Mon cheval pour un vélo

Laramie - Le train passe au bout de la rue
Le train passe, parallèlement à la 1st Street, au bout de l’avenue Grand. Si vous allez un jour faire un tour à Laramie. faites un détour jusqu’au Coal Creek Tap, là où passent les trains, au bout de l’avenue Grand : la bière, qui y est brassée localement, et la nourriture en valent la peine. On y sert aussi un excellent espresso.

Laramie, Wyoming – Lundi, le 27 juin 2016

Il y a cinq ans, j’ai traversé le nord du Wyoming, de l’Abri de l’ours ( comme les tribus indiennes appelaient déjà ce que les Américains ont nommé Devil’s Tower ) jusqu’à Yellowstone, en passant par Cody, la ville de Buffalo Bill.

Je venais de passer une semaine à traverser le Dakota du sud, où la présence des Indiens des Plaines de l’Ouest est manifeste. Au Wyoming, le contraste saute aux yeux : on est en pays cowboy. Les noms des lieux sont amérindiens : toutes les tribus qui peuplaient le pays avant le contact avec les Américains y sont représentées. Mais leur présence est minime.

Le secteur du centre historique de la ville de Laramie a conservé ses airs d’antan. On y a conservé un grand nombre d’édifices centenaires et on les entretient. C’est la nature des commerces qui change. Il faut bien s’adapter à la clientèle.

À l’accueil du musée, la jeune femme qui nous a suggéré quelques adresses où aller manger avait un parti pris pour des restaurants végétariens. Après que je lui eu demandé s’il y avait des restaurants qui n’étaient pas végé, elle m’a fourni l’adresse du café-bar, en admettant, avec un air un peu gêné, qu’elle le fréquentait pour partager des bières avec ses amis.

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Les rues sont larges à Laramie ; elles témoignent d’une époque où le cheval était omniprésent dans la vie des gens. Aujourd’hui, ce sont les camions et les automobiles qu’on stationne en diagonale.

À Laramie, on est toujours en pays cowboy, comme au nord du Wyoming… Quoique… bien qu’il y ait des ranchs tout autour, c’est aujourd’hui beaucoup plus une petite ville universitaire. C’est peut-être pour cette raison qu’on y a troqué les chevaux, non seulement pour des trucks, de gros camions, mais aussi, plus récemment, pour des vélos.

Et c’est ainsi qu’on a modifié les poteaux qui servaient à attacher les chevaux autrefois, sur la rue, devant les commerces… et qu’on y attache dorénavant des vélos.

Laramie Wyoming - Stationnaire

Road Trip : Deux jours sur l’autoroute I-25, de Santa Fe à Fort Collins

Première journée

Au Nouveau Mexique, entre Santa Fe et le Col de Raton… le plateau est semi-aride, peu à pas d’arbres, parfois quelques troupeaux de vaches… On nous avertit de faire attention à la faune…

Route I-25 NM 2
Un horizon hypnotisant, qui nous enivre, nous aspire… on roule roule roule à toute vitesse…

Au Colorado, une pause… Sur le bord de l’autoroute, une plaque historique. En filant vers le Nord, à 70 miles à l’heure ( lorsqu’on respecte les limites de vitesse ), au pied des montagnes Rocheuses à gauche, qui surplombent un plateau semi-aride à droite.

Route I-25 - Colorado

Route I-25 - Colorado - Rocheuses
Les montagnes à l’ouest de la I-25, face au camping à South Pueblo, Colorado… Fin de la première journée sur la I-25.

Deuxième journée

On traverse des zones plus urbanisées… Pueblo, Colorado Springs, Denver, Fort Collins… Des voies ferrées longent l’autoroute sur de longues distances…

Route I-25 CO Pueblo
Un train de la BNSF ( Burlington Northern and Santa Fe ), vient se coller contre l’autoroute, puis s’en éloigne aussitôt

 

À partir de Colorado Springs environ, on se rapproche des montagnes…

À Fort Collins, nous nous engageons sur une route qui nous amène à travers les montagnes, jusqu’à 8 500 pieds d’altitude, avant de redescendre sur un plateau, vers Laramie, au Wyoming.

Route I-25 CO Zone urbaine
En arrivant à Colorado Springs

Les routes, de Pittsburgh à Saint-Louis…

… en passant par Cincinnati et Louisville, du 16 au 26 mai

Il y a une dizaine de jours, nous avons levé notre campement, quitté Pittsburgh, afin de poursuivre notre route vers l’Ouest. Deux mille kilomètres plus loin, nous sommes rendus aux portes de Saint-Louis.

