Stationnements

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Détroit, stationnement du Detroit Institute of Art — 3 juin 2011

Chaque année, à la fin du mois de mai, le Club de photo polarisé de l’Outaouais organise une activité photographique pour la saison estivale. Les membres qui le souhaitent inscrivent le sujet d’un thème sur un bout de papier, qu’ils déposent dans un chapeau. Chacun pige ensuite un des bouts de papier, en prend connaissance, accepte ou non le sujet inscrit… La dernière fois que j’ai participé à cette activité, il y a trois ans, j’ai pigé le sujet suivant : stationnements.

À première vue, ce n’est pas très inspirant. Puis…, j’ai allumé… Nous partions, ma conjointe et moi, quelques jours plus tard, pour une longue randonnée à travers l’Amérique. Je me suis dit intérieurement : quel beau défi ! J’ai conservé le petit bout de papier dans mes poches tout au long du voyage : 68 jours, 14 500 km…

Voici le reportage-photos que j’ai présenté au Club de photo, à mon retour, à la fin de l’été.

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À travers le Nebraska

La 183 N
La US 183 N

Jour 20, 18 juin 2011 – Sur la route, du Nebraska vers le Dakota

I was going to stay on the three million miles of bent and narrow rural American two-lane, the roads to Podunk and Toonerville. Into the sticks, the boondocks, the burgs, backwaters, jerkwaters, the wide-spots-in-the-road, the don’t-blink-or-you’ll-miss-it towns. Into those places where you says, « My God! What if you lived here! » The Middle of Nowhere.

William Least-Heat Moon, Blue Highways, Back Bay Books, édition de 1999, page 6

Nous reprenons la route. Nous nous déplaçons vers le nord, pour poursuivre notre voyage vers l’ouest…

Exceptionnellement, nous avons passé une journée entière à rouler… paradoxalement, quoique le paysage soit vert, il semble quasiment désertique… et tout de même envoûtant : une longue route à deux voies, 265 miles, soit un peu plus de 400 kilomètres, de Kearney jusqu’à Chamberlain, au Dakota du Sud.

Nous sommes chanceux : nous roulons sous un ciel bleu pâle, immense. Une journée propice à la contemplation et à la réflexion.

Chemin faisant, nous découvrons une région dont nous ne soupçonnions pas la beauté ; une région qui cache bien ses richesses. Pourtant, que peut-on y cacher ?

Ce ne sont pas les Prairies canadiennes, une étendue plate, couverte de blé jusqu’à l’horizon. En traversant le Nebraska, de la rivière Platte jusqu’au Dakota, on observe beaucoup de dunes couvertes d’herbes sauvages, peu d’arbres, peu d’humains même, une demie-douzaine de villages de moins de 1 000 habitants, quelques troupeaux de vaches ici et là.

En réalité, ce n’est qu’au retour, après avoir effectué des recherches supplémentaires, que je me suis rendu compte de l’intérêt de cette région que nous avons traversée le 18 juin 2011.

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Un pow-wow

Le tambour
Le tambour

Jour 19 – Kearney, Nebraska – 17 juillet 2011 (2)

Ce matin du 17 juin, pendant que nous étions dans la Maison Pawnee, il y eut un orage. Les autorités du Archway voulaient remettre la tenue de la démonstration du pow-wow au lendemain. Les nations autochtones Otoe et Missouria qui avaient été invitées au « Dancers of the Plains », avaient fait un long voyage pour se retrouver sur leurs terres d’origine (consulter le lien pour plus de renseignements sur l’histoire de ces nations). L’événement était si important pour celles-ci, qu’elles ont demandé qu’on retarde le début de la cérémonie, le temps de laisser le terrain sécher suffisamment pour que la tenue de celle-ci soit sécuritaire. Nous avions, nous aussi, fait un long voyage pour venir les voir et apprendre à mieux les connaître.

Un pow-wow est une cérémonie communautaire qui prend la forme d’une cérémonie religieuse ou d’une festivité civique. La tenue d’un pow-wow est régie par un rituel. Ce rituel symbolise une façon de concevoir le monde et une manière de l’habiter.

Longtemps, les autorités religieuses chrétiennes et civiles dominantes, tant au Canada qu’aux États-Unis, ont interdit la tenue de pow-wow. Il était illégal d’organiser une telle manifestation et d’y participer. Les pénalités étaient sévères. Ce n’est que tout récemment, moins d’un quart de siècle tout au plus, que les nations autochtones d’Amérique du Nord ont commencé à se réapproprier leur culture et leurs coutumes. La tenue d’un pow-wow en est une des manifestations les plus significatives de cette démarche.

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La Maison Pawnee

Jour 19, Kearney, Nebraska – 17 juin 2011

Chaque année depuis 2008, la direction du Great Platte River Road Archway invite diverses nations autochtones à venir se manifester sur leurs terres d’origine de la région centrale du Nebraska.

Au cours du 19è siècle, l’armée de la jeune nation américaine a déplacé plusieurs nations autochtones à des centaines de kilomètres de leurs « pays ». Entre autres, afin de les éloigner du sentier de l’Oregon, elle a escorté les Pawnees, contre leur gré, sur des centaines de kilomètres pour les parquer dans des réserves plus au sud. L’afflux croissant, d’années en années, de migrants vers le paradis promis de l’Oregon, occasionnait des échauffourées entre les nations amérindiennes et les colons. Rappelons que la nation américaine croyait que ce territoire leur appartenait, puisqu’elle l’avait obtenu de la France, lorsque Napoléon leur avait vendu la Louisiane pour quelques millions de dollars. Les Américains croyaient aussi que c’était leur destinée de civiliser le monde, et cela signifiait qu’ils étaient dans leur droit, issu d’un mandat divin, de civiliser les territoires de ceux qui y habitaient depuis des centaines d’années.

Il semble que l’heure soit à la réconciliation. En 2010, on a invité les Pawnees à venir construire une maison traditionnelle, en terre durcie. Un an plus tard, pour célébrer cette occasion et pour sensibiliser les visiteurs et les gens des environs, un jeune homme qui avait participé à la construction de cette maison a raconté l’événement en présence d’un aîné de sa nation.

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Prendre son temps en voyage

Au parc écologique de l’Anse Saint-Pierre : une vue magnifique sur le Saint-Laurent et le Lac Saint-Pierre et un poste idéal pour l’observation des oiseaux.

Le rythme de nos vies s’est accéléré depuis quelques décennies. Il en va de même en voyage : on est pressé de se rendre à destination, ou de faire le tour de la région qu’on veut visiter. On a si peu de temps pour tout voir, goûter, sentir, entendre, toucher.

Il y a deux ans, au cours de l’été 2012, nous avons décidé de revenir de Québec à Montréal au rythme de la lenteur. La revue Camping Caravaning a publié un reportage que je lui avais soumis sur cette expérience. Voici la version numérique de ce reportage ( accès limité aux membres enregistrés de la FQCC ) : Québec-Montréal, au fil de l’eau sur la 132.

