Vertiges …

un matin… je me réveille plus tôt que d’habitude, avec le souvenir très présent du rêve obsédant qui a traversé la frange entre l’inconscient et la conscience.

Je passais d’une pièce à une autre via des escaliers, en compagnie d’étrangers, dont le nombre diminuait progressivement ; toutes les pièces étaient semblables — des murs métalliques, couleur rouille, pas de fenêtre, une porte qui ne servait qu’à entrer et une autre pour la sortie, certaines ouvertes sur d’autres pièces, un étage plus bas, ou plus haut, selon le point de vue, certaines pièces déjà « habitées » de la présence d’autres, aucun meuble, nulle part.

L’atmosphère n’était pas lugubre, ni enjouée pour autant, tout simplement neutre.


En me réveillant, j’ai été saisi de la sensation, de la conviction, … la vie n’a aucun sens, n’a pas de sens : elle est, l’existence est atéléologique.

La structure même de l’univers, l’ensemble des codes qui régissent son fonctionnement, est « vie ».

Il ne suffit que la combinaison des éléments, des diverses formes d’énergie et de matière, lui soit favorable, pour que la vie s’exprime.


L’humain devra apprendre à maîtriser sa conscience ; la conscience de soi, qui n’est que le perfectionnement, l’expression de la conscience de soi de l’univers.

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La terre, dont je fais partie, est vivante. Je ne suis qu’un microbe, une bactérie, parmi d’autres milliards d’être pensants, qui passent dans la noosphère.

Le nombre infini d’êtres vivants qui me peuplent, tout comme l’espèce humaine peuple la terre, parmi tant d’autres espèces vivantes, passées et présentes et à venir… m’effraie. Une grande cacophonie, un bruissement, un bourdonnement incessant, continu…

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On nous dit qu’il y a quelques milliards d’années, des êtres « primitifs », vivant dans une atmosphère dépourvue d’oxygène, ont, sur des millions d’années, pollué leur environnement en dégageant tellement d’oxygène qu’ils se sont étouffés eux-mêmes.

Aujourd’hui, l’espèce humaine crée sa propre marque sur l’évolution de son habitat : l’anthropocène. Nous modifions notre environnement. Importe-t-il que nous le fassions consciemment ou non, collectivement ou non ?

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Je suis convaincu qu’il n’était pas inscrit dans un programme « divin » que la noosphère surgirait, qu’elle prendrait conscience d’elle-même, qu’elle s’éclaterait, comme un volcan, dans un babillage cacophonique… comme une digue qui ne peut plus retenir un volume inimaginable de paroles — d’émotions, d’arguments, de pensées… chaque goutte insignifiante et vaine ; un flot incessant et narcissique ; une masse virevoltante, infinie…

La cacophonie éternelle de ce tourbillonnement sidéral de la vie me donne le vertige…

Je vois ces effroyables espaces de l’univers qui m’enferment, et je me trouve attaché à un coin de cette vaste étendue, sans que je sache pourquoi je suis plutôt placé en ce lieu qu’en un autre, ni pourquoi ce peu de temps qui m’est donné à vivre m’est assigné à ce point plutôt qu’à un autre de toute l’éternité qui m’a précédé et de toute celle qui me suit. Je ne vois que des infinités de toutes parts, qui m’enferment comme un atome et comme un ombre qui ne dure qu’un instant sans retour. Tout ce que je connais est que je dois mourir ; mais ce que j’ignore le plus est cette mort même que je ne saurais éviter… le silence infini de ces espaces infinis m’effraie…

Blaise Pascal, Pensées

Il vente sur le marais

Quelques pensées au sujet d’être Paris…

Je suis Paris, tout comme j’ai été Beyrouth, et Metrojet, et … tant d’autres : le Yemen, tous les jours depuis des semaines et des mois …

Je fouille ma mémoire … je récite intérieurement une liste de drames qui s’allonge, dans le temps, et dans l’espace …

La frustration, la colère, toute la gamme des émotions, au cours de cette soirée du 13 novembre, et à chaque fois que cela se produit …

Je me souviens …

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Le jour du Souvenir

Il faisait si beau ce matin…

ArboretumLe jour du Souvenir ne nous aveugle-t-il pas à l’enfer qui nous guette au prochain détour de la roue du temps ?

Il y aurait lieu de s’interroger : le parti de la guerre au cœur de l’Empire militaro-industriel de l’Occident serait-il en train de se préparer à déclencher une troisième guerre mondiale ?


 

pour, si le cœur vous en dit, lire la suite de ce topo…

un air frisquet

 

ombres allongées

des branches dépareillées

bise pénétrante

Branches dépareillées
Branches dépareillées

 

 

Qui prend pays, prend parti

L’observateur des scènes politiques canadienne et québécoise que je suis depuis presque un demi-siècle n’a pu qu’admirer comment le  Parti libéral du Canada a louvoyé entre tous les écueils tout au long de la campagne électorale qui se termine lundi prochain. Le parti, aujourd’hui dirigé par le fils de l’ancien premier ministre, Pierre Trudeau, semble avoir retrouvé la superbe qu’il avait perdue il y a plus d’une décennie, arrogance comprise. Ce n’est qu’à la toute fin que le naturel, revenant au galop, finit par transpirer.

On peut reconnaître l’habileté stratégique des bonzes qui gouvernent un parti politique ; cela ne veut pas dire qu’on reconnaisse la validité du message ou qu’on accepte de leur accorder sa confiance. Quelle qu’ait été l’évolution de la campagne, je demeure convaincu que le changement que les deux principaux partis d’opposition prétendent incarner n’est que superficiel. Je l’ai exprimé au début de la campagne électorale et rien de ce qui est survenu depuis lors ne me porte à modifier mon analyse de la conjoncture politique canadienne.