Les plus futés de mes lecteurs, ceux qui connaissent leur géographie me corrigeront : la distance entre Pittsburgh et Saint-Louis est beaucoup moindre. C’est vrai… de moitié moindre. Une recherche sur Google vous donnera l’heure juste : ce trajet n’est que de 1 000 km environ, en filant sur l’autoroute I-70 ; de plus, il ne faudrait que neuf heures pour le compléter, sans s’offrir de pause, en contournant les grandes villes, et en respectant les limites de vitesse.

C’est que nous avons viraillé beaucoup en Ohio, afin de visiter une demi-douzaine de sites qui témoignent d’une présence plusieurs fois millénaires de l’humain sur les territoires de l’Ohio, de l’Indiana, et de l’Illinois. Cet itinéraire nous a menés à nous arrêter à Cincinnati et à Louisville en chemin — un grand détour.

Les divers récits de nos pérégrinations à travers ce vaste territoire entre les Appalaches et le fleuve Mississippi viendront plus tard. Pour l’instant, je poursuis ma description des routes.

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Toutes sortes de routes…

Le réseau des routes américaines est complexe. J’avoue que je m’y perds souvent, que je parviens difficilement à différencier entre les autoroutes du réseau des Interstate Highways, les autoroutes qu’on nomme les US Routes, ainsi que les State Routes ( routes des divers états de la fédération américaine, pas nécessairement des autoroutes, bien qu’elles soient souvent à quatre voies, avec ou sans séparation, en béton ou en gazon ), les routes de comté, et les routes locales, celles que l’auteur américain William Least-Heat Moon a célébrées dans son Blue Highways ( malheureusement, la référence est en anglais ).

Nous avons circulé sur toutes sortes de routes, surtout en Ohio… même sur les routes les plus secondaires, en terre, dans les replis les plus isolés de ce vieux territoire ( vieux tant sur le plan géologique que géographique ).

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En s’éloignant de Pittsburgh, la transition entre les montagnes des Appalaches et les prairies de l’Ohio m’est apparue plus longue que ce à quoi je m’attendais. On traverse d’abord rapidement une petite encoche géographique de la Virginie occidentale, coïncée entre la Pennsylvanie et l’Ohio. Chemin faisant, l’altimètre nous indique que nous descendons progressivement de quelques centaines de mètres jusqu’en Ohio.

Ohio I-70
L’autoroute I-70, sortie 160, en Ohio

Je ne m’attendais pas non plus de retrouver en Ohio une topographie aussi accidentée. L’exploration de sites témoignant d’une très ancienne occupation du territoire nous a emmenés à parcourir des régions peu fréquentées par les touristes, et encore moins à ce temps-ci de l’année.

Nous avons traversé de nombreuses petites villes, des villages, croisant occasionnellement des tracteurs dont les roues étaient presque aussi grandes que notre véhicule.

À plusieurs reprises, on nous a demandé ce qui nous avait incités à venir nous retrouver là, dans leur restaurant, à la banque, etc.

Les gens sont réservés d’un premier abord. Ils deviennent spontanément accueillants dès que nous leur expliquons ce qui nous attire chez eux et qu’ils saisissent que nous nous intéressons à eux… qu’on visite leur pays, et pas seulement les grandes villes. Beaucoup nous envient ; ils n’ont guère voyagé au-delà leur propre pays, au-delà de leur région ou des villes avoisinantes.

Route - Ohio - US Route 50 Bainbridge
Il faut ralentir, sur la US Route 50, en entrant dans le village de Bainbridge en Ohio
Bouffe - Carl's Townhouse Chillicothe OH Coin Walnut et 2e
Un arrêt pour bouffer : Carl’s Townhouse, au coin des rues Walnut et 2è, à Chillicothe, en Ohio. Une atmosphère sympathique… comme dans l’ancien temps, avant l’apparition des grandes chaînes de restauration. Celui-ci a conservé son allure des années 50 et 60.
Route - Ohio 41 Peebles
La State Road 41 coupe le village de Peebles en deux. L’ancien édifice de la mairie, qu’on contemple en attendant qu’on nous serve dans le restaurant, a connu de meilleurs jours.