Pourquoi Kearney, Nebraska

Powwow : les hommes Pawnee

Ce n’est pas par hasard, ni pour visiter le Great Platte River Archway que nous nous sommes retrouvés à Kearney, au centre du Nebraska, au mois de juin 2011.

Planifier un voyage est un travail patient et minutieux. Je m’y suis pris à plusieurs reprises pour planifier le voyage que nous avons complété à l’été 2011.

À l’origine, en 2008, ma conjointe et moi voulions traverser le continent : rejoindre le Pacifique. Mais je caressais simultanément le projet de concevoir un circuit qui aurait retracé le parcours du voyage imaginaire décrit dans Volkswagen Blues, le roman de Jacques Poulin.

Dans un premier temps, j’avais relu le roman, pour me familiariser à nouveau avec cette aventure. Ensuite, j’avais entrepris de recueillir des renseignements, afin d’identifier des sites, des points d’intérêt, des terrains de camping, ainsi que pour tracer une route qui serait le plus fidèle possible à l’esprit du voyage imaginé par Poulin. Parallèlement, je relisais des sources historiques sur l’épopée de nos ancêtres, les premiers Canadiens et les Français qui ont sillonné ce territoire immense de l’Amérique à l’époque de la Nouvelle-France, bien avant les Anglais qui, quelques années après la Conquête de 1760, deviendraient des Américains. Ce faisant, j’ai découvert des éléments d’information que je ne connaissais pas sur le lointain passé de notre continent.

J’ai suspendu ce projet parce qu’il était prématuré : nous n’étions pas vraiment prêts à y donner suite, entre autres sur un plan professionnel. Le temps a passé ; de fil en aiguille, le projet s’est transformé.

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Un monument à la route

La I-80, à l’ouest de Omaha, Nebraska

Jour 18 : Kearney, Nebraska

En traversant le Nebraska et le Wyoming, l’autoroute Interstate 80 retrace, par endroit, une voie de passage : la légendaire Piste de l’Oregon. Afin de se rendre aux terres hospitalières et vertes de l’Oregon, les immigrés américains devaient traverser des territoires qu’ils considéraient comme dénués d’intérêt réel ; pour eux, les plaines de l’Ouest étaient infertiles, un désert pratiquement… le milieu du continent, le milieu de nulle part, une contrée habitée par des tribus d’Indiens réputés pour leur hostilité.

Aujourd’hui, la vallée de la rivière Platte est cultivée, verte. Des champs s’étendent à perte de vue de chaque côté de l’autoroute. Le paysage est vaste, plat, monotone. Le ciel est immense. On roule sans fin. La I-80 demeure toujours une route de passage…

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Un point de vue à ras-de-terre sur l’économie américaine

Omaha (3)

Les 14 et 15 juin 2011 (Jours 16 et 17)

Après le lunch, nous nous levions de table, ma conjointe et moi, prêts à poursuivre notre visite du Jardin Lauritzen, lorsque deux dames se présentèrent à notre table.

C’était des Françaises, d’un certain âge… c’est-à-dire, du même âge que nous, voire quelques années de plus que nous, selon les indices qu’on pouvait glaner de la conversation qui suivit l’introduction ; elles nous avaient écoutés à distance, discrètement ; elles avaient reconnu notre accent québécois. Nous étions, tout comme elles, heureux d’entamer une conversation en français, au cours de notre troisième semaine de voyage.

Elles ne voyageaient pas ; elles étaient établies à Omaha depuis quelques années ; elles fréquentaient régulièrement le Jardin Lauritzen. À un moment donné, curieux, je n’ai pas pu résister : comment deux Françaises s’étaient-elles retrouvées à Omaha et qu’y faisaient-elles, outre que de fréquenter un jardin public, par un bel après-midi ensoleillé, au milieu de la semaine ?

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Illustrer le voyage

Marco Polo était toujours adolescent lorsqu’il partit de Venise, en 1271, avec son père et son oncle, tous deux marchands. Ils traversèrent le Moyen-Orient et l’Asie centrale en chemin vers la Chine. Marco Polo revint chez-lui un quart de siècle plus tard, après avoir longé les côtes du Vietnam d’aujourd’hui, du Sri Lanka, de l’Inde et du golfe persique.

Son récit de voyage, Le Livre des merveilles, commença à être diffusé pour la première fois environ 150 ans avant l’invention de l’imprimerie ; à cette époque, tous les exemplaires de ce livre devaient être copiés à la main, un par un. La première édition en format imprimé ne fut publié que vers 1470, soit environ quatre siècles avant l’invention de la photographie. Néanmoins, je crois que la plupart de ces manuscrits et les éditions imprimées subséquentes n’ont pas été illustrées, jusqu’à tout récemment — dans cette perspective, le livre de Philippe Ménard, Marco Polo, à la découverte du monde (Grenoble, Glénat, 2007) présente le récit du voyage de Polo, en le situant dans le contexte de son époque et en l’illustrant d’images, de toutes provenances, qui représentent le monde évoqué dans ce récit.

Ce manuscrit connut une grande diffusion en son temps. Beaucoup de lecteurs du Livre des merveilles estimèrent que Marco Polo avait parsemé son récit de légendes et d’affabulations. Pendant très longtemps, on lui accorda peu de crédibilité. Aujourd’hui, on considère que, même s’il n’a pas nécessairement visité tous les lieux qu’il a décrits, c’est néanmoins un récit qui repose sur des fondements véridiques.

Marco Polo n’a pas rédigé de notes de voyage au cours de son voyage. Il devait s’appuyer uniquement sur ses souvenirs lorsqu’il a raconté son voyage au rédacteur qui l’a mis en forme manuscrite. Son récit de voyage aurait certes bénéficié de plus de crédibilité s’il avait pu utiliser les outils de mémorisation que nous avons à notre disposition aujourd’hui — appareil de photo ou d’enregistrement sonore. Mais aurait-il conservé son enchantement si tel avait été le cas ? Et les photographies qu’il aurait rapportées auraient-elles réussi à communiquer cet émerveillement d’un jeune Européen qui découvrait un monde beaucoup plus vaste et riche qu’il aurait pu l’imaginer… que quiconque en Europe aurait pu imaginer au Moyen-Age ?

Un texte sans illustration est comme une émission de radio. Celui qui lit le texte, ou écoute l’émission, doit imaginer ce qu’il lit ou entend.

***

Vers 1850, soit environ une dizaine d’années après la présentation publique de l’invention du daguerréotype, Maxime du Camp fit un voyage d’un an et demi au Moyen-Orient (Égypte, Palestine, Syrie, Asie mineure, Constantinople, Grèce). Il trimballa tout un appareillage de photographie dans ses bagages. Dès son retour à Paris en 1852, il publia un livre de ces photos. On peut admirer quelques unes de ces photos sur le site Web de la Bibliothèque nationale de France.