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Le monde virtuel n’existe pas…

Le monde « virtuel » n’est qu’une simulation de la réalité

Je me suis servi d’un outil, une caméra, pour créer une représentation d’un instant, d’un moment infiniment pointu dans le déroulement de l’univers. Je me suis ensuite servi d’un autre instrument, un ordinateur, pour simuler le traitement de cette image de ce moment qui n’existe plus… un souvenir, qui n’a rien de virtuel, puisque je ne pourrai jamais le reproduire dans la réalité.

J’aurais pu me servir d’un crayon, d’un fusain, ou d’un pinceau pour créer cette image sous la forme d’un dessin, ou d’une peinture. Je me serais ensuite servi d’un autre instrument, une machine programmée pour convertir ce dessin en langage numérique, pour pouvoir vous présenter mon souvenir de cet instant qui n’existe plus. Ce dessin n’aurait pas plus ou moins de « réalité », ou de « virtualité », que la reproduction que j’en aurais fait avec une machine à numériser — quoique mon dessin existerait matériellement, alors que sa numérisation n’existerait que médiatisée par une machine. La conversion de mon dessin en chiffres n’aurait d’existence que magnétique, quelque part sur mon ordinateur, ainsi que sur un nuage qui flotte dans un gigantesque entrepôt de serveurs quelque part dans le monde.

***

Le monde virtuel n’est qu’une simulation du réel : c’est une brillante composition de chiffres, qu’une machine actualise sur mon écran. Je peux créer une simulation d’un monde, la modifier, la partager avec le village global tout entier.

Je peux aussi néantiser l’existence même d’une simulation qu’on qualifie de réelle, sans retour… complètement. Combien de fichiers n’avons-nous pas éliminer, sans pouvoir les récupérer ?

Personne ne peut mettre le réel dans une poubelle, sinon que métaphoriquement.


Hypnose collective dans un nuage

L’imaginaire n’a pas en soi de capacité à s’actualiser…

Nous avons appris à considérer comme des choses les choses qui apparaissent sur nos écrans…

… nous sommes de plus en plus à l’aise avec le fait de substituer des représentations de la réalité à la réalité.

Nous n’avons plus le sentiment d’être projetés dans des mondes virtuels, mais plutôt de vivre avec des interfaces numériques.

Stéphane Vial,
L’être et l’écran : comment le numérique change la perception
PUF, 2013 ( pages 166 et suivantes )

… il parle beaucoup !

Les lettres parlent

Il y a quelques jours, ma petite fille de quatre ans feuilletait, en compagnie de sa grand-mère, un livre sur le yoga destiné aux enfants. Bien entendu, ce livre contient beaucoup d’images ; mais il est toutefois précédé de quelques dizaines de pages d’introduction dépourvues d’images. Elles tournent ensemble les pages rapidement pour en arriver au sujet, c’est-à-dire, à la section illustrée. Ce faisant, la petite s’exclame : « Il parle beaucoup le livre. »

Ma petite fille ne sait pas encore lire, mais elle comprend déjà que ces lignes de signes « parlent ». Il faut dire que ses parents et ses grands-parents lisent des livres en sa compagnie depuis les premiers mois de sa vie. Un livre est, pour elle, l’équivalent d’un jouet. Elle est membre de la bibliothèque municipale, qu’elle fréquente régulièrement avec ses parents. Quand le temps viendra, elle voudra apprendre à lire et à écrire.

Apprendre à lire
Apprendre à lire commence à la maison, avec les amies…

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Le spectacle de la démocrature canadienne

On nous convie, encore une fois, à participer au jeu de la réalité-spectacle de la démocrature.

J’emprunte ce mot démocrature à Lise Payette. Il y a un an, Madame Payette proposait ce néologisme pour décrire les régimes politiques ambiants, un peu partout dans le monde occidental : elle décrivait cette tendance qu’ont les élus d’en faire à leur guise, sans tenir compte de la dynamique de l’opinion publique ( et encore moins de l’intérêt public ).

La démocrature… Le mot est assez étrange. Il serait issu de l’union de « démocratie » et de « dictature », parce que, mine de rien, plein de pays dans le monde sont aux prises avec des chefs d’État qui jouent des deux instruments à la fois pour tenir leur peuple dans la soumission, la peur et l’ignorance, lesquels sont les ingrédients essentiels pour assurer leur pouvoir. Comment font-ils ?

Le Devoir, 1 août 2014, Glissons-nous vers la démocrature

Dans sa chronique hebdomadaire du Devoir, Madame Payette nous offrait l’exemple du premier ministre du Canada, Stephen Harper. Elle aurait pu nous offrir celui des dirigeants de la plupart des pays des démocratures européennes et nord-américaines. Les événements récents en Europe, notamment et spécialement en Grèce, nous ont fourni un témoignage des plus éloquents de cette tendance lourde.

Madame Payette nous enjoignait de nous en rappeler le temps venu :

Stephen Harper devra faire face à des élections en 2015. Peut-être pensez-vous qu’il est temps de cesser de rigoler ? Il faut y penser dès maintenant, car le choix sera difficile. Le menu de candidatures sera assez limité. Vous allez voter pour qui ? Parce que voter n’importe comment, c’est jouer avec le feu. La démocrature est si vite arrivée.

Ce temps est arrivé au Canada. Il y a quelques jours, le premier ministre du Canada a obtenu la « permission » du gouverneur général de dissoudre la Chambre des communes et de déclencher une élection générale.

Nous aurons amplement de temps pour examiner nos options : onze semaines, afin de choisir une personne, un député pour nous « représenter » au cours des quatre années qui suivront.