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Ohio State Road 23 Sud
Ohio State Road 23, direction sud

Le réseau routier commence à montrer des signes d’usure. Il y a beaucoup de chantiers où on effectue des travaux d’entretien. Certaines des routes transcontinentales, comme la I-70 par endroit, sont dans un état pitoyable.

Route - Ohio Route 350
La Ohio Route 350 entre et sort plus loin, entre deux tumulus érigés il y a plusieurs centaines d’années, bien avant l’arrivée des Européens, à l’intérieur du site d’interprétation historique et archéologique de Fort Ancient.

Après avoir voyagé à travers plus de plus de deux millénaires et demi dans le temps, nous avons fait une halte de trois jours au siècle présent, à Cincinnati… un arrêt au Marché Findlay, deux fois centenaire ; une après-midi à la magnifique gare Union Terminal, un bijou d’architecture Art Déco ; une avant-midi parmi les papillons des Caraïbes qu’on relâche pendant quelques semaines dans une des serres du Conservatoire Krohn. Puis on traverse la rivière Ohio, pour nous diriger vers Louisville, Kentucky.

La région de l’est du Kentucky, entre Cincinnati et Louisville, se situe au pied des Appalaches. On se retrouve en zone montagneuse pendant quelques heures.

La rivière Ohio, et le Kentucky en arrière-plan, vue du promontoire de Forest Park, à Cincinnati
La rivière Ohio, et le Kentucky en arrière-plan, vue du promontoire de Lake Drive dans Eden Park, à Cincinnati
Route - Kentucky I-71
L’autoroute Interstate 71, au Kentucky.

Une halte de deux jours à Louisville — une visite du Frazier Museum of History et du Speed Art Museum, ainsi qu’une croisière en fin de journée, sur un vieux bateau à aube sur la rivière Ohio — avant de reprendre la route vers Saint-Louis.

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Route - Ohio 41

[ On constate une présence discrète, mais tout de même manifeste, de la secte des Amish un peu partout dans l’état de l’Ohio… La signalisation routière nous incite à porter une attention aux calèches dont ils se servent pour se déplacer. On observe aussi les affiches qui indiquent où ils vendent leurs produits. Ils est néanmoins difficile de reconnaître les maisons ou les fermes spécifiquement Amish. ]

Route I-64 Indiana
Sur la Interstate 64, en Indianna

Distractions

L’observation des panneaux publicitaires le long des routes m’a toujours fasciné. Je ne prétends pas en faire une étude formelle et systématique.

Ce qui surprend, c’est la variété des messages, et ce que ceux-ci nous révèlent sur la vie d’une communauté : les messages religieux côtoient ceux qui promeuvent la vente des armes, le recrutement militaire et la valorisation de ceux-ci succèdent à la vente d’assurances de toutes sortes, les messages politiques font concurrence aux annonces de restaurants et d’hébergement hôtelier. La juxtaposition de certains panneaux fait parfois sourire.

Route - Indiana I-64
L’autoroute I-64, en Indianna

Ce qui m’étonne aussi, c’est l’absence de panneaux publicitaires le long des grandes autoroutes du réseau des autoroutes « nationales » dans certaines états, comme le New York ou la Pennsylvanie, alors qu’on les essaime en grappes ailleurs, comme en Indiana et en Illinois. Il me semble néanmoins qu’il y a beaucoup moins de pollution commerciale qu’il y en avait il y a quelques décennies. L’attention des chauffeurs est dorénavant concentrée sur la signalisation routière. Chaque sortie d’une autoroute est préfacée de panneaux indiquant quels restaurants, hôtels ou stations d’essence s’y trouvent.

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Enfin, une halte routière…

Les plus belles haltes routières qui ponctuent les autoroutes ont été construites il y a longtemps, au cours des années 50, 60, 70.

Au Kentucky, quelques kilomètres après avoir traversé la rivière Ohio en provenance de Cincinnati, nous nous sommes arrêtés à une halte routière qui a été construite il y a plus d’un demi-siècle — un bel aménagement paysager accueille le voyageur de façon agréable. Nous y avons préparé un repas froid dans notre autocaravane et nous nous sommes attablés à l’extérieur sur une table de pique-nique, sous les arbres, à l’heure du midi.

Je me souviens d’une autre halte routière semblable, en Caroline du Sud, à la frontière avec la Géorgie, où nous nous étions arrêtés quelques instants, il y a deux ans, pour nous dégourdir un peu, et pour obtenir des renseignements touristiques. Il y avait du personnel qualifié qui accueillaient les visiteurs dans ce kiosque très bien aménagé.