Situons le contexte : Du Camp voyageait en compagnie de son ami Gustave Flaubert, qui n’avait pas encore publié Madame Bovary et les autres grands textes de littérature française qui allaient le rendre célèbre. Flaubert et Du Camp ont tous deux tenu un journal de ce voyage ; Flaubert fait souvent allusion au travail de photographe de Du Camp dans son journal (Voyage en Orient) ; ce dernier n’y fait allusion qu’une seule fois au cours de tout son récit. Les deux compagnons voyageaient en compagnie de guides et de traducteurs, qui servaient aussi de domestiques. Ils voyageaient généralement à cheval. Il fallait une mule pour transporter le matériel complet de photographie. Il n’y avait pas de routes, comme aujourd’hui, pas de bateaux de croisière, pas de réseau de chemins de fer. Les conditions d’hébergement étaient souvent loin d’être idéales.

L’intention du projet photographique de Du Camp était documentaire. Les sites des monuments et temples antiques qu’il a photographiés n’avaient pas encore été nettoyés et étudiés par les archéologues. Dans leur journaux de voyage, Flaubert et Du Camp ont fait souvent allusion aux objets qu’ils ramassaient en se promenant dans des endroits laissés à « l’abandon », sans protection.

Les photographies de Du Camp ont une grande valeur historique. Malgré le souci documentaire de son travail photographique, un examen attentif des photographies de Du Camp nous permet de déceler dans la prise de vue un souci artistique chez celui-ci : on sent l’influence qu’exerce toujours la peinture académique traditionnelle sur ce nouveau médium pictural. Sylvie Aubenas, dans Voyage en Orient (Paris, Bibliothèque nationale de France : Hazan, c.1999), lui accorde d’avoir marqué « … pour la postérité le début visible des voyages d’exploration photographique ».

Au retour de son voyage en Orient, Maxime Du Camp publie Égypte, Nubie, Palestine et Syrie (Paris, Gide et Beaudry, 1852), un album des photos de son voyage. Les dessins photographiques, tels qu’on les qualifie, sont accompagnés de textes explicatifs. Pour ce faire, il lui fallu imprimer autant d’épreuves de ses photos que d’exemplaires du livre qui sera publié. Les épreuves sont collées, une par une, dans chaque exemplaire de la publication. Comme le souligne Aubenas, la publication de cet album de photos précède « … le progrès de l’imprimerie photomécanique qui permettront de multiplier à moindre frais les photographies dans les livres, dans la presse… »

La lecture du journal personnel de voyage de Du Camp nous apprend que celui-ci n’a pas fait ce voyage uniquement pour faire de la photo. Il observe le pays et ses habitants ; il déplore l’état d’abandon des lieux historiques et constate que les autorités commencent à prendre conscience de la richesse du patrimoine du pays. Et il se laisse aller au plaisir de contempler les paysages et de flâner :

« … quelle retraite pour celui qui, las du monde, chercherait le repos en attendant la mort. Je marche à travers les orges si hautes, que j’y disparais, quêtant curieusement quelques restes des civilisations écroulées ; il y avait des temples, des palais, un nilomètre … Est-ce donc là tout ce qu’il subsiste de tant de monuments. Qu’importe ? Si jamais on a le droit d’oublier les inscriptions, les temples, les traditions … c’est en présence de cette nature éternelle, souriante et magnifique, c’est sous ce ciel profondément bleu, c’est devant ce Nil immense … »

« Ah! qu’il est bon d’être en voyage, de vivre joyeux sous le soleil, de se baigner hardiment dans les fortifiants effluves de la nature, et de marcher dans sa liberté sans limite! … j’irais ainsi sans regret et sans peine d’un bout du monde à l’autre bout! et de tous ces voyages que j’ai faits, j’ai toujours rapporté une intolérable tristesse, un désir immodéré de retourner au soleil… »

***

Je n’avais pas de caméra lorsque je suis parti à l’aventure, la première fois, en Grèce, il y a plus de 40 ans. J’avais toutefois rédigé un journal de voyage que je conserve encore aujourd’hui. Contrairement à Flaubert, je ne suis pas un écrivain qui voyage, mais plutôt un voyageur qui écrit et qui prend parfois des photos.

Il y a deux ou trois ans, c’est en me promenant sur l’Internet que j’ai retracé les pas que j’ai faits au cours de mon premier voyage en Grèce. C’est grâce à l’Internet que j’ai pu, entre autres, retourner visiter le petit village crétois où j’avais passé environ deux mois ; j’ai aussi retracé le sillage de mon périple le long du chapelet des îles grecques qui longent la Turquie, de Rhodes à Kos, puis à Patmos. Les photos que j’ai contemplées sur l’Internet m’ont révélé que les lieux avaient changé… radicalement, en bien des endroits. La Grèce que j’ai visitée lorsque j’étais jeune homme n’existe plus.

C’est en revenant de ce voyage que je me suis procuré ma première caméra, une Pentax SP500, qui repose aujourd’hui sur une étagère de ma bibliothèque. J’ai ajouté cette caméra aux autres instruments (crayons, stylo plumes et carnets divers) qui m’ont toujours servi pour conserver mes souvenirs de voyage et de vie au cours des décennies qui ont suivi : deuxième voyage, plus court, en Grèce, et par la suite, l’Écosse, la Nouvelle-Angleterre, le Cap Hatteras, la Gaspésie, l’Ontario…

Le collège classique, que j’ai fréquenté au cours des années 60, m’avait bien préparé à mes voyages en Grèce. Je m’y suis retrouvé en terrain familier, voire comme si j’y avais déjà un peu vécu. Sur place, j’ai néanmoins découvert un autre monde, plus contemporain que la Grèce antique, mais tout aussi merveilleux que l’ont été les contrées asiatiques que Marco Polo avaient traversées en son temps.

Quelques années plus tard, j’avais effectué une recherche approfondie sur l’Écosse, pour mieux connaître ce pays, avant d’entreprendre de le visiter à  l’été 1980. J’avais consulté des guides de voyage en plus de lire des livres d’histoire et des romans. J’avais aussi étudié la documentation picturale sur ce pays – peinture, tableaux, dessins, photographie… Cette préparation m’a bien servie. J’en ai rapporté non seulement un calepin de notes de voyage, mais aussi de nombreux rouleaux de films. J’ai perdu le calepin de notes de voyage lorsque je me suis fait voler mon sac, dans un restaurant tout près de mon lieu de travail, à mon retour de voyage. Toutefois, j’ai conservé mes photos de voyage. J’en avais constitué d’ailleurs un album personnel, que je montre de temps à autres à mes amis : mes « impressions » d’Écosse, centrées surtout sur les vieux cercles de pierre qui parsèment le territoire des iles britanniques, et particulièrement dans les Highlands écossaises.

Encore une fois, en me promenant sur l’Internet, j’ai constaté récemment que les régions de l’Écosse que j’ai visitées ont changé. Mes photos ont commencé à prendre une valeur documentaire. À l’instar de Maxime Du Camp, que je ne connaissais pas il y a un quart de siècle, je m’efforçais de ne pas négliger l’aspect esthétique de ma démarche photographique.

