Extases matérielles : l’automne au Québec
Auteur : Fernan Carrière
L’automne à Montréal
Une journée dans Montréal à l’automne






hostas en automne
Prospection d’images
Qui prend pays, prend parti
L’observateur des scènes politiques canadienne et québécoise que je suis depuis presque un demi-siècle n’a pu qu’admirer comment le Parti libéral du Canada a louvoyé entre tous les écueils tout au long de la campagne électorale qui se termine lundi prochain. Le parti, aujourd’hui dirigé par le fils de l’ancien premier ministre, Pierre Trudeau, semble avoir retrouvé la superbe qu’il avait perdue il y a plus d’une décennie, arrogance comprise. Ce n’est qu’à la toute fin que le naturel, revenant au galop, finit par transpirer.
On peut reconnaître l’habileté stratégique des bonzes qui gouvernent un parti politique ; cela ne veut pas dire qu’on reconnaisse la validité du message ou qu’on accepte de leur accorder sa confiance. Quelle qu’ait été l’évolution de la campagne, je demeure convaincu que le changement que les deux principaux partis d’opposition prétendent incarner n’est que superficiel. Je l’ai exprimé au début de la campagne électorale et rien de ce qui est survenu depuis lors ne me porte à modifier mon analyse de la conjoncture politique canadienne.
Samedi matin, au parc Molson
Éphéméride – l’automne
Songe hallucinant de l’été
Au cœur du lys blanc
La nature de l’été
Chronique partielle de mon été : randonnées dans les jardins









L’œil du photographe
Le monde virtuel n’existe pas…

Je me suis servi d’un outil, une caméra, pour créer une représentation d’un instant, d’un moment infiniment pointu dans le déroulement de l’univers. Je me suis ensuite servi d’un autre instrument, un ordinateur, pour simuler le traitement de cette image de ce moment qui n’existe plus… un souvenir, qui n’a rien de virtuel, puisque je ne pourrai jamais le reproduire dans la réalité.
J’aurais pu me servir d’un crayon, d’un fusain, ou d’un pinceau pour créer cette image sous la forme d’un dessin, ou d’une peinture. Je me serais ensuite servi d’un autre instrument, une machine programmée pour convertir ce dessin en langage numérique, pour pouvoir vous présenter mon souvenir de cet instant qui n’existe plus. Ce dessin n’aurait pas plus ou moins de « réalité », ou de « virtualité », que la reproduction que j’en aurais fait avec une machine à numériser — quoique mon dessin existerait matériellement, alors que sa numérisation n’existerait que médiatisée par une machine. La conversion de mon dessin en chiffres n’aurait d’existence que magnétique, quelque part sur mon ordinateur, ainsi que sur un nuage qui flotte dans un gigantesque entrepôt de serveurs quelque part dans le monde.
***
Le monde virtuel n’est qu’une simulation du réel : c’est une brillante composition de chiffres, qu’une machine actualise sur mon écran. Je peux créer une simulation d’un monde, la modifier, la partager avec le village global tout entier.
Je peux aussi néantiser l’existence même d’une simulation qu’on qualifie de réelle, sans retour… complètement. Combien de fichiers n’avons-nous pas éliminer, sans pouvoir les récupérer ?
Personne ne peut mettre le réel dans une poubelle, sinon que métaphoriquement.
Hypnose collective dans un nuage
L’imaginaire n’a pas en soi de capacité à s’actualiser…
…
Nous avons appris à considérer comme des choses les choses qui apparaissent sur nos écrans…
… nous sommes de plus en plus à l’aise avec le fait de substituer des représentations de la réalité à la réalité.
…
Nous n’avons plus le sentiment d’être projetés dans des mondes virtuels, mais plutôt de vivre avec des interfaces numériques.
Stéphane Vial,
L’être et l’écran : comment le numérique change la perception
PUF, 2013 ( pages 166 et suivantes )…
… des légions aussi paperassières qu’une troupe moderne !

