Un pow-wow

Le tambour
Le tambour

Jour 19 – Kearney, Nebraska – 17 juillet 2011 (2)

Ce matin du 17 juin, pendant que nous étions dans la Maison Pawnee, il y eut un orage. Les autorités du Archway voulaient remettre la tenue de la démonstration du pow-wow au lendemain. Les nations autochtones Otoe et Missouria qui avaient été invitées au « Dancers of the Plains », avaient fait un long voyage pour se retrouver sur leurs terres d’origine (consulter le lien pour plus de renseignements sur l’histoire de ces nations). L’événement était si important pour celles-ci, qu’elles ont demandé qu’on retarde le début de la cérémonie, le temps de laisser le terrain sécher suffisamment pour que la tenue de celle-ci soit sécuritaire. Nous avions, nous aussi, fait un long voyage pour venir les voir et apprendre à mieux les connaître.

Un pow-wow est une cérémonie communautaire qui, sous bien des aspects, s’apparente parfois à une cérémonie spirituelle, parfois à un événement civique, une festivité. La tenue d’un pow-wow est régie par un rituel. Ce rituel symbolise une façon de concevoir le monde et une manière de l’habiter.

Longtemps, les autorités religieuses chrétiennes et civiles dominantes, tant au Canada qu’aux États-Unis, ont interdit la tenue de pow-wow. Il était illégal d’organiser une telle manifestation et d’y participer. Les pénalités étaient sévères. Ce n’est que tout récemment, moins d’un quart de siècle tout au plus, que les nations autochtones d’Amérique du Nord ont commencé à se réapproprier leur culture et leurs coutumes. La tenue d’un pow-wow en est une des manifestations les plus significatives de cette démarche.

En attendant le pow-wow

Il y avait beaucoup de gens qui étaient venus d’un peu partout, pour assister à cet événement. Cette fillette n’en pouvait plus d’attendre ; elle a occupé tout le terrain, à danser jusqu’à l’étourdissement… une introduction improvisée, mais combien symbolique de ce qui allait suivre. Peu avant le début de la cérémonie, les parents sont venus cueillir cet enfant qui grandira peut-être sur un continent qui sera plus hospitalier à l’égard des peuples des premières nations qui l’avaient habité depuis des millénaires.

Un pow-wow est, chez les peuples autochtones d’Amérique du nord, une célébration de la communauté. À l’origine c’était une cérémonie religieuse ou spirituelle. Ce l’est toujours. Mais aujourd’hui, le pow-wow est aussi un événement festif, une manifestation de fierté culturelle et de préservation de leur héritage culturel.

Ce ne sont pas tous les pow-wow qui sont publics. Certains sont réservés aux membres d’une communauté. On y accueillera parfois des invités ; ce sera alors un insigne privilège d’y être présent. Il convient de s’informer avant de se présenter à un pow-wow, pour savoir si celui-ci sera public. Dans ce genre de circonstance, il ne s’agit pas d’un spectacle. C’est une démarche délicate : rappelons que bien des membres des communautés se souviennent d’exactions qu’ils ou elles, ou que leurs ancêtres ont subies dans le passé en lien avec la tenue d’une cérémonie semblable.

D’autres pow-wow sont ouverts au grand public ; c’est le cas des concours entre autres. Il existe un réseau de pow-wow où des danseurs, des chanteurs et des musiciens s’exécutent, tels des artistes dans un spectacle, pour gagner des prix, dans diverses catégories de prestations. Dans tous les cas, il y a un rituel.

À Kearney, on avait convié tous les visiteurs à venir observer une démonstration de ce que peut-être un pow-wow. Au cours de la cérémonie, on a même encouragé les visiteurs à participer à certaines danses. On nous a aussi encouragé, dès le début de la cérémonie, à prendre des photos – ce qui n’est pas toujours permis.

Le maître-chanteur est situé à la droite sur cette photo ; il fait face au maître de cérémonie.
Le groupe des chanteurs-batteurs attend le signal de l’ouverture. Le maître-chanteur ( à droite sur la photo, portant la visière noire ) fait face au maître de cérémonie.

Au cœur de tout pow-wow, il y a le tambour. C’est un instrument sacré, qu’on respecte et manipule avec soin. On l’installe au centre du terrain. C’est le tambour qui anime la cérémonie. Le maître du tambour s’assoit de telle sorte à faire face au maître de cérémonie. C’est ce dernier qui ouvre la célébration et en dirige tous les épisodes, en harmonie avec les chanteurs et le maître du tambour.

Le powwow commence par une procession de tous les participants, hommes, femmes, et enfants… La grande entrée se fait toujours à l’est, là où le soleil se lève, et la procession se déroule autour du tambour dans le sens de la rotation du soleil dans le ciel. Les dignitaires mènent la procession en déployant les insignes de chaque tribu membre de la nation, lorsque l’occasion l’impose. Chaque membre de la communauté y joue un rôle, chaque groupe au sein de la communauté y trouve sa place. Dans la photo ci-bas, ce sont les femmes qui entrent en scène… Chacun apprend très jeune, à s’insérer dans la danse. Chaque participant fabrique souvent son propre costume, ou le fait faire selon ses spécifications. Certains costumes sont très élaborés.

Les femmes entrent en scène...
Les femmes entrent en scène…

Au cours de la cérémonie, on invitera divers membres de la communauté à faire un tour de piste pour célébrer un événement, souligner une occasion, célébrer ou valoriser des exploits. Entre autres, on a invité les aînés, à venir recevoir la reconnaissance des plus jeunes ; quelques minutes plus tard, ce fut le tour des plus jeunes à venir montrer leurs progrès. D’autres segments de la cérémonie servent à mettre en valeur les talents de certains membres. Il y a des types et des catégories de prestations, pour les hommes et pour les femmes, ainsi que des danses mixtes ; certaines sont très étudiées, flamboyantes et recherchées. L’observation attentive d’un jeune danseur ( un Fancy Dancer ) me suggérait qu’il était à la recherche d’un style personnel, dans le cadre d’une démarche artistique consciente et réfléchie.

The Fancy Dancer
The Fancy Dancer

Cette démonstration a ravivé de lointains souvenirs à mon esprit au cours des jours qui ont suivi. Je me suis rappelé d’avoir été témoin, il y a de cela plusieurs décennies, de représentations de chants et de tambour exécutés par des Indiens lors de festivals d’été à divers endroits, spécialement dans le nord de l’Ontario. Entre autres, je me suis souvenu d’avoir observé et écouté attentivement un groupe d’Indiens de cette région, il y a une trentaine d’années, au Festival Boréal, à Sudbury. Leur incantation, cadencé par le battement du tambour, m’envoûtait ; ils « jouaient » dans une aire quelque peu marginale du parc ; ils avaient un air réservé.  Je comprends aujourd’hui que cet air a été façonné par des décennies de suppression de leur identité.

Un quart de siècle plus tard, j’observe que les jeunes Indiens d’Amérique du nord sont de plus en plus fiers de découvrir leur héritage culturel. Il y a encore beaucoup à faire pour rapprocher les peuples des premières nations de ce continent et les autres peuples qui sont venus s’établir sur ce qui est devenu notre continent. Des manifestations comme celle-ci contribuent beaucoup à ce rapprochement… à créer surtout, une culture de respect mutuel.

2 réflexions sur “Un pow-wow

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