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Standing Stones of Stenness. Orcades, Écosse, Août 1980

Il y a un écueil qui guette tout voyageur qui se promène avec une caméra. Susan Sontag l’a très bien analysé dans son célèbre essai On Photography (New York, Picador – Farrar, Straus and Giroux -, 1977). Elle souligne que pour la première fois dans l’histoire, un grand nombre de personnes pratiquent le tourisme et que dans le cadre de cette activité, « … It seems positively unnatural to travel for pleasure without taking a camera along. » Elle soutient que cette activité certifie que le voyage a été accompli et qu’on y a eu du plaisir. Elle ajoute cependant :

«… taking photographs is also a way of refusing it (experience) — by limiting experience to a search for the photogenic, by converting experience into an image, a souvenir. Travel becomes a strategy for accumulating photographs. The very activity of taking pictures is soothing, and assuages general feelings of disorientation that are likely exacerbated by travel. Most tourists feel compelled to put the camera between themselves and whatever is remarkable that they encounter. Unsure of others responses, they take a picture. … The method especially appeals to people handicapped with a ruthless work ethic — German, Japanese, and Americans. Using a camera appeases the anxiety  which the work-driven feel about not working when they are on vacation and supposed to have fun. They have something to do that is a friendly imitation of work: they can take pictures.»

***

Depuis mon deuxième voyage en Grèce il y a 35 ans, j’ai conservé cette habitude de bien préparer mes voyages.

Plus récemment, depuis trois à quatre ans, je porte cependant plus d’attention aux documents de nature visuelle dans le cadre de cette recherche préparatoire. Il est vrai que l’avènement de l’Internet facilite cette activité.

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Murdo, South Dakota. Au pays de ce qui autrefois était celui des Sioux – Juin 2011

Il y a deux ans, j’ai traversé l’Amérique, de la région d’Ottawa (Ontario) jusqu’à Seattle (Washington) en passant par les grandes plaines de l’Ouest américain. Chemin faisant, je visitais les musées locaux, en portant une attention particulière aux peintres et aux photographes qui ont exprimé leur vision de leur peuple et de leur pays.

Cette exploration m’a beaucoup influencé quant à ma propre façon de percevoir les régions que j’ai visitées. Elle a inspiré ma démarche photographique – je l’ai évoqué indirectement il y a quelques semaines en décrivant ma visite du Musée Joslyn à Omaha.

Mais, de façon plus importante, j’en ai tiré une meilleure appréciation et une compréhension beaucoup plus profonde de l’évolution de nos voisins américains. Peut-être, aurais-je ajouté ma modeste contribution à une meilleure compréhension du monde dans mon entourage immédiat…

Écrire en voyage

Depuis quelques années, je lis beaucoup de récits de voyages, rédigés par de grands écrivains, y compris ces classiques dont tous ont entendu parler mais que peu ont lu, tel L’Enquête d’Hérodote, ou le Livre des merveilles de Marco Polo. Le récit de voyage est un genre littéraire qu’on sous-estime, et qui devrait faire l’objet d’études plus formelles en soi. Ma bibliothèque comporte une section complète de ces récits.

Une partie de ma bibliothèque : la bibliothèque du voyageur
Une partie de ma bibliothèque : la bibliothèque du voyageur, d’Hérodote jusqu’à Lacarrière… en passant à travers les siècles de Polo à Montaigne, et de Stendhal et Flaubert jusqu’à David Thoreau, Jack Kerouak et Nicolas Bouvier, sans négliger les voyages imaginaires

Depuis quelques mois, mes lectures ont presque exclusivement porté sur ce genre de textes : le récit du voyage de Montaigne en Allemagne, en Suisse et en Italie ; les voyages de Gustave Flaubert, au Moyen-Orient, en Bretagne, dans le Sud de la France ; ceux de Stendhal en Italie ; Dos Passos en Espagne… des lectures fascinantes.

Certains passages sont émouvants : imaginez, en le lisant, le jeune Gustave Flaubert, qui vient de terminer ses études de baccalauréat, qui n’a donc encore rien publié, décrivant sa visite à la Bibliothèque de Bordeaux, où il feuillette un des manuscrits des Essais de Montaigne : il ne porte pas de gants, n’est pas encadré de conservateurs… Ou encore, la description que fait Stendhal, le 7 avril 1838, de sa visite de la Brède, le château de Montesquieu en Aquitaine (Voyage dans le Midi de la France, pages 97 à 107).

Il est intéressant de comparer les impressions de Montaigne et de Stendhal qui ont souvent visité les mêmes lieux en Italie, à deux siècles de distance l’un de l’autre. Il faut retenir, en lisant ces récits, quelles sont les conditions physiques que doivent endurer les voyageurs d’il y a plus d’un siècle ou deux. Les routes, même en Europe, ne sont pas toujours sécuritaires. Ce n’est que dans la deuxième moitié du XIXe siècle qu’on commence à créer les réseaux modernes de transport et d’hébergement, tels que les réseaux ferroviaires, les bateaux de croisière, les hôtels (tels qu’on les conçoit aujourd’hui), les circuits. On oublie que ce n’est qu’en 1869 que Thomas Cooke offre son premier voyage organisé en Égypte à une clientèle de touristes de l’aristocratie et de la haute bourgeoisie anglaises surtout.

Plusieurs dimensions ont retenu mon attention au cours de toutes ces lectures depuis deux ans. J’en retiens une pour l’instant : la dimension matérielle de l’écriture en voyage.

D’abord, un peu de contexte… Sur le plan matériel, l’écriture est une combinaison de trois éléments : on écrit à l’aide d’un instrument qui dépose une marque ou une trace sur un support quelconque – par exemple, une plume qui glisse sur le papier en y traçant un sillage d’encre derrière soi.

Il n’est pas difficile de s’imaginer quelles contraintes cette technologie imposait aux rédacteurs de récits de voyage il y a plus de 150 ans. Gustave Flaubert et Maxime Du Camp doivent s’approvisionner de cahiers, d’encre et d’une réserve importante de plumes d’oiseaux avant de partir vers l’Égypte en 1849.  Flaubert mentionne dans son Voyage en Orient qu’il doit s’arrêter sur le bord du Nil pour demander de l’encre à un imam dans une madrassa. Rappelons qu’il n’y a guère plus de 125 ans qu’on a réussi enfin à procurer une relative autonomie à la bonne vieille plume d’oiseau, devenue une plume métallique, en lui joignant un réservoir. Et il n’y a que soixante ans seulement que le stylo-bille a réussi à s’imposer comme substitut au stylo-plume.

Bien entendu, on utilise aussi le crayon depuis guère un peu plus de deux siècles. Le crayon a le désavantage de ne pas laisser une marque permanente : on peut facilement effacer sa trace. C’est pour cette raison même que Stendhal, qui a conscience d’être perçu comme un espion ou un agitateur par les autorités dans les régions où il passe, s’en sert pour noter ses impressions de voyages et consigner ses souvenirs (Rome, Naple et Florence – lire l’édition de Diane de Selliers, 2002, qui a l’avantage d’être illustrée de tableaux d’artistes qui ont vécu à la même époque, et qui représentent les lieux décrits par Stendhal).