Le système technique et économique qui soutenait la production et la diffusion de l’écrit était déjà très élaboré à l’époque de l’Empire romain.
Un millénaire après le déclin de cet Empire, ces processus changent radicalement suite à l’avènement de l’imprimerie. Néanmoins, ses fondements subsistent : la plume d’oiseau demeure le pilier de l’écrit en Occident. Puis, l’évolution des systèmes techniques s’accélère à partir de la révolution industrielle ; celle-ci permet la constitution de grandes entreprises de presse et d’édition depuis deux derniers siècles.
À nouveau, depuis guère plus d’un quart de siècle, l’écrit est en train de muter. Une nouvelle révolution technologique suscite une autre transformation, aussi importante que celle qui a découlé du développement de l’alphabet, puis de celle de l’imprimerie.
… il parle beaucoup !
Les lettres parlent
Il y a quelques jours, ma petite fille de quatre ans feuilletait, en compagnie de sa grand-mère, un livre sur le yoga destiné aux enfants. Bien entendu, ce livre contient beaucoup d’images ; mais il est toutefois précédé de quelques dizaines de pages d’introduction dépourvues d’images. Elles tournent ensemble les pages rapidement pour en arriver au sujet, c’est-à-dire, à la section illustrée. Ce faisant, la petite s’exclame : « Il parle beaucoup le livre. »
Ma petite fille ne sait pas encore lire, mais elle comprend déjà que ces lignes de signes « parlent ». Il faut dire que ses parents et ses grands-parents lisent des livres en sa compagnie depuis les premiers mois de sa vie. Un livre est, pour elle, l’équivalent d’un jouet. Elle est membre de la bibliothèque municipale, qu’elle fréquente régulièrement avec ses parents. Quand le temps viendra, elle voudra apprendre à lire et à écrire.

Une visite au Musée Champollion des écritures du monde
Transcriptions d’extraits de mon journal personnel sur l’écriture
Le 18 octobre 2010
Il y a un mois, j’ai eu le bonheur de visiter le Musée Champollion des écritures du monde à Figeac ( Lot, France ).
Malheureusement, je n’ai pas pris de notes sur cette visite le jour même ou au cours des jours qui ont suivi. Je dois recourir à mes souvenirs… Heureusement toutefois, j’ai pris quelques photographies à titre d’aide-mémoire dans certains cas.
J’ai été ravi de cette visite… impressionné par la qualité des expositions et de leur présentation des pièces qu’on peut y admirer.
D’entrée de jeu, dans la première salle d’exposition, on situe le visiteur : nous nous trouvons dans la maison natale de Champollion. On y évoque la vie et l’œuvre de ce savant qui a réussi à déchiffrer les hiéroglyphes, à les faire parler à nouveau après un silence de plusieurs siècles et qui, ce faisant, a créé et permis le développement de l’Égyptologie. Presque tout ce qu’on connaît de cette ancienne civilisation découle des lectures des écritures égyptiennes, qui ont dirigé et guidé les archéologues et les chercheurs depuis deux siècles.
Première d’une longue série de surprises, et l’une des plus émouvantes de cette journée : deux pages d’un des cahiers de notes de Champollion sur son étude comparative des écritures gravées dans la Pierre de Rosette. J’ai été ému en contemplant le manuscrit original, écrit de la main propre de Champollion.
Journal de mes réflexions sur l’écriture — Apprendre à écrire
Apprendre à écrire est un processus long et complexe, un des plus difficiles qui soit.. Quel que soit l’instrument que l’enfant apprend à utiliser, un crayon ou un clavier, cela n’a rien d’intuitif. On a tendance à penser que c’est un exercice intellectuel. Dans un premier temps, c’est d’abord un exercice physique.
On apprend à écrire comme on apprend à pratiquer une discipline artistique ou sportive. Dans tous les cas, que ce soit pour le piano, le tennis ou l’écriture, le processus d’apprentissage exige de la patience et de la détermination.
