Poussée dans le coin, la Russie ne lâchera pas…

Selon la revue The New Yorker, le professeur de science politique John Mearsheimer est l’un des critiques les plus avertis de la politique extérieure des États-Unis depuis la fin de la Guerre froide du siècle dernier.

Dans une conférence qu’il a prononcée il y a sept ans, Mearsheimer avait prophétisé ce qui se passe aujourd’hui. Dès 2015, il avait suggéré qu’il serait mieux pour l’Ukraine de reconnaître la perte de la Crimée et d’entreprendre les démarches visant d’une part à se neutraliser et de s’entendre d’autre part avec la Russie. Il prévoyait que, faute de se diriger sur ce sentier, le pays se disloquerait : https://www.youtube.com/watch?v=JrMiSQAGOS4. Il n’est pas nécessaire d’écouter toute sa présentation ; on peut sauter jusqu’à sa conclusion, à la 45è minute et surtout, poursuivre l’écoute jusqu’à sa réponse à la première question de l’auditoire qui en suit.

Selon Mearsheimer, l’oligarchie qui dirige l’Amérique, qu’elle soit de tendance républicaine ou démocrate, est homogène. La gang de Washington, comme il la qualifie, poursuit une politique aveugle, qui se refuse à reconnaître que le monde a évolué.

Ce n’est pas encourageant. Ainsi, nous, l’Occident et le monde par extension, sommes présentement dans un cul-de-sac.

Ce qui est encore plus inquiétant, c’est que parfois, on suit les bulletins de nouvelles comme s’il s’agit d’un film d’Hollywood. Il y a des bons et des méchants ; on applaudit les bons qui sont en train de gagner, et les méchants, qu’il faut haïr, et qui sont en train de s’enfoncer vers une défaite. En réalité, des observateurs plus indépendants qui ne sont pas inféodés aux gouvernants comme les « professionnels » des médias de masse traditionnels, soutiennent que la vérité ne correspond pas nécessairement à ce qui se passe sur le terrain. C’est plus compliqué qu’on veut nous le laisser croire — Patrick Armstrong, un ancien militaire et diplomate canadien : https://patrickarmstrong.ca/2022/03/04/russia-ukraine-2/, ainsi que Tom Luongo, un analyste américain de tendance de droite : https://tomluongo.me/2022/03/02/opening-salvos-tossed-putin-next-moves-ukraine/.

Ce qui complique la situation, c’est la dynamique interne à l’Ukraine. La présence d’organisations militaires dirigées par des militants fascistes est réelle au sein du gouvernement ukrainien. Au cours de sa campagne présidentielle il y presque trois ans, le président de l’Ukraine a promis de dés-escalader la tension avec la Russie et de proposer aux « séparatistes » du Donbass d’organiser un référendum sur leur statut au sein du pays. Comme l’expliquent les chroniqueurs Alexander Rubinstein and Max Blumenthal, une fois élu, le nouveau président, Vladimir Zelensky, un néophyte de l’exercice du pouvoir politique, a appris très tôt qu’il devait tenir compte du pouvoir des éléments fascistes au sein de son gouvernement : https://thegrayzone.com/2022/03/04/nazis-ukrainian-war-russia/. Ces derniers lui ont fait comprendre clairement qu’il n’était pas question de capituler devant l’ennemi russe. Zelensky a les mains menottées. Il n’a aucune marge pour négocier avec la Russie.

Dans cette situation, la Russie n’avait d’autre option que de commander à ses militaires de démilitariser l’Ukraine et d’éliminer les forces fascistes au sein du pouvoir au sein de l’Ukraine… quel que soit le coût à payer.

Le professeur d’économie de l’Université du Missouri à Kansas City, Michael Hudson, nous offre une perspective d’un autre angle. Il compare les intérêts spécifiques des trois groupes d’oligarques américains à ceux de la Russie et s’interroge à savoir si les stratèges de l’OTAN ont bien jauger les conséquences de la guerre qu’ils ont provoquée : https://mronline.org/2022/02/28/america-defeats-germany-for-the-third-time-in-a-century/.

L’histoire se répète. L’Occident, dont nous faisons partie, devra un jour accepter de partager plus équitablement les richesses de notre planète ; que nousne pourrons pas toujours jouir de notre confort au dépend du reste du monde. Et cela devrait commencer au sein même de nos communautés. Nous ne sommes pas sortis du bois. Et la Chine, ainsi que l’Inde, l’Iran, le Brésil et l’Afrique du Nord, observent ce qui se passe attentivement.