Nous nous retrouvons encore un fois pris au piège d’une mise en scène, qui a l’air d’une improvisation, où on tente de nous convaincre que nous avons le privilège de participer à titre d’acteurs dans une pièce de théâtre qui simulera un exercice de démocratie. Pourtant, l’expérience des dernières décennies nous montre que le résultat de l’exercice n’est pas important : les pouvoirs réels derrière les rideaux de scène ne changeront pas. Ceux qu’on aura choisi se plieront sous les menaces émises par les agences de crédit et ceux qui manipulent les capitaux qui veillent sur notre intérêt. Au mieux, nous pourrons croire que nous aurons collectivement choisi le moins pire parmi ceux qui se présentent.

Il se pourrait néanmoins, qu’il y ait des surprises. Il y a beaucoup d’insécurité, d’insatisfaction latente, d’indignation, de frustration, voire de cynisme dans l’air — comme en témoigne d’ailleurs cette chronique, ici comme ailleurs. La colère ne s’apaise pas, tout au contraire. Elle rumine, devient ressentiment. Il n’est pas nécessaire d’être sorcier pour se rendre compte que les tremblements de cette mouvance indignée peuvent être imprévisibles. Le Bloc québécois en a fait les frais il y a quatre ans. On voulait du changement au Québec. Le problème, c’est que l’électorat du reste du Canada n’était pas au même diapason que celui du Québec.

Dans cette conjoncture, il serait normal que les élites qui manipulent les marionnettes qui siègent à la Chambre des communes estiment que le moment serait propice pour changer les couleurs et les atours de leurs marionnettes. Dans cette optique, nos élites pourraient considérer que ce serait dans leur intérêt de mettre en selle une coalition qui pourrait canaliser l’insatisfaction : un chef libéral à la tête d’un parti qui se prétend social-démocrate pourrait faire l’affaire pour gouverner, surtout s’il pouvait compter sur l’appui du parti qui se présente comme étant libéral — ou vice-versa, selon les humeurs de l’opinion publique, selon les sondages au cours des semaines à venir. On laisserait faire cette nouvelle équipe de marionnettes pendant quatre ans : on les laisserait ajuster la fiscalité sans déranger la base du système, introduire de nouvelles mesures sociales pour apaiser les esprits, laisser construire un pipeline blindé des garanties nécessaires, ne rien modifier des ententes internationales…

Nous avons l’expérience de la démocrature au Québec. Nous nous accoutumons bien de la servitude volontaire. N’est-ce pas d’ailleurs ce chef libéral du parti fédéral qui se prétend social-démocrate qui nous a conseillé, il y a un an et demi, de choisir la démocrature en place présentement au Québec. C’est ce même chef libéral d’un parti qui se prétend démocratique, qui avait déclaré qu’il contesterait le projet de loi sur la laïcité que le gouvernement québécois précédent avait soumis au peuple, quel que soit le résultat de cette consultation démocratique.

L’essentiel, c’est que la plèbe puisse se conforter d’avoir l’impression de changer, comme on l’a fait en France récemment, avec l’élection du Parti qui se dit socialiste. L’échec de Syriza en Grèce l’a démontré : si la population se met à rêver de démocratie, il suffira de mettre le pays à genoux.

Pour ma part, je refuse de me mettre à genoux. Je jouerai le jeu. Je m’exprimerai en temps et lieu, selon ma conscience.

En regardant dans le rétroviseur de mes journaux…

C’est à pas feutrés, quasiment discrètement, que je me suis retiré du marché du travail, il y a quelques années.

Dans un premier temps, on m’avait expulsé d’un milieu de travail où j’avais œuvré pendant dix-sept ans. On avait considéré que mon profil ne correspondait plus à ce qu’on recherchait dans cette entreprise… que je ne m’emboîtais plus très bien dans aucune des cases et aucun des interstices de cette gigantesque organisation bureaucratique qui, bien qu’elle soit gouvernementale, s’était moulée, dans son fonctionnement, sur le modèle des bureaucraties de grandes entreprises privées. On avait certes atténué cette sortie en m’offrant des services pour faciliter la transition ainsi que des mesures incitatives financières avantageuses, à condition toutefois que je ne divulgue pas les termes de cette entente.

Ce n’est que beaucoup de mois, voire des années plus tard, que j’appris que je ne fus qu’un « cas », parmi les tout premiers d’une longue série de délestages corporatifs. Depuis quelques mois, au hasard de conversations avec d’autres personnes retraitées, je me rends compte que nous sommes très nombreux à avoir subi un traitement similaire dans plusieurs milieux de travail.

Le modus operandi était le suivant : ces mises-à-pied se font sur une base individuelle, discrètement, cas par cas. L’entreprise évite ainsi la résistance, la controverse, et la mauvaise réputation suscitées par un congédiement
collectif. L’individu a tout intérêt, dans ce contexte, à rester coi, à se replier sur soi, afin de pouvoir se redresser,  pour entreprendre la tâche ardue de se trouver une nouvelle case dans un autre milieu de travail. Ce qui, pour une personne qui arrive en fin de parcours professionnel, ne constitue pas une démarche familière.

Ce matin-là de novembre, en me dirigeant vers le stationnement lorsque je suis sorti des portes de ce milieu de travail, j’ai éprouvé un sentiment de libération. Je me libérais d’un environnement malsain, à tous points de vue.

Je n’étais pas encore disposé à m’insérer dans une autre boîte, mais il était encore trop tôt pour me retirer du marché du travail. Quelques mois plus tard, j’ai rencontré une de mes anciennes collègues de travail. Celle-ci travaillait dans une autre unité que celle où je travaillais au moment où on m’a renvoyé chez-moi. Nous avons échangé des nouvelles.