Quiconque a tenu un journal de voyage ressent une grande intimité en lisant les auteurs qui l’ont précédé. Il importe peu qu’on ait ou non publié ce récit. Il y a quelques semaines, j’ai relu en partie les carnets du voyage que j’avais rédigés il y a plus de quarante ans, lorsque j’ai traversé l’Europe, de Londres et Paris jusqu’à Athènes et les iles de la mer Égée. L’ordinateur personnel n’existait pas à l’époque et il n’aurait pas été plus pratique de traîner une dactylo portative sur mon dos à cette occasion.

Il y a deux ans, j’ai tenté d’évoquer le sentiment que j’éprouvais en rédigeant mon journal, à la lueur d’une lampe incandescente sur une petite table, dans une chambre d’hôtel, le soir…Voici la scène :

Écriture de la mémoire – Grèce, 12 décembre 1971

À la mi-décembre 1971, à Kos, le jeune homme que j’étais avait loué une moto pour aller visiter les ruines de l’hôpital qu’avait créé Hippocrate, le père de la médecine occidentale. Il faisait froid ce jour-là. Il y avait peu d’affluence ; comme les oiseaux migratoires, les touristes avaient quitté les lieux depuis des semaines, vers des contrées nordiques, pour la plupart.

Le jeune homme cherchait la trace des fantômes qui hantaient les lieux depuis 25 siècles. Il avait ressenti de vives émotions en visitant le site. Des émotions qui ont laissé des traces aussi profondes en lui que les écritures grecques et romaines gravées sur les stèles et les monuments qu’il a contemplés ce jour-là.

En reconstituant cette scène et en relisant le texte de cette journée, la mémoire s’est activée… les images des lieux se projetaient sur les écrans de son cerveau – la lumière fade d’un après-midi hivernal ; la conversation avec cet homme qui aurait pu être mon père, un gardien des lieux sans aucun doute, dont le grand-père avait participé à des fouilles archéologiques sur ce site même, plusieurs décennies plus tôt… J’ai senti le temps couler, comme du sable entre mes doigts, tel un sablier qu’on ne pourra jamais retourné.

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J’ai commencé à préparer un nouveau voyage, que j’accomplirai dans quelques mois. En réalité, j’ai amorcé ce voyage il y a quelques semaines déjà. Et pour la première fois, j’ai commencé à rédigé un nouveau journal de voyage, le journal de ce nouveau voyage… avant même le départ. Cette fois, en plus de mes stylo-plumes et de ma caméra, je traînerai des crayons pour tracer des croquis en cours de route.

Iowa – Le potager de l’Amérique

Des Moines et Madison County

Les 11 et 12 juin

Nous poursuivons notre cheminement sur la I-80 vers l’Ouest. Le paysage change dès qu’on s’éloigne des villes en périphérie de Chicago. Les petites fermes et les petits boisés du Michigan deviennent peu à peu un souvenir.

La plaine du Mid-West américain n’est pas un terrain plat; c’est plutôt une plaine vallonnée, très agréable à l’œil. À la limite ouest de l’Illinois, on enjambe le Mississippi qui a déjà l’allure d’un grand fleuve. On pénètre en Iowa, le potager de l’Amérique. C’est une région agricole avant tout, mais on y trouve aussi une activité industrielle, principalement liée à l’agro-alimentaire.

Il a beaucoup plu et le temps a été frais tout au long des mois de mai et juin partout en Amérique du Nord. Les champs n’absorbent plus l’eau des orages qui se succèdent de façon un peu déprimante.

Les distances sont longues. Nous passons la journée sur la route. Nous arrivons en fin d’après-midi à Des Moines. Le soleil fait une apparition dès que nous arrivons au terrain de camping. Les francophones d’Amérique tout autant que ceux d’Europe et d’Afrique ne reconnaîtront pas la façon dont les Américains prononcent le nom de la capitale de l’Iowa : Des Moines. Il est d’ailleurs difficile de le transcrire avec fidélité.


Samedi matin…

Nous sommes partis depuis plus d’une semaine. Il est temps d’aller faire notre marché pour remplir le garde-manger et le réfrigérateur : œufs, fromages, pain, fruits et légumes… Nous nous rendons donc au « Farmers’ Market », le marché des fermiers au cœur historique de la ville de Des Moines… une véritable fête qui attire plus de 15 000 personnes à chaque semaine. Il est difficile de trouver du stationnement.

La foule est dense. Le soleil suscite la bonne humeur, autant chez les producteurs que chez les clients. L’ambiance est festive. On jase avec les producteurs, on goûte, on se laisse tenter. Nous avons trouvé du bon « bacon » aromatisé aux bois de pommier, « un » bon fromage (un peu dispendieux toutefois), du pain artisanal, un miel délicieux. Et on découvre que les Québécois n’ont rien à envier aux gens de la place. Nous ne nous attendions pas à trouver les produits auxquels nous sommes habitués au Québec. Mais nous avons été surpris du peu de variété et de la qualité moyenne de la production locale en Iowa.

L’apiculteur prend le temps de jaser avec une cliente venue de loin

Dans un article qui a été publié il y a plus d’une centaine d’années sur l’art de voyager (reproduit dans L’Art de l’oisiveté), Hermann Hesse déplorait la mauvaise habitude de ses compatriotes de vouloir retrouver à l’étranger ce qu’ils ont pourtant laissé chez eux : exiger, par exemple, une bière ou de la saucisse à leur goût, en Sicile.

Toutefois, tout en demeurant ouvert d’esprit et en adoptant une attitude de curiosité, il est bien naturel de comparer. C’est à se demander comment, dans une nation qui se vante de la diversité de ses origines, composée de gens dont les ancêtres sont venus de toutes les régions du monde, on a pu oublier comment préparer la nourriture. On y affirme que le modèle du marché qui y domine est le plus efficace : où l’intérêt égoïste de l’un s’équilibre à celui de l’autre, pour offrir ce qu’il y a de mieux, au bénéfice des clients. Il faut bien constaté que le modèle est imparfait, puisque, aux États-Unis, il impose une uniformisation des goûts, un nivellement de la qualité par le bas, la facilité.


Samedi après-midi

Nous avons poursuivi notre exploration de l’univers rural de l’Iowa en visitant le site thématique du « Living History Farms ». Nous y avons passé un moment des plus instructifs et agréables.

Le site est situé au cœur de la région urbaine de Des Moines. Pourtant, dès qu’on franchit l’entrée au centre d’accueil, on a l’impression de se retrouver non seulement en campagne, mais aussi dans un autre siècle.

Après avoir passer du magasin général à l’apothicaire, et de la boutique de la modéliste à l’atelier d’imprimerie, parmi d’autres dans l’aire de la reconstitution d’un village rural typique de la fin du 19e siècle (1875), on se dirige vers l’univers des trois fermes de trois époques différentes : une ferme du 17e siècle, du peuple des Ioway, qui ont commercé avec les Français avec les coureurs de bois de la Nouvelle France jusqu’à l’arrivée des Américains à la fin du 18; une deuxième ferme, des années 1850 des premiers colons américains, et une troisième, un demi-siècle plus tard, des descendants de ces colons.

