Ces écritures imaginées …

Trou de mémoire

Depuis quelques jours, je poursuis, au rythme de la lenteur, ma lecture des Chroniques d’Hector Fabre. C’est un véritable plaisir de lire Fabre, un écrivain « … qui ne cesse de manier un humour délicat », selon le critique du Devoir ; il a offert à ses lecteurs une prose légère, souvent ironique, narquoise, moqueuse, nullement comparable à celle de ses contemporains, Louis Fréchette ou Arthur Buies, pour n’en nommer que deux …

Ce matin, le passage suivant capte mon attention ( page 146 de l’édition de 2007 – lien ci-haut ) :

Le journaliste arrive à son bureau. Installé dans son fauteuil, il se demande sur quoi il va écrire aujourd’hui. Pas le moindre sujet d’article. C’est en vain qu’il repasse en sa mémoire les vieux thèmes sur lesquels il a tant de fois brodé d’étincelantes variations : la verve tarde à s’allumer.

Quel écrivain, surtout un chroniqueur (ou un journaliste tourmenté par un implacable échéancier), ne s’est pas retrouvé, à plus d’une reprise, angoissé devant une feuille blanche de papier ?

De toute évidence, et bien qu’il suggère le contraire, Fabre ne se complait pas longtemps devant une page blanche.

Fin créateur, il libère les cellules du cerveau et laisse les idées s’envoler dans sa conscience pour saisir, tel un chasseur de papillons expérimenté, la première qui virevolte à la portée de son filet. Il reconnaît toutefois, vaciller quelques instants, à tenter de se remémorer ces « vieux thèmes », comme il les qualifient, qui se sont dissipés dans les limbes de ses flâneries.

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Je compose souvent des textes dans ma tête quand je ne suis pas assis à une table, un instrument d’écriture à la main, devant une feuille de papier. Combien de fois n’ai-je pas donner libre cours à mon imagination, la laissant composer, remanier, recomposer des textes presque entiers, entre mes deux oreilles, pendant que j’étais occupé à d’autres occupations … tantôt marchant d’un pas concentré de la boulangerie ou la bibliothèque jusqu’au café, tantôt vaqué à une tâche de nature robotique ( passer la balayeuse dans l’appartement par exemple ), tantôt figé à attendre dans un corridor ou une salle d’attente, étouffant d’ennui … tout en ruminant un thème quelconque.

Que sommes-nous pas inspirés dans ces instants ?

Il m’est d’ailleurs souvent advenu de rêver, des nuits entières à ce qu’il me semblait, à rédiger des textes … selon les âges et les circonstances de la vie … des dissertations, des articles pour quelconque publication, des essais, voire même des rapports à l’occasion …

J’aurais peut-être dû me tirer de cet état de sommeil aux limites de la conscience, suffisamment pour transcrire ces rêves, soit la nuit, soit tôt le matin ; mais c’est là prendre ses désirs, ou ses rêves, pour la réalité.

Des heures ou des jours plus tard, au moment où le temps est propice et qu’on est disponible, les muses se sont déjà dispersées. Parfois, des traces de composition reviennent, jamais le tableau entier. Je me force à recomposer : une autre forme prend vie. Puis l’inspiration fige : les mots et les phrases ont séché, ne laissant qu’une poussière légère, qu’un soupir souffle dans l’oubli. Assis devant une table, une plume à la main, devant une feuille de papier, le labyrinthe des plis du cerveau se referme alors sur lui-même.

Mirages : l’inspiration ne se substituera pas au travail.

Contrairement aux écrivains privilégiés par les muses, l’écriture est pour moi un véritable travail. Il est très rare que le texte coule, comme l’encre de ma plume, pour ruisseler tranquillement sur le papier. Mes textes sont des compositions de ratures, de substitutions, de déplacements, de cisellements, d’agencements, de perpétuelles reprises…

Combien de fois n’ai-je pas imaginé des « thèmes sur lesquels (j’ai) tant de fois brodé d’étincelantes variations », qui se sont dissipées par la suite dans les trous de mémoire de la conscience.

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