Elle s’était interrogée à mon propos ; elle avait constaté qu’elle ne me croisait plus dans les corridors du labyrinthe où elle passait toujours ses journées. Lorsque je me suis informé de sa situation, elle m’a confié qu’elle se demandait si elle allait pouvoir se rendre jusqu’au bout… entre autres, si on allait la laisser travailler le temps qu’il lui fallait pour pouvoir prendre sa retraite sans pénalité.

On peut aimer la profession qu’on exerce, le travail qu’on fait, tout en détestant le milieu au sein duquel on l’exécute. J’ai constaté qu’on lui avait confisqué le plaisir qu’elle avait d’accomplir son travail. C’était comme si je parlais à une prisonnière qui se demandait si on allait lui permettre de demeurer dans sa prison jusqu’au terme de sa peine.

Entretemps, c’est avec enthousiasme que je m’étais relancé dans une nouvelle aventure. Malheureusement, j’avais déchanté très tôt.

Trois ans plus tard, c’est avec plaisir que je me suis retrouvé encore une fois sur le trottoir, pour une durée moins longue que la fois précédente. Pendant les deux années subséquentes, j’ai accepté une série de contrats de courte durée. Entre chacun d’eux, j’ai bénéficié de plusieurs semaines de « congé », parfois aussi longues que la durée des contrats que j’acceptais, ce qui m’a permis d’expérimenter et de m’accoutumer progressivement à un nouveau rythme de vie. Je me déconditionnais de l’atmosphère nocive de la vie dite « active », que j’avais connue depuis des décennies.

C’est au cours de cette dernière période que j’ai assisté à une conférence publique sur ce « monde du travail qui nous rend malade », sur « notre société malade de sa gestion », donnée par le sociologue français Vincent de Gauléjac. Cette conférence fut révélatrice : j’ai commencé à saisir et à comprendre ce que j’avais vécu toutes ces années.

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Depuis plus d’un an, le gouvernement du Québec procède, encore une fois, à une autre restructuration du système de santé — un autre
ministre, une autre réforme. On réforme les structures encore une fois, en croyant que cette nouvelle réforme résoudra les problèmes — une autre réforme coûteuse, qui ne réussira pas à accomplir ce qu’elle vise. Parce que l’analyse de la situation est fausse.

Il y aurait beaucoup moins de problèmes de santé, tant publique que personnelle, beaucoup moins de dépressions, beaucoup moins d’obésité, beaucoup moins d’accidents, si on portait notre attention à la résolution des problèmes sociaux qui sont des sources de maladie, de mal adaptation, d’anxiété : une atmosphère de travail tendue, un milieu de travail qui suscite l’insécurité, qui encourage la compétition ; une mauvaise répartition des revenus dans la société ; des attentes et des aspirations illusoires ; une pauvreté spirituelle et matérielle ; la malbouffe… et j’en passe. Les médecins, le premier ministre et le ministre de la santé qui nous dirigent, sont incompétents lorsqu’il s’agit de diagnostiquer les malaises sociaux.

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Je relis ces jours-ci le journal de ma démarche de réflexion et d’étude sur l’écriture.

Il faut bien admettre que l’adoption depuis quelques décennies, des nouveaux systèmes techniques de communication, de gestion de l’information, de partage de la connaissance, ont profondément modifié non seulement nos milieux de travail, mais aussi la société tout entière. Nous nous y sommes très mal adaptés. Et la richesse que nous croyons avoir créée est illusoire.

Voici ce que j’ai rédigé il y a sept ans :

Le 26 septembre 2008

J’ai rencontré à l’heure du midi, pour la dernière fois probablement, mes collègues du milieu de travail que je viens tout juste de quitter. Ce qui me frappe le plus, c’est à quel point ils sont esclaves de leur situation d’emploi. La technologie des télécommunications contemporaine les maintient en laisse, tout le temps. ( Pendant tout le repas, ils n’ont jamais cessé de répondre aux appels et aux messages sur leurs iPhone et leurs Blackberry. )

Ils perdent du temps à vouloir en gagner.

Il faut du temps pour réfléchir… voir… discuter, approfondir une démarche, baliser et maintenir ses repères.

Nous avons perdu nos repères. Nous avons été absorbés dans un tourbillon, en sachant fort bien que cela pouvait nous désorienter. Nous avons préféré nous embarquer dans cette course, en baissant la tête et les bras. Nous avons choisi de nous conformer. C’est la condition de la réussite… matérielle ! Qu’avons-nous récolté ? Avons-nous réussi ?

Incompréhension

Magasin Laliberté, Québec

J’aime la ville. J’aime les villes.

Prendre le train au centre d’une ville, comme celle de Québec, par exemple : le train quitte la Gare du Palais, traverse les banlieues au bas de la ville, vers le sud, pour faire ce grand détour qui lui permet de prendre graduellement suffisamment d’altitude pour aller jusqu’à la gare de Sainte-Foy ; là, le train s’arrête, prend d’autres passagers, avant d’enjamber le fleuve Saint-Laurent, pour se diriger à vive allure jusqu’à Montréal. Le contraste entre la traversée des zones résidentielles et industrielles du bas de la ville de Québec et celle des paysages époustouflants des falaises de Cap-Rouge est saisissant.

Ce qui m’étonne, chaque fois que je fais un trajet comme celui-là, c’est l’ampleur des réalisations humaines : comment l’humain a réussi à s’organiser pour rassembler toutes les ressources nécessaires à la construction de ses villes et villages… de ses civilisations.

Étonnement : comment l’humain a composé ces paysages urbains où loger, nourrir, soigner, éduquer, et rassembler des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants.