Reconstitution : la rue principale du Village de Walnut Hill, vers 1875

Ce qui nous a le plus impressionné de cette visite, c’est le souci pédagogique qui anime cette entreprise. Tout ce qu’on y montre est le résultat de recherches historiques sérieuses et bien documentées.

Plusieurs conversations avec les guides-animateurs (docent), qui nous expliquent la vie quotidienne des gens il y a quelques siècles, nous ont révélé qu’ils et elles sont des diplômés de sciences humaines, surtout en histoire. Ils sont employés à plein temps, toute l’année, et non pas seulement pendant la saison touristique.

Au cours de l’année scolaire, ils vont dans les écoles de la région, animent des conversations entre des jeunes et des personnes âgées, afin de stimuler le partage des expériences et de rendre vivante cette transmission des connaissances sur le passé.

Le bureau de poste était situé dans le magasin général. On y trouvait de tout et on y venait non seulement pour acheter ce qu’il fallait, mais aussi pour y jaser, prendre des nouvelles. C’est notre point de départ dans le village et les environs

Les ponts de Madison County

Dimanche matin…

Le temps était incertain lorsque nous avons entrepris une activité typique du dimanche : laisser couler le temps, lentement, faire une randonnée en automobile pour visiter les ponts de Madison County.

Madison County, le dimanche, c’est tranquille. Comme dans le film de Clint Eastwood, qui le mettait en vedette avec Meryl Streep.

Les ponts couverts de Madison County ont été bien conservés. Et ils attirent beaucoup de visiteurs, ce qui suscite une activité économique qu’on apprécie dans la région. Nous ne sommes pas les seuls à les avoir visités ce jour-là.

Il faut bien avouer que ces ponts conservent un cachet bien romantique. Mais ce n’est pas leur seule valeur et la Chambre de commerce locale du chef-lieu du comté le sait bien. Ils ont acquis, grâce à la popularité inattendue du film, une valeur commerciale. On n’aura pas avantage à les abandonner, à les laisser dépérir.

Il n’y a pas beaucoup d’activité à Winterset le dimanche matin, même au début de la saison touristique. Un service religieux… à deux pas de la maison natale de John Wayne. Puisque Winterset, le chef-lieu du comté, est aussi le village natal de John Wayne. Celui-ci attire tout autant les visiteurs que les ponts d’ailleurs. Mais ce n’est pas la même clientèle.

Il est intéressant d’observer le contraste entre les deux modèles d’homme que représentent John Wayne et Clint Eastwood : deux générations différentes, mais encore plus, deux systèmes de valeurs. L’agent en service au bureau d’information touristique de Winterset nous a confié qu’il pouvait d’ailleurs reconnaître, avant même qu’ils s’identifient, les touristes intéressés à l’un plutôt qu’à l’autre, entre John Wayne d’une part et les « fans » de Clint Eastwood.

Ceux qui ont vu le film se souviendront d’une scène dans un restaurant où le personnage de Clint Eastwood se lève sans terminer son café pour protester contre l’esprit mesquin des gens de la place. Nous y avons pris notre repas du midi. Une dame d’un âge respectable a dit à ma conjointe : « You’re so young… For you, it’s Clint Eastwood… John Wayne is more my type of man. »

Le film « The Bridges of Madison County » est basé sur un roman, qui raconte une histoire dont certains soutiennent qu’elle est vraie. C’est d’ailleurs presque un reportage autant qu’un roman. Le personnage que joue Clint Eastwood dans le roman aurait existé. Le personnage de la femme, Francesca, que joue Meryl Streep, aurait aussi existé. C’est un tableau bien fidèle de l’Amérique de l’époque des années 60 …

Finalement, le soleil a parfois percé les nuages au cours de la journée. Parfois, il est tombé quelques goûtes, sans nous importuner toutefois. Nous nous attendions à une randonnée bien ordinaire. Une journée pour faire de la photo… Ce fut aussi une journée très instructive.

 

Starved Rock State Park

Jour 11 : 9 juin 2011

Les grands explorateurs français de la Nouvelle-France

Les premiers Européens qui ont exploré tout le territoire que nous traversons depuis une dizaine de jours ont été des Français : des explorateurs, des aventuriers, des coureurs de bois. Ces derniers ont commercé avec les autochtones et certains ont établi des racines. Ils y ont pris femme et fait des enfants, leur laissant leurs noms.

Au sud de l’Illinois, ils ont établi des fermes, des villages et des forts plus permanents. On trouve aussi leurs traces partout, jusqu’aux Rocheuses : noms de lacs et rivières, de villes et de villages, de rues… Des Moines, Eau Claire, Belle Plaine, Belle Fourche, Cœur d’Alène.

La mémoire est une faculté sélective. La mémoire des peuples choisit de cultiver certains souvenirs plus que d’autres; elle évolue aussi avec le temps. Les gens de cette grande  région du Middle-West que nous explorons à notre tour, au début du 21è siècle, savent que l’origine de beaucoup de ces noms est française. Ils n’en savent guère plus cependant. Les Américains sont en général assez discrets sur le rôle qu’ont joué les Français dans la région. Lire la suite …

Chicago

Chicago

Jours 8 à 10 

Deux jours à Chicago et un jour de récupération

Dès qu’on descend du train de banlieue à la station LaSalle au cœur du quartier financier de la ville de Chicago, on change de rythme de vie. Ici, pas question de « slow travel » ou de « slow food », ou tout simplement de ralentir… on accélère plutôt le pas, vite, brusquement, tout de suite!

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Jours 6 et 7 : Sur les routes…

Entre Détroit et Chicago

Après avoir quitté notre camping en banlieue ouest de Détroit, nous aurions pu atteindre Chicago au cours d’une seule journée. Nous avons choisi de le faire en deux jours.

C’est un voyage au long cours que nous effectuons. Des centaines, des milliers de kilomètres — quelques milliers de « miles », puisque nous sommes aux USA. À l’automne dernier, en France, nous nous sommes rendus compte, que pour ce genre de voyage, il est important de se rythmer. Il est facile de s’épuiser si on n’y porte pas attention. La fatigue peut ruiner le plaisir, atténuer les sens… On devient impatient, on n’écoute plus, on regarde mais on voit moins, on se ferme l’esprit.

C’est pour cette raison que nous éviterons, autant que cela est possible, d’additionner les milles au cours d’une même journée : trois heures de route, si nécessaire quatre… Exceptionnellement, et parce que nous n’aurons pas le choix, il y aura des journées où nous devrons accumuler cinq heures de route ou plus. Nous nous relayons derrière le volant et nous nous offrons le luxe de pauses fréquentes.


Le paysage du Michigan ressemble à celui de la province canadienne voisine, l’Ontario, que nous connaissons très bien. Mais les aires de repos installées le long de la I-94 sont très différentes de celles parsemées le long de la 401, de la frontière du Québec jusqu’à Windsor.