Il y a de moins en moins de kiosques et de haltes routières semblables. Aujourd’hui, dans la plupart des haltes routières, autant dans la halte routière du Kentucky que je viens de vous décrire ou comme dans la belle halte-routière de l’Illinois ( photo ci-bas ) où nous avons fait une courte pause plus tôt cette semaine, ce sont des étalages de dépliants touristiques commerciaux et des machines distributrices de consommations qui attendent les voyageurs dans le vestibule qui mène aux toilettes des hommes et des femmes. Signe des temps : on n’a plus d’argent pour engager des agents de tourisme dans les haltes routières érigées il y a un demi-siècle.

Route I-64 Illinois - Rest Station
Halte routière – Autoroute I-64, en Illinois, à l’approche de Saint-Louis.

À travers le Nebraska

La 183 N
La US 183 N

Jour 20, 18 juin 2011 – Sur la route, du Nebraska vers le Dakota

I was going to stay on the three million miles of bent and narrow rural American two-lane, the roads to Podunk and Toonerville. Into the sticks, the boondocks, the burgs, backwaters, jerkwaters, the wide-spots-in-the-road, the don’t-blink-or-you’ll-miss-it towns. Into those places where you says, « My God! What if you lived here! » The Middle of Nowhere.

William Least-Heat Moon, Blue Highways, Back Bay Books, édition de 1999, page 6

Nous reprenons la route. Nous nous déplaçons vers le nord, pour poursuivre notre voyage vers l’ouest…

Exceptionnellement, nous avons passé une journée entière à rouler… paradoxalement, quoique le paysage soit vert, il semble quasiment désertique… et tout de même envoûtant : une longue route à deux voies, 265 miles, soit un peu plus de 400 kilomètres, de Kearney jusqu’à Chamberlain, au Dakota du Sud.

Nous sommes chanceux : nous roulons sous un ciel bleu pâle, immense. Une journée propice à la contemplation et à la réflexion.

Chemin faisant, nous découvrons une région dont nous ne soupçonnions pas la beauté ; une région qui cache bien ses richesses. Pourtant, que peut-on y cacher ?

Ce ne sont pas les Prairies canadiennes, une étendue plate, couverte de blé jusqu’à l’horizon. En traversant le Nebraska, de la rivière Platte jusqu’au Dakota, on observe beaucoup de dunes couvertes d’herbes sauvages, peu d’arbres, peu d’humains même, une demie-douzaine de villages de moins de 1 000 habitants, quelques troupeaux de vaches ici et là.

En réalité, ce n’est qu’au retour, après avoir effectué des recherches supplémentaires, que je me suis rendu compte de l’intérêt de cette région que nous avons traversée le 18 juin 2011.

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Un pow-wow

Le tambour
Le tambour

Jour 19 – Kearney, Nebraska – 17 juillet 2011 (2)

Ce matin du 17 juin, pendant que nous étions dans la Maison Pawnee, il y eut un orage. Les autorités du Archway voulaient remettre la tenue de la démonstration du pow-wow au lendemain. Les nations autochtones Otoe et Missouria qui avaient été invitées au « Dancers of the Plains », avaient fait un long voyage pour se retrouver sur leurs terres d’origine (consulter le lien pour plus de renseignements sur l’histoire de ces nations). L’événement était si important pour celles-ci, qu’elles ont demandé qu’on retarde le début de la cérémonie, le temps de laisser le terrain sécher suffisamment pour que la tenue de celle-ci soit sécuritaire. Nous avions, nous aussi, fait un long voyage pour venir les voir et apprendre à mieux les connaître.

Un pow-wow est une cérémonie communautaire qui, sous bien des aspects, s’apparente parfois à une cérémonie spirituelle, parfois à un événement civique, une festivité. La tenue d’un pow-wow est régie par un rituel. Ce rituel symbolise une façon de concevoir le monde et une manière de l’habiter.

Longtemps, les autorités religieuses chrétiennes et civiles dominantes, tant au Canada qu’aux États-Unis, ont interdit la tenue de pow-wow. Il était illégal d’organiser une telle manifestation et d’y participer. Les pénalités étaient sévères. Ce n’est que tout récemment, moins d’un quart de siècle tout au plus, que les nations autochtones d’Amérique du Nord ont commencé à se réapproprier leur culture et leurs coutumes. La tenue d’un pow-wow en est une des manifestations les plus significatives de cette démarche.

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