Journal de mes réflexions sur l’écriture — extraits, automne 2008
Depuis sept ans, je poursuis un cheminement personnel de réflexion sur les dimensions matérielles de la pratique de l’écriture. Depuis le début, je tiens un journal manuscrit sur ce cheminement : notes de lectures, récits, observations, réflexions…
Je suis en train de relire ce journal dans le cadre de la préparation d’une série de conférences que je prononcerai dans quelques semaines au Collège Maisonneuve : qu’est-ce que l’histoire de l’évolution de l’écriture depuis 5 000 ans peut nous apprendre sur la transformation de l’écriture suscitée depuis l’avènement de la télématique ( numérisation ) il y a un peu plus d’un quart de siècle ?
Je vous livre ici des transcriptions de quelques extraits de mon journal.

Le spectacle de la démocrature canadienne
On nous convie, encore une fois, à participer au jeu de la réalité-spectacle de la démocrature.
J’emprunte ce mot démocrature à Lise Payette. Il y a un an, Madame Payette proposait ce néologisme pour décrire les régimes politiques ambiants, un peu partout dans le monde occidental : elle décrivait cette tendance qu’ont les élus d’en faire à leur guise, sans tenir compte de la dynamique de l’opinion publique ( et encore moins de l’intérêt public ).
La démocrature… Le mot est assez étrange. Il serait issu de l’union de « démocratie » et de « dictature », parce que, mine de rien, plein de pays dans le monde sont aux prises avec des chefs d’État qui jouent des deux instruments à la fois pour tenir leur peuple dans la soumission, la peur et l’ignorance, lesquels sont les ingrédients essentiels pour assurer leur pouvoir. Comment font-ils ?
Le Devoir, 1 août 2014, Glissons-nous vers la démocrature
Dans sa chronique hebdomadaire du Devoir, Madame Payette nous offrait l’exemple du premier ministre du Canada, Stephen Harper. Elle aurait pu nous offrir celui des dirigeants de la plupart des pays des démocratures européennes et nord-américaines. Les événements récents en Europe, notamment et spécialement en Grèce, nous ont fourni un témoignage des plus éloquents de cette tendance lourde.
Madame Payette nous enjoignait de nous en rappeler le temps venu :
Stephen Harper devra faire face à des élections en 2015. Peut-être pensez-vous qu’il est temps de cesser de rigoler ? Il faut y penser dès maintenant, car le choix sera difficile. Le menu de candidatures sera assez limité. Vous allez voter pour qui ? Parce que voter n’importe comment, c’est jouer avec le feu. La démocrature est si vite arrivée.
Ce temps est arrivé au Canada. Il y a quelques jours, le premier ministre du Canada a obtenu la « permission » du gouverneur général de dissoudre la Chambre des communes et de déclencher une élection générale.
Nous aurons amplement de temps pour examiner nos options : onze semaines, afin de choisir une personne, un député pour nous « représenter » au cours des quatre années qui suivront.
Nous nous retrouvons encore un fois pris au piège d’une mise en scène, qui a l’air d’une improvisation, où on tente de nous convaincre que nous avons le privilège de participer à titre d’acteurs dans une pièce de théâtre qui simulera un exercice de démocratie. Pourtant, l’expérience des dernières décennies nous montre que le résultat de l’exercice n’est pas important : les pouvoirs réels derrière les rideaux de scène ne changeront pas. Ceux qu’on aura choisi se plieront sous les menaces émises par les agences de crédit et ceux qui manipulent les capitaux qui veillent sur notre intérêt. Au mieux, nous pourrons croire que nous aurons collectivement choisi le moins pire parmi ceux qui se présentent.