Les centres de services de l’Ontario sont commerciaux. Les aires de repos du Michigan n’offrent que les services essentiels : toilettes, machines distributrices, tables de pique-nique, présentoirs de dépliants touristiques publicitaires. Elles sont bien aménagées. C’est dans ce décor très agréable que nous avons diné, dehors, sur une table de pique-nique, à l’ombre, par une belle journée ensoleillée.

Aire de repos typique du Michigan

Ce qui étonne aussi en voguant sur l’autoroute I-94 au Michigan, c’est le nombre de carcasses d’animaux morts qu’on observe sur le bord de la route : des chevreuils (cerfs de Virginie) surtout, mais aussi des animaux plus petits. Quiconque a déjà vu un chevreuil traverser la route devant soi alors que la voiture file à 100 km/h, sera partagé entre l’admiration et la peur. On est impressionné par la beauté et l’agilité de l’animal. Mais on comprend vite à quel point une collision avec un chevreuil peut être dangereuse, voire fatale autant pour l’animal que pour les personnes qui se retrouvent dans le véhicule. En Illinois qu’on a dressé des affiches sur le long des routes, pour recommander la prudence à l’égard d’animaux comme les chevreuils. Étonnamment, nous avons observé beaucoup moins de cadavres d’animaux dans les autres états.

Nous avons quitté l’autoroute I-94 afin de faire le plein d’essence. C’est à ce moment que nous avons choisi de rouler vers le sud plutôt que vers l’ouest, sur des routes secondaires moins achalandées, à deux voies qui s’opposent, en direction de l’Indiana et de notre terrain de camping tout près de Grand Bend. Nous y sommes arrivés assez tôt en après-midi. Auparavant toutefois, nous nous sommes arrêtés sur le bord de la route, pour faire une petite épicerie.

Nous y avons demandé si nous pouvions payer avec un chèque de voyage d’American Express. La gérante du magasin nous a raconté qu’elle avait utilisé des chèques de voyage lorsqu’elle avait accompagné son mari en Europe à plusieurs occasions, alors que celui-ci travaillait toujours pour IBM. « But you know, these times are over now… », a-t-elle ajouté, d’un ton nostalgique, résigné… Nous n’avons pas cherché à connaître ce que signifiait cette remarque.

Le lendemain, un dimanche, nous avons repris la route… sans nous presser : de nouveau, une autoroute, la I-90 cette fois, jusqu’à Joliet, en banlieue ouest de Chicago. Juste avant de passer de l’Indiana à l’Illinois, nous nous sommes arrêtés dans une aire de repos : un centre de service où on a le choix de fréquenter plusieurs restaurants… pas de table de pique-nique. Nous mangeons dans notre autocaravane, à côté de camions beaucoup plus gros.

Encore une fois, nous arrivons tôt au camping. Nous y passerons quatre jours avant de reprendre la route. Il fait chaud, très chaud : le thermomètre oscille entre 30 et 36 C.

On se repose… le lendemain, nous entreprenons notre visite de la ville de Chicago.

Le Detroit Institute of Arts

Détail d’une des gigantesques murales de Diego Rivera au DIA

3 juin 2011 : Jour 5

Détroit a tellement mauvaise réputation que nous allions contourner la ville sans nous y arrêter. Ç’aurait été dommage. Il y a quelques semaines, en fouinant sur l’Internet, j’ai lu un article sur un site d’information « alternatif » : on y faisait état des efforts de groupes de citoyens pour revitaliser leur ville, Détroit. Quelques jours plus tard, j’ai lu un autre article, dans le New York Times cette fois, qui suggérait au lecteur quelques endroits à visiter, tout en faisant aussi état de la volonté des autorités municipales de rehausser la réputation de leur ville. J’ai donc poursuivi ma recherche. C’est ainsi que j’ai décidé d’insérer une courte visite de cette ville dans notre itinéraire de voyage.

C’est dans le cadre de ma recherche que je découvre le DIA. Une visite au Detroit Institute of Arts s’impose à mon esprit  pour trois raisons principales : sa galerie d’art amérindien, le hall des murales de Diego Rivera et la galerie d’art américain.

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Le Greenfield Village, Dearborn Michigan

Jour 4 — 2 juin 2011

Visite du Greenwich Village, à Dearborn, Michigan

Lorsque nous nous sommes inscrits au camping Detroit Greenfield RV Park en banlieue de Détroit, j’ai demandé aux deux personnes à l’accueil si la visite du complexe Henry Ford en valait la peine. Elles ont esquissé un grand sourire, celui des personnes qui connaissent un secret qu’elles veulent bien partager. Elles m’ont assuré que oui, mais qu’il nous faudrait prévoir d’y passer beaucoup plus qu’une journée pour tout voir.

Visiter le Greenfield Village, c’est faire un voyage dans le temps. On retourne à l’époque où Thomas Edison et Henry Ford inventaient respectivement l’ampoule électrique et l’automobile, tandis que les frères Wright devenaient les premiers à s’envoler dans le ciel et que Noah Webster rédigeait un nouveau dictionnaire de la langue américaine.

C’était une période magique pour une nation encore jeune, qui venait de sortir de l’épreuve traumatisante d’une guerre civile, qui croyait dans sa destinée; c’était une société qui se voulait ouverte et accueillante, qui s’épanouissait : tout était possible… un modèle pour le reste de l’humanité. On croyait à l’Amérique, à ses espaces immenses, ses richesses, son potentiel…

Il y a, bien entendu, deux côtés à toute médaille. C’est probablement une tout autre histoire, un tout autre point de vue que les descendants des premiers habitants du continent nous raconteront de cette même époque lorsque nous traverserons les grandes plaines dans quelques semaines.

Noah Webster est présenté comme étant le maître d’école de la nation. Est-ce qu’on respecte autant aujourd’hui les maîtres et maîtresses d’école de la nation comme le faisaient les générations qui nous ont précédés?

***

Henry Ford est devenu très riche en inventant le processus continu de fabrication des automobiles. Au cours des années 20, il décide de financer non seulement la construction d’un musée, mais aussi la reconstitution d’un village typique des États Unis de la fin du 19e siècle. Il fait démonter et reconstituer le laboratoire de son ami Thomas Edison, ainsi que d’autres édifices typiques de cette époque : le magasin général, les ateliers de mécanique générale, une ferme, etc. Le complexe Henry Ford est une institution d’éducation populaire; toute personne curieuse de mieux connaître une version de l’histoire et de la société américaine d’il y a une centaine d’années y apprendra bien des choses.

C’est étonnant de constater à quel point on prend pour acquis plusieurs de ces inventions, comme celle de lumière électrique, qui ont été élaborées, expérimentées et mises en œuvre à grande échelle à cette époque.
Reconstitution de la centrale électrique expérimentale de Thomas Edison. Il fallait générer beaucoup de pouvoir pour illuminer une ville artificiellement la nuit.
Un arrêt à la Eagle Tarvern, pour le lunch…
Un plat traditionnel délicieux, une bière excellente, une expérience agréable…
Le temps d’un digestif, avant de retourner flâner dans le village…
L’intérieur de la rotonde du dépôt ferroviaire adjacente à la gare de triage
Un tour autour du village

Il est intéressant de se promener ainsi, pendant toute une journée, et de jaser avec les « guides ». C’est là qu’on découvre un autre visage de l’Amérique : celui de l’Amérique d’aujourd’hui. L’observateur qui écoute et observe attentivement pourrait soupçonner qu’il y a des fissures sous la façade. De tous petits détails sont révélateurs.

