Je suis scribe…

Je suis scribe, fils d’un scribe.

Rien ne me prédestinait à cet état professionnel.

Mon père, certes, a été « scribe », c’est-à-dire, commis, fonctionnaire au service de l’état — j’ai hérité de l’ensemble de stylo-plume et de crayon mécanique qu’on lui avait remis, en témoignage de reconnaissance, au moment où il a quitté une des unités où il a travaillé.

Mes grands-pères toutefois, ainsi que tous mes ancêtres avant eux, tant du côté paternel que maternel, ont été des cultivateurs.

Je ne sais pas d’où me vient cette passion de lire et d’écrire.

Je me souviens qu’enfant, avant même qu’on m’inscrive au jardin d’enfance, allongé sur le ventre à terre au centre du salon, je m’appliquais à tenter de percer les secrets de ces longues colonnes de signes sur le journal. Je voulais apprendre à lire.

À l’école, j’ai aimé manier le porte-plume qu’on trempait dans l’encrier, tracer de longues gammes de lettres sur des lignes dans un cahier d’écolier. De grandes, de grosses lettres… aussi belles et parfaites que le bras et la main d’un enfant pouvaient le faire. Bien entendu, je me tachais les mains d’encre et je tachais parfois, souvent, la page blanche du cahier de pratique … Il fallait bien casser les œufs pour faire une omelette, n’est-ce pas?

Un demi-siècle plus tard, après avoir entretemps appris à maîtriser l’écriture numérisée, j’ai renoué avec ce plaisir d’écrire à la main. J’ai commencé à consacrer pl us d’attention à mes outils d’écriture, aux instruments que j’ai utilisés pour écrire – porte-plume, stylo-plume, stylobille, crayon, crayon mécanique, crayon-feutre, craie, machine-à-écrire…

Peu avant de prendre ma retraite, j’ai fait restaurer ma vieille plume, celle qui m’avait si bien servi pour rédiger mes travaux au propre tout au long de mes études secondaires, collégiales et universitaires, et que j’avais négligée depuis des années.

Aussi, de fil en aiguille, porté par la curiosité, je me suis intéressé à l’histoire de ces instruments. Je me suis mis à explorer un territoire dont je reconnaissais les coordonnées, mais dont je me suis rendu compte que je ne le connaissais pas. J’ai découvert un nouvel univers, celui de la merveilleuse histoire de l’outil des civilisations, l’écriture, une des plus belles inventions de l’humanité.

Souvent, tout au long de ce voyage dans les siècles et les millénaires, je suspendais mes lectures, pour reculer un peu, me repérer, réfléchir, et parfois, je me laissais aller, à imaginer le quotidien de tous ces scribes qui m’ont précédé : le gestionnaire de projet que j’avais été admirait les comptables sumériens qui inscrivaient sur des tablettes d’argile les inventaires et les comptes des premiers empires ; l’élève curieux que j’avais été épiait les enfants, qu’on formait à devenir les scribes des pharaons, en train d’apprendre à dessiner des hiéroglyphes sur du papyrus ; j’écoutais Suétone raconter comment Néron composait ses poèmes avec un stylet sur une tablette de cire ; je priais avec les moines médiévaux, pliés sur leur écritoire à copier la parole de Dieu, sur du parchemin, sous la dictée d’un lecteur dans un scriptorium froid et humide ; j’accompagnais les grands explorateurs français Samuel de Champlain, Louis Jolliet et Jacques Marquette, en canot sur les rivières et les lacs d’un Nouveau monde, notant leurs observations et dessinant des cartes sur du papier, plumes d’oiseaux en main ; je me penchais au-dessus de l’épaule du jeune Gustave Flaubert, qui venait de terminer son baccalauréat, et qui, à la bibliothèque municipale de Bordeaux, manipule l’exemplaire des Essais annoté d’ajouts et de correction de la main même de Montaigne.

Tous ces scribes, copistes, notaires, secrétaires, chroniqueurs, rédacteurs, journalistes, écrivains, ont tissé, chacun à leur façon, la grande courtepointe de nos histoires.

( texte remanié et amélioré, le 14 décembre 2017 )

 

L’art d’exprimer une voix intérieure…

La lettre évolue avec le temps…

Conservez-vous des lettres personnelles, que des membres de votre famille, des amis, amants ou amantes, ou même des ex-collègues vous ont envoyées, déjà, il y a plus ou moins longtemps ? Depuis combien de temps les conservez-vous ? Les conservez-vous dans un endroit secret, dans une boîte de carton ou un coffret, au fond d’un tiroir ?

Ce sont des souvenirs d’autant plus précieux que ces lettres ont été rédigées de la main propre de ceux qui les ont envoyées. Vous les relisez parfois ? Comment se comparent-elles, ces lettres que vous avez conservées, aux courriels que vous avez sauvegardés dans votre boîte électronique ?

Si vous conservez vos courriels, quelque part dans un disque rigide, les avez-vous imprimés ? Un courriel est-il équivalent à une lettre ? Ou s’agit-il de deux modes différents d’un même genre d’écrit ? Aujourd’hui, la fréquence, et la facilité avec laquelle on peut envoyer un bref message, un tweet, ou un courriel un peu plus long, ne réduisent-elles pas la valeur de la communication ?

D’autres questions surgissent : l’avènement de nouveaux modes de production et de transmission de la communication écrite entre personnes est-il en train de modifier l’art de la correspondance ? Et si, à votre avis, tel est le cas, qu’y gagnons-nous et qu’y perdons-nous au change ? poursuivre la lecture …

Je voulais tout simplement renouer avec le plaisir d’écrire à la main…

Reconstitution personnelle de vieux souvenirs de l'enfance... pupitre d'écolier, encrier, encre, plumes, porte-plume, papier buvard, coffre à crayons...
Reconstitution personnelle de vieux souvenirs de l’enfance… pupitre d’écolier, encrier, encre, plumes, porte-plume, papier buvard, coffre à crayons…

Rien n’est plus léger que de tenir une plume, ni plus heureux; les autres plaisirs sont éphémères, et leurs ravissements nocifs. La plume apporte la joie quand on la prend en main, et la satisfaction quand on la pose.

Pétrarque

Mes plus lointains souvenirs sont liés à l’écriture. J’ai toujours aimé écrire, tout comme j’ai toujours aimé lire. Néanmoins, le plus lointain souvenir que je puisse rappeler à la surface de la conscience est vague, imprécis : tracer des suites infinies de lettres sur des lignes dans un cahier d’écolier, avec une plume qu’on trempait dans l’encre. De grandes grosses lettres… aussi belles et parfaites que le bras et la main d’un enfant pouvaient le faire. Bien entendu, on tachait la page blanche du cahier de pratique et on se tachait les mains d’encre… Il fallait bien casser les œufs pour faire une omelette, n’est-ce pas?

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