Combien de forêts ont été rasées ; combien de carrières de pierre et de gravier, combien de mines ont été creusées, afin d’extraire combien de tonnes de métaux, afin de construire des maisons, des usines, des ateliers, des bureaux, des églises et des monuments. Combien de champs cultivés, pour alimenter les marchés d’alimentation… Tous les réseaux de transport et de communications pour acheminer toutes ces matières premières, pour les transformer, et ensuite les distribuer dans combien de commerces…

Coin Jeanne d'Arc et Notre-Dame, l'usine Sucre Lantic
Coin Jeanne d’Arc et Notre-Dame, l’usine Sucre Lantic à Montréal

J’imagine, tant dans la durée que dans l’instant de chaque geste qu’il a fallu poser, la somme des activités qu’il faut accomplir pour animer cette fourmilière, tous les jours, à longueur d’années, de décennies, de siècles…

( Cahier de notes, 14 juillet 2014 )


Un an plus tard…

L’actualité me ramène les pieds à terre.

Toute cette richesse qu’on a créée, partout, sur toute la planète, et qu’on est pourtant incapable de distribuer adéquatement pour le bien-être de tous et chacun. L’ampleur des réalisations, qui résultent de la coordination des efforts de tous, est surpassée par la petitesse, la mesquinerie, la méchanceté et l’égoïsme d’aucuns. Pourquoi construire des civilisations et s’acharner à les détruire tout aussitôt ?

« Non », c’est non !

C’était le son des instruments désaccordés d’une fanfare d’amateurs qui réveilla les coqs, et les chiens du village de Ierapetra, ce matin-là.

Ce matin là, ce bruit étrange me tira progressivement de mon sommeil, bien avant l’heure à laquelle je me réveillais à cette époque. La couleur du ciel nous laissait deviner que le jour allait bientôt dissiper la nuit. Cette « musique » persistait ; je ne rêvais pas.

Saisi de curiosité, je me levai, m’habillai et, prenant soin de ne pas alerter mes colocataires, je sortis discrètement de l’appartement. Je me dirigeai lentement vers la source du bruit. Il n’y avait personne sur les rues, même pas les pêcheurs qui avaient déjà tiré leurs barques sur la plage bien avant l’aube, comme à tous les matins.

Enfin, je me retrouvai à la place centrale du village, devant le marché, face à la mairie : une dizaine de musiciens, tous habillés d’un uniforme qui semblait avoir reposé longtemps dans des tiroirs, et qu’ils semblaient avoir revêtu à la hâte, tentaient tant bien que mal de claironner des airs militaires. Je restai bouche bée à contempler le spectacle, m’attendant à ce que le concert provoque un attroupement des villageois… Il temps passa… Rien ne se passa… et les musiciens ne cessaient pas de se désâmer. Les chiens cessèrent de s’énerver, mais les coqs continuaient tout de même à rivaliser avec la fanfare pour nous annoncer, comme d’habitude, une autre journée ensoleillée. Au bout d’une trentaine de minutes, je décidai de retourner chez-moi.

J’avais besoin d’un café. Passant devant la taverne, face à la plage, devant la Méditerranée, je constatai que la porte était ouverte. J’entrai.
La vieille dame derrière le comptoir me sourit et me souhaita « kalimera », bonne journée. Je commandai un café, grec, bien entendu… comme d’habitude, moyennement sucré. Me retournant pour m’assoir à une table, je remarquai qu’un homme était déjà installé à une table, contre un mur : c’était un vieux au visage raviné de rides, et orné d’une belle moustache blanche. Au bout d’un moment, il brisa le silence : je devinai qu’il voulait savoir d’où je venais. Je lui répondit que je venais du Québec, de Montréal. Ses yeux s’éclairèrent un peu : « De Gaule… Vive le Québec Libre », rajouta-t-il, avec une tonalité de point d’interrogation dans sa voix. J’ai acquiescé, avec un grand sourire. La déclamation du Général sur le balcon de l’hôtel de ville de Montréal avait fait des vagues, dans tous les recoins du monde entier, quatre ans plus tôt, lors de l’Expo 67.

Il n’y avait que nous deux, et la dame au comptoir dans l’établissement. Il ne parlait pas l’anglais ni le français. Je ne parlais pas le grec. Cela ne nous empêcha pas d’entamer une conversation animée, ponctuée de gestes, d’onomatopées, de bruits mimant des objets — le son de moteurs d’avions, de mitraillettes…

Le pays était toujours soumis sous la dictature fasciste des Colonels : je savais qu’on ne devait jamais parler ouvertement de politique en public. Avec précautions, nous nous sommes graduellement apprivoisés l’un l’autre… nous partagions une même langue, celle de la résistance.

C’est ainsi qu’il m’éclaira sur la signification de la « cérémonie » qui avait lieu sur la place centrale du village, et dont on entendait toujours les échos en arrière-plan : on célébrait ce jour-là une des deux fêtes nationales de la Grèce, le Jour du « Non ».

Au début de la Seconde Guerre mondiale, le dictateur italien Mussolini somma la Grèce de laisser son armée occuper des lieux stratégiques militaires sur son territoire. Le dictateur grec Metaxás répondit succinctement « Non », ce qui provoqua l’entrée en guerre de la Grèce. Les Allemands durent prêter main forte à l’Italie pour parvenir à maîtriser le pays.
J’ai aussi appris qu’il était un vieux socialiste ; qu’il avait participé à la résistance contre les Allemands. Il me décrivit, de façon très imagée, avec forces détails, comment les Allemands éprouvèrent beaucoup de difficulté à envahir la Crète ; et comment ils résistèrent à l’occupation étrangère.

Ces histoires, qui étaient toujours vives il y a une quarantaine d’années en Grèce, ont été transmises d’une génération à l’autre. On était disposé à passer l’éponge après la guerre. Mais le souvenir n’en est pas moins demeuré vivace.

Ce n’est pas par hasard que, dans le cadre du référendum qui a eu lieu la semaine dernière, le gouvernement grec a formulé la question de façon à obtenir un « non » ferme. La plupart des peuples ne se soumettent aux ultimatums « étrangers » que si on le leur impose par la force, que cette force soit de nature militaire, ou non moins subtilement, de nature financière.