Un grand nombre de ces « guides/présentateurs » sont des personnes assez âgées. C’est bien et c’est là un grand avantage d’avoir des personnes qui ont connu une autre époque pour parler aux plus jeunes en connaissance de cause de certains aspects de la société d’il y a un siècle. Par contre, certains commentaires de ces guides, glissés au sein d’une conversation nous suggèrent un autre portrait de l’ambiance qui règne au sein de l’Amérique d’aujourd’hui.

Certains apprécient d’avoir un emploi à temps partiel, pour une partie de l’année : « Cela me tient occupé », de dire un tel. Celui-là connaît très bien l’édifice où il « travaille », ainsi que la fonction qui y est attachée. Il a plaisir à expliquer comment fonctionnait tel appareil, quelle était son importance. L’autre, dans la bâtisse d’à côté, est mal à l’aise lorsque nous lui demandons des questions trop précises. Tel autre déplore le fait que les guides ont un horaire et qu’ils ne sont pas assignés à une tâche particulière; ils doivent apprendre plusieurs routines. La rotation les importune. Un dernier se sent obligé de justifier son comportement devant un superviseur.

Passant devant la pension de Sarah Jordan

Lorsque nous exprimons l’avis, d’un ton léger, que ce doit être un plaisir de conduire une vieille voiture Ford d’époque, le guide répond poliment, sans le dire expressément, que « c’est un emploi, pas très bien rémunéré ». Combien de ces gens, dont certains étaient des professionnels à une époque récente, travaillent plus par obligation que par intérêt? On devine que la crise économique se profile en arrière-plan.

On est loin de l’atmosphère qui régnait dans ce même pays il y a cent ans.

Départ – Traversée de l’Amérique

Jours 1, 2 et 3

Sur le pont Champlain, à la frontière du Québec et de l’Ontario… le début du voyage

Le 30 mai, nous partons à nouveau pour un long voyage de plusieurs semaines. Nous irons jusqu’au Pacifique, en traversant les Grandes plaines américaines et les Rocheuses. On franchira les frontières non seulement du Canada et des USA, mais aussi celles de nombreux états américains.

Moins de quinze minutes après le départ, nous traversons la première, celle de l’Ontario et du Québec.

Depuis trois jours, nous avons parcouru environ 900 kilomètres.

Le deuxième jour, nous avons fait une escale à l’usine où fut fabriquée notre autocaravane il y a sept ans : une Roadtrek 200 Versatile. Ce véhicule deviendra notre appartement mobile au cours des prochaines semaines. Notre guide nous a expliqué que l’activité dans l’usine était beaucoup moins intensive aujourd’hui qu’il y a trois ans. Ils fabriquent une douzaine de véhicules récréatifs par semaine présentement; il y a trois ans, le rythme de production était plus du double — trente-deux par semaines, lorsqu’ils fonctionnaient à pleine capacité. La crise économique a touché l’industrie des véhicules récréatifs durement.

J’ai été particulièrement impressionné du souci de la qualité du produit qu’on livre au client. Notre véhicule est conçu pour durer des années. C’est rassurant.

C’est ce matin, au début de la troisième journée de notre périple que nous avons traversé la frontière américaine, à Port Hope, Michigan.

Sarnia ON — Port Huron MI

Le passage à la douane a été relativement facile et rapide. La douanière nous a demandé si nous transportions divers aliments : poivrons, citrons et autres agrumes, tomates. Nous en avons été quitte pour lui laisser deux citrons et une dizaine de petites tomates cerises. Le plus ironique, c’est que nous avons acheté ces produits originaires des USA chez un marchand de fruits et légumes de chez-nous. Cet après-midi, nous avons fait une épicerie aux USA, non loin du terrain de camping que nous avons réservé pour quelques jours. Nous y avons trouvé des tomates cerises, importées du Mexique… allez y comprendre quelque chose.

Demain, c’est dans le temps que nous irons voyager : nous nous baladerons dans une reconstitution d’un village américain composé d’édifices datant de la fin du 19e siècle. Le lendemain, nous avons l’intention d’aller visiter le Detroit Institute of Art.

À suivre…

La fleur de lys sur son sac de dos…

Le Moyen-Orient bouillonne depuis quelques semaines.

Je pense souvent à ce jeune homme que nous avions croisé l’automne dernier, à la sortie du camping de Bordeaux-Lac, à l’arrêt de la ligne d’autobus qui nous amenait au terminus de la ligne de tramway. Lire la suite…

Voyager en France en auto-caravane

Septembre et octobre 2010

 

Farniente… l’après-midi, fin septembre, sur le bord de la Méditerranée, au sud de Barcelone… un courant d’air frais traverse l’autocaravane…

Comment s’y prend-on pour parcourir 3 000 kilomètres pendant six semaines, sans changer de chambre à tout bout de champ, sans avoir à refaire ses valises à tous les deux ou trois jours, ou même à chaque semaine, et en ne mangeant dans les restaurant qu’environ une fois sur trois en moyenne?
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Quelques mots à la sauvette…

Marseillan-Plage, Languedoc

Le 4 octobre 2010

Que le temps passe vite. On en perd la notion du temps.

Nous voyageons depuis quatre semaines. Il ne nous reste plus qu’une dizaine de jours avant notre retour au Québec.

Je m’excuse de mon manque de constance. J’ai cessé d’afficher des notes de voyage sur ce carnet électronique parce que cela me prenait trop de temps. Le temps de télécharger les photos sur l’ordinateur dans leur état brut, de les traiter par la suite, de les télécharger sur Internet, et de les afficher ici. Puis de rédiger un texte, un texte que je trouvais trop superficiel, qui ne rendait pas justice à ce que nous ressentons en faisant ce voyage.

Il y a tellement de choses à raconter…

Par exemple, ce vieux monsieur de 90 ans rencontré sur un quai à Bordeaux, qui nous a parlé de ce que Bordeaux avait l’air il y a un demi-siècle et plus. On pouvait imaginer, en regardant ses yeux pendant qu’il nous décrivait ces lieux où il a vécu et travaillé toute sa vie, à quoi pouvait ressembler le port de Bordeaux, et ces demeures somptueuses de la grande bourgeoisie des négociants vinicoles qui a régné si longtemps sur la ville.

Sur les traces de nos lointains ancêtres, à l’entrée du Musée national de la préhistoire

Aussi cette visite très émouvante et inspirante au Musée national de la préhistoire à Les-Eysies-de-Tayac : dire que l’humain, nos ancêtres à tous, habite le territoire que nous visitons depuis 40 000 ans et plus.

Sous un abri de pierre à Les-Eysies-de-Tayac,
à l’extérieur du Musée national de la préhistoire

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