êtres « primitifs », vivant dans une atmosphère dépourvue d’oxygène, ont, sur des millions d’années, pollué leur environnement en dégageant tellement d’oxygène qu’ils se sont étouffés eux-mêmes.

Aujourd’hui, l’espèce humaine crée sa propre marque sur l’évolution de son habitat : l’anthropocène. Nous modifions notre environnement. Importe-t-il que nous le fassions consciemment ou non, collectivement ou non ?

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Je suis convaincu qu’il n’était pas inscrit dans un programme « divin » que la noosphère surgirait, qu’elle prendrait conscience d’elle-même, qu’elle s’éclaterait, comme un volcan, dans un babillage cacophonique… comme une digue qui ne peut plus retenir un volume inimaginable de paroles — d’émotions, d’arguments, de pensées… chaque goutte insignifiante et vaine ; un flot incessant et narcissique ; une masse virevoltante, infinie…

La cacophonie éternelle de ce tourbillonnement sidéral de la vie me donne le vertige…

Je vois ces effroyables espaces de l’univers qui m’enferment, et je me trouve attaché à un coin de cette vaste étendue, sans que je sache pourquoi je suis plutôt placé en ce lieu qu’en un autre, ni pourquoi ce peu de temps qui m’est donné à vivre m’est assigné à ce point plutôt qu’à un autre de toute l’éternité qui m’a précédé et de toute celle qui me suit. Je ne vois que des infinités de toutes parts, qui m’enferment comme un atome et comme un ombre qui ne dure qu’un instant sans retour. Tout ce que je connais est que je dois mourir ; mais ce que j’ignore le plus est cette mort même que je ne saurais éviter… le silence infini de ces espaces infinis m’effraie…

Blaise Pascal, Pensées

Il vente sur le marais