Une flânerie sur Notre-Dame

Rue Atwater nb
La rue Atwater, à la croisée de Notre-Dame – 8 juin 2013

Depuis trois ans, j’arpente ma ville, celle que j’ai adoptée pour y vivre le reste de ma vie, Montréal.

Tout comme je l’ai fait partout où j’ai vécu depuis l’enfance et l’adolescence, je flâne dans la ville pendant de longues heures, à toutes les saisons. J’apprends à reconnaître des repères, le long de ses rues et ses ruelles. Je musarde dans ses parcs. Je lorgne toutes les coutures de ma ville, je la reluque, je la toise. Je cherche à découvrir les replis de son âme, à capter ses humeurs ; je me l’apprivoise.

Il y a deux ans, j’ai marché le long de la rue Notre-Dame, une des plus vieilles rues de Montréal, depuis le Marché Atwater jusqu’au Carré Viger — une promenade d’environ cinq kilomètres. À l’époque, je ne connaissais de ce parcours que son tracé dans le Vieux Montréal. Tout ce que je savais, c’est que c’était une des premières rues de Ville-Marie et, qu’avec le temps, on l’avait prolongée au-delà de ses murs, vers l’est et vers l’ouest.

Je ne connaissais rien, je ne connais toujours pas grand chose de l’histoire des quartiers que j’ai traversés, ce jour-là, au début du mois de juin : la Petite-Bourgogne, Griffintown, le Vieux-Montréal.

Je prenais mentalement note de l’apparence des édifices, tout en m’interrogeant sur ce que ces structures pouvaient me laisser deviner de leur histoire, de leur vécu. Je scrutais les rues transversales, pour entrevoir ce qu’elles pouvaient me révéler sur leur état.

Je me souvenais des mouvements de contestation qui s’étaient manifestés lorsque l’administration municipale avait amorcé des projets de « rénovation urbaine » dans ces secteurs au cours des années 1960-70.

Notre-Dame et Saint-Martin, dans la Petite-Bourgogne -- 8 juin 2013
Notre-Dame et Saint-Martin, dans la Petite-Bourgogne — 8 juin 2013

Le souvenir de ces événements attisaient ma curiosité. J’ai remarqué qu’on achevait ou qu’on était en train de construire ce qui m’apparaissait comme étant des développements relativement récents. On pouvait entrevoir, à chaque croisée des rues, des projets de nouveaux condos : des pancartes annonçaient que certaines unités étaient déjà en vente, tandis que d’autres étaient en phase de construction — phases 1, 2, 3…

Par ailleurs, sur la rue Notre-Dame même, il reste peu de terrains vagues. Toutefois, il me semblait que la série d’antiquaires, de restaurants, et d’autres commerces variés ne pouvaient pas être fréquentés par les « héritiers » des résidents qui demeuraient dans ces quartiers il y a encore une génération.

Il n’y avait pas beaucoup de gens sur la rue en cette fin d’après-midi, un samedi, alors que les nuages couvraient la ville comme une gigantesque boîte à lumière. Plus mes pas m’amenaient vers l’est, plus je ressentais une impression de vide : il se dégageait de ces scènes urbaines une allure d’espace abandonné, vacant.

Le vieux et le neuf, vus de Griffintown
Le vieux et le neuf, vus de Griffintown — 8 juin 2013

En passant les environs de l’École de technologie supérieure, j’ai présumé que c’était parce que les fantômes des quartiers d’autrefois s’étaient tus depuis longtemps. Il faut plus que de nouveaux édifices pour refaçonner une nouvelle âme des décombres des anciens. Il faut plus que de la volonté pour renaître.

Notre-Dame et McGill, là où se trouvaient les murs de la ville il y a plus de 200 ans.
La rue McGill, telle que vue du coin de Notre-Dame, là où se trouvaient les murs de la ville il y a plus de 200 ans — 8 juin 2013

Puis, rendu à la rue Berri, tout en me dirigeant vers la station de métro Berri-UQAM, je me suis rendu compte que c’était l’heure, pour moi aussi, de rentrer chez-moi, l’heure de transition entre le jour et la nuit, un samedi soir de juin.

Intérieurement, je me suis promis de revenir un jour retracer mes pas le long de ce même tracé — à une heure différente, une autre saison, dans le sens opposé. Cela reste à revoir.

Le fleuve Saint-Laurent et le port de Montréal

Pont Jacques Cartier
Le Pont Jacques-Cartier, qui enjambe le Port de Montréal – 26 mai 2013

… Et dussé-je m’exposer au zèle du Comité de Protection Civile, je vous ferai savoir que, à fleur de Montréal, à quelques pas de la Place d’Armes, passe le fleuve Saint-Laurent.

Évidemment, je n’apprends rien aux étrangers qui sont renseignés, eux, par le fait qu’ils ont dû payer un péage pour arriver à Montréal : or qui dit péage dit pont, et qui dit pont dit ou rivière ou promesse électorale. Mais je suis sûr que la majorité des vrais Montréalais, ceux qui n’ont jamais éprouvé le besoin d’aller admirer les mollets aguichants des Québécoises ou les eaux glaciales de la baie des Chaleurs, apprendront avec stupeur que le Saint-Laurent est à nos portes et qu’on le leur a toujours caché. Qu’est-ce donc que ce Saint-Laurent ?

C’est d’abord un cours d’eau et magnifique. C’est le beau Saint-Laurent, le prestigieux, l’historique Saint-Laurent, le fleuve géant, près duquel le Canadien grandit en espérant ; c’est son majestueux cours que l’étranger voit avec un œil d’envie, à ce point qu’il serait, paraît-il, question d’en faire cadeau aux États-Unis.