Il se pourrait néanmoins, qu’il y ait des surprises. Il y a beaucoup d’insécurité, d’insatisfaction latente, d’indignation, de frustration, voire de cynisme dans l’air — comme en témoigne d’ailleurs cette chronique, ici comme ailleurs. La colère ne s’apaise pas, tout au contraire. Elle rumine, devient ressentiment. Il n’est pas nécessaire d’être sorcier pour se rendre compte que les tremblements de cette mouvance indignée peuvent être imprévisibles. Le Bloc québécois en a fait les frais il y a quatre ans. On voulait du changement au Québec. Le problème, c’est que l’électorat du reste du Canada n’était pas au même diapason que celui du Québec.
Dans cette conjoncture, il serait normal que les élites qui manipulent les marionnettes qui siègent à la Chambre des communes estiment que le moment serait propice pour changer les couleurs et les atours de leurs marionnettes. Dans cette optique, nos élites pourraient considérer que ce serait dans leur intérêt de mettre en selle une coalition qui pourrait canaliser l’insatisfaction : un chef libéral à la tête d’un parti qui se prétend social-démocrate pourrait faire l’affaire pour gouverner, surtout s’il pouvait compter sur l’appui du parti qui se présente comme étant libéral — ou vice-versa, selon les humeurs de l’opinion publique, selon les sondages au cours des semaines à venir. On laisserait faire cette nouvelle équipe de marionnettes pendant quatre ans : on les laisserait ajuster la fiscalité sans déranger la base du système, introduire de nouvelles mesures sociales pour apaiser les esprits, laisser construire un pipeline blindé des garanties nécessaires, ne rien modifier des ententes internationales…
Nous avons l’expérience de la démocrature au Québec. Nous nous accoutumons bien de la servitude volontaire. N’est-ce pas d’ailleurs ce chef libéral du parti fédéral qui se prétend social-démocrate qui nous a conseillé, il y a un an et demi, de choisir la démocrature en place présentement au Québec. C’est ce même chef libéral d’un parti qui se prétend démocratique, qui avait déclaré qu’il contesterait le projet de loi sur la laïcité que le gouvernement québécois précédent avait soumis au peuple, quel que soit le résultat de cette consultation démocratique.
L’essentiel, c’est que la plèbe puisse se conforter d’avoir l’impression de changer, comme on l’a fait en France récemment, avec l’élection du Parti qui se dit socialiste. L’échec de Syriza en Grèce l’a démontré : si la population se met à rêver de démocratie, il suffira de mettre le pays à genoux.
Pour ma part, je refuse de me mettre à genoux. Je jouerai le jeu. Je m’exprimerai en temps et lieu, selon ma conscience.
En regardant dans le rétroviseur de mes journaux…
C’est à pas feutrés, quasiment discrètement, que je me suis retiré du marché du travail, il y a quelques années.
Dans un premier temps, on m’avait expulsé d’un milieu de travail où j’avais œuvré pendant dix-sept ans. On avait considéré que mon profil ne correspondait plus à ce qu’on recherchait dans cette entreprise… que je ne m’emboîtais plus très bien dans aucune des cases et aucun des interstices de cette gigantesque organisation bureaucratique qui, bien qu’elle soit gouvernementale, s’était moulée, dans son fonctionnement, sur le modèle des bureaucraties de grandes entreprises privées. On avait certes atténué cette sortie en m’offrant des services pour faciliter la transition ainsi que des mesures incitatives financières avantageuses, à condition toutefois que je ne divulgue pas les termes de cette entente.
Ce n’est que beaucoup de mois, voire des années plus tard, que j’appris que je ne fus qu’un « cas », parmi les tout premiers d’une longue série de délestages corporatifs. Depuis quelques mois, au hasard de conversations avec d’autres personnes retraitées, je me rends compte que nous sommes très nombreux à avoir subi un traitement similaire dans plusieurs milieux de travail.