En attendant, il nous est loisible de franchir le fleuve en montant sur le pont dit Jacques-Cartier. Mais n’allez pas croire que ce pont ait été justement construit pour permettre aux Montréalais, qui le traversent en leur voiture, de voir le fleuve à peu de frais. Pas le moins du monde.

… Il y a quelque temps, vous eussiez pu à la rigueur, bravant les odeurs familières du marché et les escarbilles des locomotives du Port, vous glisser par les ruelles tortueuses, passer entre les camions qui font à Notre-Dame de Bonsecours une anachronique couronne. Traversant les voies de chemin de fer, puis une muraille défensive, vous fûtes arrivé sur les quais. Mais depuis que l’Italie triomphe sur les mers de la façon que vous le savez, on a eu le soin de placer des gardes aux abords de notre fleuve. Et si vous demandez à l’un de ces agents : « S’il vous plaît, pourriez-vous m’indiquer où est le fleuve Saint-Laurent ? » Il vous répondra : « Monsieur, adressez-vous au bureau. »

Ringuet, Perversion municipale, 1942

Le texte cité ci-haut a été publié en 1942 par la Société des écrivains canadiens dans un recueil de textes intitulé Ville, Ô ma ville, pour célébrer le tricentenaire de la fondation de Montréal.

L’auteur, Ringuet, pseudonyme de Philippe Panneton, est mieux connu pour son roman Trente arpents, qui a marqué son époque en raison de son évocation du passé rural du Canada-français, qui était en voie de transformation profonde. Le style du texte de Ringuet contraste avec la plupart des autres textes du recueil. Comme on le souligne dans une autre anthologie, publiée un demi-siècle plus tard, Montréal en prose – 1892-1992  ( L’Hexagone ), on remarque que le texte de Ringuet jette un « regard décapant sur la ville », un regard contemporain que se démarque de la plupart des autres textes du recueil de 1942, qui se réfugient beaucoup plus dans le passé.

 

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Marc-Aurèle Fortin, Incendie au Port de Montréal, c. 1931 ( Musée des beaux-arts du Canada )

 

Rappelons qu’en 1942, le pont Jacques-Cartier ne relie Montréal à Longueil que depuis une douzaine d’années seulement. Pendant une trentaine d’années, il a fallu payer pour le traverser. Un quart de siècle plus tard, on a construit un autre pont, le pont Champlain, un peu plus au sud ; les utilisateurs de ce dernier ont dû payer pour le traverser pendant une longue période de temps. Le pont Champlain sera démoli, d’ici peu nous a-t-on promis, aussitôt qu’on l’aura remplacé par un nouveau pont ; mais on devra, encore une fois, payer à nouveau pour traverser ce nouveau pont.

Le Canada est, à l’époque de la rédaction du texte de Ringuet, en guerre contre l’Allemagne et l’Italie. Soulignons enfin qu’à la même époque, l’élévateur à grain no. 2, situé derrière le Marché Bonsecours, cache le fleuve au regard des Montréalais. On a, depuis moins d’un quart de siècle, dégagé une partie du fleuve pour le rendre accessible à la population.

Il n’en demeure pas moins, qu’aujourd’hui encore, le Port de Montréal occupe les rives du fleuve depuis le quai de l’Horloge jusqu’au-delà du pont-tunnel Hyppolite-Lafontaine. Il est difficile de voir le fleuve, de n’importe quel point de vue, tout le long du port, à une exception près, celui du Parc Bellerive. Aussi, encore aujourd’hui, la plupart des Montréalais n’ont pas réellement conscience de vivre sur une ile. On le leur a caché pendant plus d’un siècle et demi.

Époque de transition

L'ancien et le nouveau à Griffintown
L’ancien et le nouveau à Griffintown (Coin Montfort et Saint-Paul O., entre l’édifice de la National Brewery et le projet de condos Lowney 5-6-7 )

Demandez à vos grands-parents qui voguent dans les eaux de la soixantaine sous pavillon neutre, comment on flânait autrefois, plus gaiement, plus familièrement qu’aujourd’hui. La ville n’avait alors qu’une rue, la rue Notre-Dame ; il y avait une rivière rue Craig ; on allait à la chasse rue Sherbrooke ; il fallait être armé jusqu’aux dents pour se risquer vers le Beaver Hall. L’été, on faisait des parties de canot, de la Place Viger au Griffintown ; on pouvait pêcher à la ligne Place-à-Foin.

Hector Fabre, La vieille rue Notre-Dame ( Montréal, 1er mai 1862 )

Notre génération appartenait à l’époque de transition entre le Canada ancien et le Canada nouveau. Nous avons connu le vieux Montréal, celui que nous avaient légué nos pères, avec une physionomie qui se modifiait lentement et imperceptiblement par l’action d’un progrès mesuré et longuement prévu… D’un côté nous tenions aux fusils à pierre, de l’autre nous chargions par la culasse.

Arthur Buies, Réminiscences, Les jeunes barbares, 1892

Rue Eleonor, vue de la rue Ottawa, Griffintown
Rue Eleonor, vue de la rue Ottawa, Griffintown

Hochelaga

Hochelaga
Hochelaga, 11 mai 2013

Ce n’est que tout récemment que j’ai appris que le peintre québécois Marc-Aurèle Fortin avait consacré beaucoup d’attention au paysage urbain de Montréal. Au cours des années 20 et 30, il a peint plusieurs tableaux sur le port de Montréal et sur le quartier Hochelaga.

Dans ses tableaux sur Hochelaga, on reconnait facilement la silhouette de l’église de la Nativité de la Sainte-Vierge, le chemin de fer qui délimite le quartier à l’est, les silos de grain sur le bord du fleuve, les montagnes au loin, à l’horizon, sur la rive sud du fleuve et, dans certains tableaux, l’ensemble de la cour de triage d’Hochelaga.