Le modus operandi était le suivant : ces mises-à-pied se font sur une base individuelle, discrètement, cas par cas. L’entreprise évite ainsi la résistance, la controverse, et la mauvaise réputation suscitées par un congédiement
collectif. L’individu a tout intérêt, dans ce contexte, à rester coi, à se replier sur soi, afin de pouvoir se redresser, pour entreprendre la tâche ardue de se trouver une nouvelle case dans un autre milieu de travail. Ce qui, pour une personne qui arrive en fin de parcours professionnel, ne constitue pas une démarche familière.
Ce matin-là de novembre, en me dirigeant vers le stationnement lorsque je suis sorti des portes de ce milieu de travail, j’ai éprouvé un sentiment de libération. Je me libérais d’un environnement malsain, à tous points de vue.
Je n’étais pas encore disposé à m’insérer dans une autre boîte, mais il était encore trop tôt pour me retirer du marché du travail. Quelques mois plus tard, j’ai rencontré une de mes anciennes collègues de travail. Celle-ci travaillait dans une autre unité que celle où je travaillais au moment où on m’a renvoyé chez-moi. Nous avons échangé des nouvelles.
Elle s’était interrogée à mon propos ; elle avait constaté qu’elle ne me croisait plus dans les corridors du labyrinthe où elle passait toujours ses journées. Lorsque je me suis informé de sa situation, elle m’a confié qu’elle se demandait si elle allait pouvoir se rendre jusqu’au bout… entre autres, si on allait la laisser travailler le temps qu’il lui fallait pour pouvoir prendre sa retraite sans pénalité.
On peut aimer la profession qu’on exerce, le travail qu’on fait, tout en détestant le milieu au sein duquel on l’exécute. J’ai constaté qu’on lui avait confisqué le plaisir qu’elle avait d’accomplir son travail. C’était comme si je parlais à une prisonnière qui se demandait si on allait lui permettre de demeurer dans sa prison jusqu’au terme de sa peine.
Entretemps, c’est avec enthousiasme que je m’étais relancé dans une nouvelle aventure. Malheureusement, j’avais déchanté très tôt.
Trois ans plus tard, c’est avec plaisir que je me suis retrouvé encore une fois sur le trottoir, pour une durée moins longue que la fois précédente. Pendant les deux années subséquentes, j’ai accepté une série de contrats de courte durée. Entre chacun d’eux, j’ai bénéficié de plusieurs semaines de « congé », parfois aussi longues que la durée des contrats que j’acceptais, ce qui m’a permis d’expérimenter et de m’accoutumer progressivement à un nouveau rythme de vie. Je me déconditionnais de l’atmosphère nocive de la vie dite « active », que j’avais connue depuis des décennies.
C’est au cours de cette dernière période que j’ai assisté à une conférence publique sur ce « monde du travail qui nous rend malade », sur « notre société malade de sa gestion », donnée par le sociologue français Vincent de Gauléjac. Cette conférence fut révélatrice : j’ai commencé à saisir et à comprendre ce que j’avais vécu toutes ces années.
===
Depuis plus d’un an, le gouvernement du Québec procède, encore une fois, à une autre restructuration du système de santé — un autre
ministre, une autre réforme. On réforme les structures encore une fois, en croyant que cette nouvelle réforme résoudra les problèmes — une autre réforme coûteuse, qui ne réussira pas à accomplir ce qu’elle vise. Parce que l’analyse de la situation est fausse.
Il y aurait beaucoup moins de problèmes de santé, tant publique que personnelle, beaucoup moins de dépressions, beaucoup moins d’obésité, beaucoup moins d’accidents, si on portait notre attention à la résolution des problèmes sociaux qui sont des sources de maladie, de mal adaptation, d’anxiété : une atmosphère de travail tendue, un milieu de travail qui suscite l’insécurité, qui encourage la compétition ; une mauvaise répartition des revenus dans la société ; des attentes et des aspirations illusoires ; une pauvreté spirituelle et matérielle ; la malbouffe… et j’en passe. Les médecins, le premier ministre et le ministre de la santé qui nous dirigent, sont incompétents lorsqu’il s’agit de diagnostiquer les malaises sociaux.
===
Je relis ces jours-ci le journal de ma démarche de réflexion et d’étude sur l’écriture.
Il faut bien admettre que l’adoption depuis quelques décennies, des nouveaux systèmes techniques de communication, de gestion de l’information, de partage de la connaissance, ont profondément modifié non seulement nos milieux de travail, mais aussi la société tout entière. Nous nous y sommes très mal adaptés. Et la richesse que nous croyons avoir créée est illusoire.
Voici ce que j’ai rédigé il y a sept ans :
Le 26 septembre 2008
J’ai rencontré à l’heure du midi, pour la dernière fois probablement, mes collègues du milieu de travail que je viens tout juste de quitter. Ce qui me frappe le plus, c’est à quel point ils sont esclaves de leur situation d’emploi. La technologie des télécommunications contemporaine les maintient en laisse, tout le temps. ( Pendant tout le repas, ils n’ont jamais cessé de répondre aux appels et aux messages sur leurs iPhone et leurs Blackberry. )
Ils perdent du temps à vouloir en gagner.
Il faut du temps pour réfléchir… voir… discuter, approfondir une démarche, baliser et maintenir ses repères.
Nous avons perdu nos repères. Nous avons été absorbés dans un tourbillon, en sachant fort bien que cela pouvait nous désorienter. Nous avons préféré nous embarquer dans cette course, en baissant la tête et les bras. Nous avons choisi de nous conformer. C’est la condition de la réussite… matérielle ! Qu’avons-nous récolté ? Avons-nous réussi ?
Incompréhension

J’aime la ville. J’aime les villes.
Prendre le train au centre d’une ville, comme celle de Québec, par exemple : le train quitte la Gare du Palais, traverse les banlieues au bas de la ville, vers le sud, pour faire ce grand détour qui lui permet de prendre graduellement suffisamment d’altitude pour aller jusqu’à la gare de Sainte-Foy ; là, le train s’arrête, prend d’autres passagers, avant d’enjamber le fleuve Saint-Laurent, pour se diriger à vive allure jusqu’à Montréal. Le contraste entre la traversée des zones résidentielles et industrielles du bas de la ville de Québec et celle des paysages époustouflants des falaises de Cap-Rouge est saisissant.
Ce qui m’étonne, chaque fois que je fais un trajet comme celui-là, c’est l’ampleur des réalisations humaines : comment l’humain a réussi à s’organiser pour rassembler toutes les ressources nécessaires à la construction de ses villes et villages… de ses civilisations.
Étonnement : comment l’humain a composé ces paysages urbains où loger, nourrir, soigner, éduquer, et rassembler des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants.
Combien de forêts ont été rasées ; combien de carrières de pierre et de gravier, combien de mines ont été creusées, afin d’extraire combien de tonnes de métaux, afin de construire des maisons, des usines, des ateliers, des bureaux, des églises et des monuments. Combien de champs cultivés, pour alimenter les marchés d’alimentation… Tous les réseaux de transport et de communications pour acheminer toutes ces matières premières, pour les transformer, et ensuite les distribuer dans combien de commerces…

J’imagine, tant dans la durée que dans l’instant de chaque geste qu’il a fallu poser, la somme des activités qu’il faut accomplir pour animer cette fourmilière, tous les jours, à longueur d’années, de décennies, de siècles…
( Cahier de notes, 14 juillet 2014 )
Un an plus tard…
L’actualité me ramène les pieds à terre.
Toute cette richesse qu’on a créée, partout, sur toute la planète, et qu’on est pourtant incapable de distribuer adéquatement pour le bien-être de tous et chacun. L’ampleur des réalisations, qui résultent de la coordination des efforts de tous, est surpassée par la petitesse, la mesquinerie, la méchanceté et l’égoïsme d’aucuns. Pourquoi construire des civilisations et s’acharner à les détruire tout aussitôt ?
