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Marc-Aurèle Fortin, Paysage à Hochelaga, 1929 ( Musée des beaux-arts du Canada )

Il y a une centaine d’années, l’ile de Montréal n’était pas encore complètement urbanisée. Une grande partie du territoire de l’ile était encore champêtre. Les tableaux de Fortin en témoignent.

Il y a deux ans, j’ai tenté de retrouver les points de vue dont Fortin aurait pu se servir pour peindre ses paysages. Peine perdu. Les points saillants demeurent : les clochers des églises, les silos à grain, les clochers et les montagnes au loin, de l’autre côté du fleuve… Mais, il ne reste plus rien des champs qui entouraient Hochelaga à l’époque.

Ancienne gare de triage Hochelaga
Ancienne gare de triage Hochelaga, 4 mai 2013

Église Nativité de la Sainte-Vierge d'Hochelaga
Église Nativité de la Sainte-Vierge d’Hochelaga, 4 avril 2013

Retouches

L'originale, telle que saisie selon les paramètres fixées par les ingénieurs qui ont conçu ma caméra.
Avril 2012. L’originale, telle que saisie selon les paramètres fixés par les ingénieurs qui ont conçu ma caméra et transformée en version jpg ( ISO 400, lentille 60 mm, f 4,5, 1/2500 sec ).

Je ne savais pas, il y a six ans, à quel point ce serait ardu de passer de la photographie analogique ( film ) à la photographie numérique. Dès le début, on m’a conseillé de saisir mes prises de vue en mode RAW. Il m’a fallu quelques mois pour comprendre de quoi il s’agissait, et quelques mois supplémentaires pour apprendre comment traiter mes photos avec le logiciel Photoshop.

Pendant plus de trois décennies, j’ai fait développer les photos que je prenais — négatifs et diapositives, en noir et blanc et en couleurs. Au tout début, quelques mois, j’ai eu accès à une chambre noire. Mais cela n’a pas duré.

J’ai toujours caressé le projet d’installer une chambre noire dans mon sous-sol… un projet qui ne s’est jamais réalisé. Il y a trois ans, j’ai vendu ou donné les quelques pièces d’équipement que je m’étais procurées pour cette fin.

En adoptant la technologie numérique, j’ai appris que la chambre noire s’était convertie : le système technologique de la photographie me donne accès à une simulation d’une chambre noire, une chambre noire dans mon ordinateur. J’y perds énormément de temps… de frustrations et de fascination autant que de plaisir dans l’exploration, essais et erreurs et découvertes. L’apprentissage demeure toujours difficile et je comprends que la plupart du monde préfère s’en tenir aux programmes que les ingénieurs des Nikon, Canon, Pentax, Sony, Olympus et autres ont conçus et inscrits dans les entrailles de nos caméras pour nous permettre de saisir le temps.

Je suis reconnaissant envers ceux qui m’ont conseillé de prendre mes photos en format RAW, l’équivalent du négatif en photo analogique. Ainsi, je peux me servir des fichiers numériques originaux afin de les « traiter » comme je le veux, aussi souvent que je le veux, sans modifier le fichier original.

Depuis quelques semaines, je révise mes dossiers, et je retravaille un grand nombre des photos que j’ai prises il y a plusieurs années, avec l’éclairage des acquis de l’apprentissage et de l’expérience récentes. des logiciels de traitement de photos.

Comparez la photo ci-haut à celle ci-bas : c’est la même prise de vue, telle que retravaillée à partir du fichier original en format RAW. N’hésitez pas à cliquer sur la photo pour l’agrandir et mieux la contempler.

Avril 2012
Avril 2012, retouchée avec une combinaison de Lightroom 5 d’abord et de Photoshop CS4 pour compléter le travail de détail.

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Le printemps du lotus

Lundi, le 13 avril

( extrait de journal )

Le lotus d'Orient
Le lotus d’Orient

Elles sont resplendissantes à la fin de l’été… jusqu’à ce que les jours deviennent plus courts que la nuit. Alors, les fleurs du lotus d’Orient se défraichissent, se fanent ; leurs belles grandes feuilles se froissent, se détachent, pourrissent dans l’eau, et leurs tiges fléchissent.

L’automne passe et l’hiver suit ; un frimas couvre le Lac de rêve, puis la glace enrobe les fruits des lotus ; une couverture de neige se dépose sur le Jardin de Chine, qui s’endort pendant de longs mois.

Le printemps revient, progressivement, découvre le Lac de rêve et révèle les fruits des lotus de l’année précédente.

Le Jardin de Chine reprend vie.

Prises dans une glace fondante, à la fin de l'hiver
Les fruits du lotus d’Orient, pris dans une glace fondante, à la fin de l’hiver

Dégel - Lac de rêve du Jardin de Chine
Dégel – Lac de rêve du Jardin de Chine

Pavillon de l'Amitié
Pavillon de l’Amitié

 

Heureux que le printemps soit arrivé

Le début du printemps au Parc Lafontaine nb
En se chauffant la couenne sur le bord de l’étang du Parc Lafontaine

Heureux d’un printemps qui m’chauffe la couenne

Triste d’avoir encore une fois manqué un hiver

J’peux pas faire autrement ça m’fait d’la peine

On vit rien qu’au printemps l’printemps dure pas longtemps

Paul Piché, Heureux d’un printemps

 

Panne sèche

Les neurones fonctionnaient en mode ralenti ce matin-là, il y a quelques semaines, lorsque je suis parti, tôt le matin, pour me rendre à ma session hebdomadaire de tai chi taoïste.

Le regard absent...
Le regard absent devant la fenêtre…

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